HENRI BAUDE
M. Quicherat a publié, chez Aubry, en 1856, les vers de Maistre Henri Baude, avec les actes qui concernent sa vie, le tout précédé d'une notice des plus intéressantes. De son côté, M. Vallet de Viriville s'était déjà occupé de ce poète bourbonnais, dès avant 1853, puisqu'à cette époque, parurent les nouvelles recherches (2) sur Henri Baude, suivies du portrait et des regrets et complaintes de la mort du roi Charles VU.
(1) bibliothèque françaisej t. IX, p. 480.
(2) M. Quicherat avait déjà publié une étude, sur Baude, dans la Bibliothèque de F Ecole des Chartes, t. X, p. 93 et suivantes.
Henri Baude, né à Moulins, vers l'an 1430, fut vite très-bien en cour ; ce qui lui permit d'obtenir de Charles YII, dès 1458, une place d'élu des aides pour le bas Limousin, oflSce qu'il occupa jusqu'à sa mort arrivée vers 1495, < laissant une certaine réputation, dit M. Quicherat, si l'on s'en rapporte à la personne qui nous a conservé ses vers, car elle ajoute à son nom la qualification de très-clair et renommé composeur. »
Au lieu de résider en Limousin, comme sa place semblait lui en faire un devoir, nous le voyons au contraire habiter presque toujours Paris, soit pour y suivre ses procès, soit pour y cultiver la poésie, au milieu de la société des beaux esprits du temps, exploitant son bénéfice au moyen de clercs et de greffiers qu'il aimait à prendre dans sa propre famille. Plusieurs mésaventures traversèrent cette existence qui aurait pu s'écouler calme et tranquille. D'un caractère libre et indépendant, il ne craignit pas de se mettre sur les bras quelques mauvaises affaires. Entre autres, celle que lui attira une satire ou moralité par personnages qu'il fit jouer à la table de marbre du palais, moralité qui plut assez à Charles VIII, représenté sous la figure d'une fontaine d'eau vive, « image de la pureté des intentions du jeune mo- « narque, » mais qui déplut fort à certains courtisans qui crurent se reconnaître dans les « herbes, racines, roches, pierres, boues et gravois • qui troublaient la limpidité de cette source. Une autre fois, c'était pour avoir voulu exécuter, à son profit, un décret de justice, sur les biens du grand Bâtard de Bourgogne, qu'on le renfermait dans les oubliettes de
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Sainte Menehould. Grâce au parlement, au corps municipal de Paris et au sire de Bourbon, connétable de France, il put sortir, sans trop d'encombre, des nombreuses difficultés qui ne manquèrent pas de l'assaillir. (1)
Le bagage littéraire de Baude n'est pas des plus volumineux, il ne se compose guère que de quelques morceaux relatifs à la politique ou aux mœurs du temps, d'épigrammes, de rondeaux, de ballades, de devises en vers pour tapisseries et d'autres pièces de peu d'étendue, auxquelles il convient toutefois d'ajouter un opuscule historique en prose (2) « très-instructif et très-curieux » donné, comme anonyme, par l'historiographe Théodore Godefroy, en tête de ses historiens de Charles VIL Cet éloge ou portrait historique du roi Charles VII se divise en quatre chapitres dont voici les titres : Chap. P' de la vie, cornplexion etcondicion dudit roy Charles; chap. II, de sa imtice; chap. III, de sa guerre ; chap. IV, de ses finances.
« Par le style et la contexture de ses œuvres, dit M. Vallet de Viriville, Baude appartient à la même catégorie que Villon, dont il fut le contemporain et l'émule. » A son tour, M. Quicherat ajoute : « Clément Marot sut l'apprécier, car il le pilla; peut-être
(1) Dans Tune de ses lettres adressées au duc de Bourbon, Baude « entonne Téloge du Bourbonnais et décrit les productions ainsi que la prospérité de celte province. M. Quicherat p. 64-74.
(2) Le manuscrit de cet opuscule historique en prose se trouve, dit M. Vallet de Viriville, dans le manuscrit 6222 C, de la bibliothèque nationale, au f» 35 — Le deuxième opuscule dont s'est occupé cet ériidil et qu'il croit pouvoir attribuer à Baude est en vers et est intitulé ; Regrets et complaintes de la mort de Charles VU.
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est-ce à cause de cela qu'il ne se donna pas la peine de recueillir et de publier ses œuvres, ainsi qu'il fit pour François Villon. Villon et Baude sont de la même école. Tous deux ont préféré le sel gaulois à la magnificence amphigourique des poètes flamands. > Comme spécimen, nous reproduirons le morceau intitulé : Bon dict de la nature d'une femme.
Femme légiére et de maulvaise affaire.
Quant plus elle est contraincte et près tenue, Tant plus s'esforce à chose def fendue Tost accomplir, à qui que doit desplaire.
Le fier cheval contre son frain s*esforce.
Qui trop le veult de la bouche contraindre :
Mais s'on luy lasche ses resnes sans eslraindre. Lors il s*arreste et modère sa force.
Femme doibt en liberté honneste Contregardée sans trop la près tenir ; Car qui la veult par rigueur maintenir.
Plus tost faict mal, et moins au bien s'arreste.