LES ÉCOLIÈRES
Je croise en cheniùi, chaque jour, Quand sonne une heure matinale.
S'en allant à « la communale »
Les écolier es du Faubourg.
Elles viennent des taudis noirs Où,, près de la lampe fumeuse.
Veille la mère douloureuse Au long des jours, au long des soirs,..
Elles ont un regard très doux Et s'attendent de porte en porte.
Tandis que f aigre bise emporte Avec leurs voix grêles, leurs toux*
Alfred MACHARD 105
Car la misère sur leur front Met la pâleur des anémies ; Quand tombent les feuilles jaunies Beaucoup s'en vont, beaucoup s'en vont...
En classe on les surprend rêvant Sur une image de leur livre; La moindre histoire les enivre Et les fait pleurer bien souvent.
Elles n'ont pas vu les grands bois, Ni P Océan, ni la montagne.
Elles furent à la campagne Peut-être bien une ou deux fois.
C^ est pourquoi tout leur est nouveau.
Un rien fait tressaillir leurs êtres :
Un peu d'azur dans les fenêtres.
Un peu de ciel dans le ruisseau.
Les écolières, chaque jour, Reviennent de « la communale »
Quand l'ombre grise et sépulcrale Jette un crêpe sur le Faubourg.
Elles vont vers les taudis noirs, Oit, près de la lampe fumeuse, Veille la mère douloureuse Au long des jours, au long des soirs...
« C'est de la vie douloureuse, de la vie de tous les jours que symbolysent magnifiquement dans leur puérilité les âmes de ces gamins», a écrit Marc Saunier de l'œuvre d'Alfred Machard ; il y faut chercher
loé POÈTES ANGEVINS D'AUJOURD'HUI
en effet, au-delà des farces épiques de Bout-de-Bibi, une grande pitié et un grand attendrissement pour les petits déshérités, comme ceux-ci par exemple, que nous voyons dans la « Salle des Enfants ».