‹ Poètes boubonnaisChapitre 4 sur 13 · JEAN ROBERTET · texte numérisé non relu

JEAN ROBERTET

Un certain nombre de membres de la famille Robertet, originaire du Forez, quoique revêtus des plus hautes charges et dignités, n'ont pas dédaigné d'employer, les loisirs qu'elles leur laissaient, à cultiver la poésie. Les fonctions de secrétaire d'Etat et de trésorier des finances semblent s'être perpétuées parmi

eux, SOUS les règnes de Charles VIII, de Louis XII, de François I®' et de Henri II, c'est-à-dire pendant un siècle environ.

L'un d'eux que M. Quicherat qualifie de burd et qui remplissait les fonctions de Mécène auprès du duc de Bourbon, fut, nous dit-il, < le poète le mieux rente de France sous Charles VIII. » Jean Robertet, c'est ainsi que le nomme l'abbé Goujet, était, « en son vivant, notaire et secrétaire du roy nostre Sire, et de Monseigneur de Bourbon, greffier de Tordre et du Parlement Delphinal (1). » A ce titre, ce Robertet appartient bien au Bourbonnais et doit par conséquent être rangé au nombre des poètes de cette province. Il est plus que probable que notre Baude dut faire sa cour à cette puissance, afin de pouvoir obtenir les faveurs du prince auquel il adressa les «lectres» dont nous avons déjà parlé.

Jean Robertet, outre quelques élégies et complaintes que lui assigne Jean le Maire de Belges et des rondeaux manuscrits qu'on trouve dans le Balladié du Duc d'Orléans, avait traduit du latin en vers français des Ditz prophétiques des SibilleSy intercalés dans le troisième livre (Les Dits et Vaticinations des Sibilks) de \^ Nef des Dames vertueuses du docteur en médecine Symphorien Champier, volume in-4° imprimé à Lyon par Jacques Arnollet , en 1503. Lacroix du Maine rapporte qu'en 1531, il a été fait une édition des Dits des Sibilles de notre auteur.

(1) Bibliothèque française de l'abbé Goujet, t. X, p. 2(5.

Il est un autre Robertet dont nous ne pouvons pas passer le nom sous silence, Jacques Robertet, le petitfils du précédent ; car ce fut lui qui, par les cahiers de vers qu'il forma, sauva ainsi de l'oubli ceux du poète bourbonnais Henri Bande. Ces cahiers ou manuscrits se trouvent, à la bibliothèque impériale, sous les numéros 7685, 7686, 7687 du vieux fonds et 208 du supplément français. Telle est la source où a puisé M. Quicherat, pour nous donner son édition publiée chez Aubry en 1856. Ce Jacques Robertet doit être le même probablement que celui indiqué par Béthencourt, dans ses Noms féodatix, avec le petit nom de François et qui était auditeur des comptes de la Duchesse de Bourbonnais et possesseur de la terre et seigneurie de la Mothe Jolivet, acquise de Jacques Mynart, en 1516. C'était < un homme d'une grande instruction (1) ; » et, au dire de M. Vallet de Viriville, c un des littérateurs ou amateurs de littérature le plus autorisé de ce temps, i Clément Marot a fait l'éloge de son savoir dans la Défloration de la mort du ministre de François P% Florimond Robertet (2) qui possédait une très-belle collection d'objets d'art , comme le prouve l'inventaire dressé par sa veuve, le 4«jour d'août 1532 (3).

(1) M. Quicherat^ notice sur Henri Baude, p. 14.

(2) Œuvres de Clément Marot, La Haye, 1731, t. III, p. 273 —

(3) Voir à ce sujet, l'étude très-curieuse de M. Eugène Grésy,

Voiei, les vers extraits de la longue complainte de rillustré poète de Gahors :

Et un nevea, qui d*esprit, forme et art Semble Phébus à la barbe dorée.

De luy se sert dame France honorée En ses secrets: car le nom y consone :

Si faict son sens, sa plume et sa personne.

Dans le XVP siècle, nous trouvons, avec Claude Billard , deux des illustrations bourbonnaises qui eurent, assurément, le plus de vogue et de crédit, de leur vivant : le médecin astrologue Mizauld et l'infatigable traducteur Biaise de Vigenère. Sans entrer dans tous les détails que comporterait l'étude des œuvres de ces deux personnages, nous leur devons ici une place, comme poètes.

ANTOINE MIZAULD.

Antoine Mizauld naquit à Montluçon, vers 1510 (1) ou 1520 (2) et commença ses études à Bourges, pour

membre résidant de la Société impériale des Antiquaires de France, dans le 30^ volume des mémoires de cette société.

Dans le bulletin de la même Société, année 186^, M. Mabille fait paraître un travail sur cette famille, qui n'a pas encore été imprimé au moment où nou.s publions ces études

(1) Biographie Didot.

