LE SQUARE
Quelques arbustes rabougris.
Un gazon de couleur bizarre.
Des fils de fer, quatre murs gris.
Des bancs, un gardien : c'est le square...
Tout près s'élève i hôpital.
Aussi, dans l'air du soir, il flotte
Alfred MACHARD 107
Un relent fade et sépulcral De phénol et de créosote.
V hiver, il souffle un mauvais vent Dans ces lieux où V ombre demeure.
Le soleil n^y vient pas souvent L'été : toutes les fleurs y meurent.
Et pourtant c'est le Paradis De tous les gamins anémiques Qui, durant les après-midis, Y livrent des combats épiques.
Les petits qui ne marchent pas, Dans leurs pauvres robes usées.
Apprennent là les premiers pas Sous Vœil des mères épuisées.
... Et la Crèche , de temps en temps.
Avec ses bonshommes d'un pouce. Turbulente, vient, au printemps, Regarder le gazon qui pousse...
BIBLIOGRAPHIE. — Frimousses, poèmes, Paris, Falque, 1909. — Trique, Néness, Bout, Miette et Cie, Paris, Figuière, 1910. — Les Cent Gosses, contes, (Mercure de France, 1912), Paris, L. Flammarion, 1920. — Titine, roman, (Mercure, 191?), Paris, Flammarion, 1920. — Souris l'Arpète, roman, (Mercure 1914). — Trique, Gamin de Paris, roman, Paris, Flammarion, 1918. — La Guerre des Mômes, contes, ibid. 1916. — Boui-de-Bibi, enfant terrible, contes, ibid, 191 7. — Le Massacre des Innocents, légende. Edition Française Illustrée, 1918. — Popaul et Virginie, roman, Flammarion, 1918. — Poucette, ou le plus jeune détective du monde, roman, ibid, 1919. — Celui qui vint quand minuit sonna, conte de Noël, Paris, Dewambez, 1918. — Le Syndicat des Fessés, contes, Paris, FéreiTczi, 1920. — Un Million dans une main d'Enfant, roman, ibid. 1921.
AU THEATRE : Bout-de-Bibi, un acte (Bataclan), Renaiss. du Livre, éd. — Monsieur Pinpin, un acte (Odéon), ibid. éd. — Les Potaches, quatre actes, Coll. av. Mouézy-Eon (Scala), Albin Michel, éd. — Popaul et Virginie, trois actes, (Marigny), Férenczi, etc.
Jacques BAGUENIER-DESORMEAUX
Et voici le plus jeune d'entre nous... le plus jeune, car son acte de naissance le porte comme né le 26 juillet 1888 à Cholet, le plus jeune, car les Morts ne vieillissent pas, et Jacques Baguenier-Desormeaux est tombé pour la France, en soldat magnifiquement courageux, le 22 août 19 14 : Angevin^ Héros, et déjà Poète si exquisement doué, il devait avoir ici sa place d'honneur.
Il était d'une vieille famille de la Vendée Angevine : Son trisaïeul. Chirurgien en Chef de l'armée de La Rochejacquelin, son bisaïeul et son aïeul, magistrats dans le Choletais ; j'ai, dans l'introduction de cette étude, nommé son Père, Henri Baguenier-Desormeaux, l'historien de la Vendée Angevine. Il avait de qui tenir. Son aïeul maternel aussi, cet Hector Faugeron, lettré et érudit, qui fut un journaliste de grand talent, lui avait légué son acuité d'esprit et son goût affiné des Lettres. Enfant frêle et délicat, il montrait dans un corps débile une intelligence vive, et les siens ont conservé pieusement des vers qu'il écrivit vers sa dixième année, vers défectueux, sans doute, moins que beaucoup de ceux que nous avons pu voir imprimés depuis un peu partout, et où déjà le sentiment poétique s'affirmait.
Je l'ai connu, à vingt ans, alors qu'il faisait son service militaire au 135* d'Infanterie à Angers — à vrai dire, c'était alors un caporal sans zèle, et, pour tout avouer, « tire-au-flanc ))... plein de courage pourtant quand il fallut porter secours aux inondés de la Doutre, tant que la Section Angevine de la Croix-Rouge lui décerna une médaille. Il avait, sous des dehors presque frivoles et sceptiques, un cœur généreux foncièrement, et ce jeune dandy, entre deux Revues de salon, se vouait aux apostolats sociaux.
René Chalupt, dans le Bulletin des Ecrivains, a donné de lui un
portrait où ce double caractère de sa personnalité est remarquablement accusé : « Ceux qui ne Tont rencontré qu'en passant dans les couloirs « des ballets russes ou dans les salons mondains ont ignoré peut- « être que ses manières d'ironique dandy n'étaient que Tartifice d'un « cœur jaloux de sa pudeur, d'une sensibilité trop fine pour n'être pas « blessée^ de l'esprit le plus curieux et le plus délicatement cultivé... »
Peu avant la Guerre, il distribuait à quelques amis une mince plaquette à la gaine bleu de France, éditée avec un goût exquis par son frère Henri, imprimeur d'art réputé ; le recueil avait pour titre Marjolaine, ou les « Songes au Bois Dormant ». Le beau sonnet que j'en extrais montrera, en même temps qu'un talent qui déjà s'affirme, combien, sous des dehors de parisien raffiné, ce fils d'Anjou gardait le culte et le souvenir de la terre natale :