LA MARE
C'était un carré d'eau dont nul pli, nul réveil. N'avait jamais troublé ni déplacé la moire. Morne et sinistre endroit qui hantait la mémoire Et qu'au Marais des Morts f imaginais pareil.
SUPPLÉMENT POUR QUELaUES-UNS , 115
La ronce qui V obstrue en bannit le soleil Et Vonde se maintient ainsi muette et noire Sauf au déclin du jour, quand le bœuf y vient boire Et réveille un moment sa face de sommeil.
Mais f ai goûté, devant la pauvre mare brune, Des heures d^idéal dont je n oublie aucune, Quand la bulle y frémit sous la goutte qui pleut.
Quand elle prend, le soir, des aspects de lagune, Que le ciel y reflète un pur lambeau de lune Et le martin-pêcheur l'éclair de son vol bleu.
BIBLIOGRAPHIE. — Salons Angevins de 1891, Angers, Lachèse, 1892. — Les Amis des Arts d'Angers en 1892, av. préf. de L. de Romain et frontispice d'E, Bayard, ib. 1893. — Les Amis des Arts d'Angers, 1892, av. frontispice de Roche-' grosse, Paris, Librairie d'Art, 1893. — Confidences Romantiques : Victor Pavie, Les Débais, juin et juillet 1896. — La Petite Eisa, nouv. Revue Bleue, sept. 1898. Les Nj^ins de Walcheren, ibid. 1898. — Richard Schankal, poète et romancier autrichien hevue de Paris, 15 août 15 sept. 1910. — A propos de la béatification de Jeanne d'Arc, Angers, Grassin 1910. — Aloysius Bertrand, Revue de Paris, 15 août 1911 . — COLLABORATIONS : L'Univers (critiques d'art) de 1891 à 1897. — La Revue Britannique. — Le Correspondant. — Le Gaulois. — Le Soleil du Dimanche. — Le Monde illustré. — Le Patriote Illustré de Bruxelles. — Le Petit Courrier. — Le Maineet-Loire. — La Revue d'Anjou, — etc.,.
Pour paraître prochainement : Aspects et Fictions, nouvelles et impressions de voyage. — Douceur Angevine, poèmes.
Henri TILLEUL
M. Henri Morisse — qui signe ses poésies : Henri Tilleul — est né à Ste-Marie-des-Champs, près d'Yvetot, en 1876. Après ses études, dans la belle ville de Rouen, il voyagea, instruisant et s'instruisant, un peu partout en France, et jusqu'en Angleterre et en Ecosse ; mais, depuis seize ans déjà qu'il professe à l'Ecole Primaire Supérieure d'Angers, l'invincible lien du charme angevin l'enracine de jour en jour un peu plus : « je n'ai plus, écrit-il, nulle attache en Normandie, hors le souvenir très fidèle de mon pays d'enfance. Je n'y ai rien publié et j'y suis totalement inconnu. Si l'Anjou ne m'accueille pas, je ne serai —
I lé POÈTES ANGEVINS D'AUJOURD'HUI
comme poète — d'aucun pays. » Après un si touchant plaidoyer, aurionsnous le courage de condamner Henri Tilleul à n'être, comme disent le& Suisses, qu'un heimatloss, et à « chanter au hasard des chemins « ?
On vit d'abord de ses vers, dès 1912, dans des revues angevines ; puis parurent en 1915, chez Sansot, ces « Poèmes d'Outre-Mer, » transposés des Auteurs Anglais, qui prouvent une connaissance précieuse de la rime et du rythme, en même temps que de la langue anglaise, mais ne rattachent guère leur auteur à l'Anjou, si ce n'est par la chaîne un peu longue des Rois Plantagenets... En 1921 sortit de chez Grassin un autre volume, « Florilège », dont un certain nombre de pièces avaient antérieurement paru dans la « Revue de l'Anjou jd, où — modestie rare — l'auteur collabora longtemps sans se faire connaître ; et ce ne fut guère qu'après la parution de ce recueil, que sous le pseudonyme d'Henri Tilleul, les Angevins un peu curieux de belles-lettres, ou curieux tout courts, purent couramment reconnaître la personnalité du docte professeur de « Chevrollier ».
A vrai dire, si le talent de M. Henri Tilleul s'apparente à l'Anjou par sa délicate douceur, il ne se trouve dans le Florilège que quelques pièces vraiment angevines, tel que cet « Avril a fleuri Port-Thibault, plein d'images et de rythmes, que le manque déplace me force malheureusement à sacrifier, ou ce a Retour ». inspiré de Du Bellay, pour qui l'auteur a un culte fervent qu'il inculque à ses élèves. Citons seulement celle-ci :