LES CHANGEMENTS DE LA BERGÈRE IRIS
Jean de Lingendes naquit à Moulins en l'année 1580, cinq ans par conséquent avant la mort de Ronsard qui, comme dit Boileau, dans le premier chant de son art poétique :
Réglant toul, brouillant tout, fil un art à sa mode, Et toutefois long-temps eut un heureux destin.
A cette même époque, brillait entre tous Malherbe, le premier modèle du style noble et le créateur de la poésie lyrique, selon l'opinion de Laharpe.
C'est alors qu'apparail, dans le monde des leltres^ notre Jean de Lingendes qui doit avoir sa place et une des meilleures parmi les poètes des premières années du XVIP siècle, comme le prouvent surabondamment les auteurs qui ont soustrait le nom de notre compatriote à l'implacable oubli du temps et que nous interrogerons successivement dans le cours de cette étude.
Ecoutons d'abord les appréciations de l'abbé Sabotier et dé l'abbé Goujet.
Dans ses Trois siècles de la littérature française, voici comment parle de notre poète, le premier de ces deux biographes : t Dans un temps où l'on ne connaissait pas encore le bon goût, il (J. de Lingendes) cultiva la poésie avec réputation, et quoique ses vers soient bien éloignés de la perfection à laquelle la poésie est parvenue depuis, ils sont encore estimés des gens de goût. » Quels sont les poètes qui atteignirent alors la perfection ; et de combien peut-on dire que leurs vers sont encore estimés des gens de goût?
Nous nous bornerons, pour le moment, à citer les lignes suivantes de la Bibliothèque française de l'abbé Goujet : « Jean de Lingendes a beaucoup mieux réussi dans les stances qu'Annibal de Lortigue. Il affectionna ce genre de poésie, et il n'en a guère employé d'autres. On trouve dans ses stances beaucoup de facilité et de douceur. Mais c'est sans raison que dans le Dictionnaire de Trévoux, même dans la dernière édition de
1743 on lui fait rhonneur d'être le premier de nos poètes qui ait fait des stances, et qu'on assure que celles-ci n'ont été introduites dans notre poésie que sous le règne d'Henri III en 1580. » Que ressort-il de cette citation, sinon que J. de Lingendes ne serait pas le premier qui ait fait des stances; mais, qu'on € trouve dans ses stances beaucoup de facilité et de douceur. » N'est-ce pas déjà quelque chose ; et c'est tout ce que nous voulons maintenant établir.
Notre compatriote dut quitter, de bonne heure, sa ville natale, pour aller à Paris, « où le litre de gentilhomme, sa bonne mine, des manières accomplies, lui préparèrent un bon accueil parmi les Sociétés littéraires du temps (1). Ce ne fut guère qu'à l'âge de vingt -sept ans environ, qu'il commença à se faire connaître ou du moins à acquérir quelque célébrité, puisque l'abbé de Marolles dit, dans son dénombrement des auteurs, « qu'il écrivait avec réputation dans les années 1607 et 1610. » Avant d'aller plus loin, il serait peut-être bon de constater que, parmi les écrivains dont les ouvrages purent exercer une certaine influence, sur ce jeune poète qui « avait reçu une excellente éducation, fortifiée par la lecture des savants écrivains des XV® et XVI® siècles » (2), nous n'en pouvons citer que deux : le poète espagnol Georges de Montemayor et le professeur italien Ange Poli tien.
(1 et 2) Biographie générale de Didol.
74 POÈTES BOUBBONNAIS.
Les amitiés les plus illustres ne firent pas défaut à de Lingendes. En effet, il fut protégé de la mère de Louis XIII, Marie de Médicis et de la princesse de Conti, auxquelles il dédia du reste la plupart de ses poésies. Entre les poètes, ses contemporains, nous indiquerons, comme ayant été ses amis, Jean Bertaut, Davy Duperron, Renouards, CoUetet dont le nom est passé, à la postérité, escorté de ces deux vers de
Boileau :
Et libre du souci qui trouble Colletet, N'attend pas pour dîner, le succès d'un sonnet.
Enfin, nous n'oublierons pas, avec la biographie Michaud, le célèbre romancier Honoré d'Urfé, d'une illustre et ancienne famille du Forez, auteur de plusieurs pièces de poésie et du célèbre roman pastoral de TAstrée (1610) où il peignit le bonheur des bergers de Lignon.
Le deuxième livrp des Délices de la poésie française ou recueil des plus beaux vers de ce temps, imprimé en 1620, à Paris, chez Toussaint du Bray, rue Saint- Jacques, « aux espies meurs, » et en sa boutique du Palais, en la galerie des prisonniers, renferme,
de la page 652 à la page 721, les morceaux suivants de notre poète bourbonnais :
1. Stances : D'où vient que sans efifbrt j'ay rompu tous mes fers, etc.
2. Stances : Pour la naissance de M. le duc de Relelois, trente strophes de quatre vers.