(2) Biographie Michaud.

aller ensuite les continuer à Paris, sous la direction des maîtres les plus savants et les plus habiles de l'époque. Reçu jeune encore docteur en médecine, il se fit le disciple d'Oronce Fine, pour étudier l'astrologie et toutes les sciences occultes. Devenu l'ami de ctj célèbre professeur de mathématiques, Mizauld voulut écrire sa vie, comme témoignage d'amitié et de reconnaissance. C'est ainsi qu'adonné de plus en plus à ces nouvelles études, il abandonna complètement la médecine, pour pouvoir se livrer avec plus de facilité à la composition de ses nombreux et volumineux ouvrages qui tous dénotent les connaissances les plus vastes et les plus variées, noyées malheureusement au milieu d'élucubrations incroyables qui passaient alors pour les choses les plus sérieuses et les plus utiles. Que de progrès, grâce à Dieu, n'avonsnous pas faits i

Cultivant, et avec le plus grand succès, ces difierentes branches des connaissances humaines, il n'est pas étonnant que notre médecin astrologue ait acquis une immense réputation. Nous ne serons donc pas étonnés d'apprendre, par la dédicace d'un de ses ouvrages poétiques : De mundi sphœra, qu'il avait ses entrées à la cour et que la princesse Marguerite de Valois voulait bien l'admettre dans son intimité. Qualifié de divin, d'Esculape de la France, dans des vers faits en son honneur, vanté par de Thou luimême qui ne craignit pas d'imprimer que « les écrits de Mizaud font paraître sa rare doctrine et son jugement exquis et qu'ils seront toujours estimés de ceux qui sont j uges compétents en ces sortes de matières, » on conçoit, sans peine, quelle devait être la situation

brillante de notre compatriote dans le monde des lettres et des savants de ce grand et curieux XVI® siècle. Pour compléter ce portrait, ajoutons, avec Moreri, que Mizauld était extrêmement laborieux et qu'il joignait, à une érudition peu commune pour son siècle, un jugement droit et beaucoup de probité.

Toutefois, cette position magnifique n'était pas à Tabri des mille misères inhérentes à la condition humaine. La jalousie, la haine et la méchanceté firent expier, plus d'une fois, à Mizauld, sa grande et légitime réputation. Les médecins et les apothicaires entre autres, atteints eux aussi un peu plus tard par le génie de Molière, ne pouvaient pardonner à ce chercheur des causes des maladies dans la position des planètes entre elles ou à l'égard de la terre, l'active propagande qu'il ne cessait de faire en faveur des plantes médicinales qui, selon lui, devaient remplacer avantageusement les remèdes composés, c'est-à-dire toutes ces préparations pharmaceutiques plus ou moins scientifiques et rationnelles apprêtées dans les incroyables laboratoires du jour.

La réputation de notre savant était assise sur des bases assez solides, pour pouvoir résister longtemps encore après sa mort arrivée, à Paris, en 1570 ou en 1578. Nous voyons, en efifet, dans le siècle suivant, à l'exemple de son confrère Frédéric Morel qui avait gagné beaucoup d'argent par la multitude des éditions qu'il fit de la plus grande partie des ouvrages de Mizauld, le libraire P. Menard vouloir, à son tour, renouveler cette entreprise qu'arrêtèrent les observations du bibliographe Naudé.

Le catalogue des ouvrages de cette célébrité bour-

bonnaise, la plupart écrits en latin, ne renferme pas moins de cinquante-quatre numéros et se trouve trèsdétaillé dans le Dictionnaire de Moreri auquel nous renvoyons les personnes désireuses de connaître cette longue nomenclature. Quant à nous, nous nous bornerons à indiquer, avec le Miroir du temps, les Secrets des jardins, les Secrets de la lune (1), la Nouvelle invention pour incontinent juger du naturel d'un chacun par la seule inspection du front et de ses linéaments, ses quatre ouvrages poétiques qui ont pour titres :

1^ De mundi sphœra, seu œsmagraphia, lib. 3, figuris demomtrationibus illustrati, à Paris, chez Gavellat, en 1552, in-8^

Une autre édition de cepoëme, dédiée à Marguerite de Valois, aurait paru en 1666 ou 1567.

2^ Zodiacm, sive duodecim signorum cœli hortulus, libris III concinnatus, à Paris, chez Gaillard, 1553.

3® Planetœ, seu planetarum collegium, à Paris, chez Gaillard, 1553.

i^ Asterismi, sive stellarum cœli imaginum officina, cum encomio doctri astronomiy à Paris, chez Gaillard, en 1553.

Parmi les autres pièces de vers que Mizauld a encore publiées, nous citerons celle qu'il fit pour déplorer le meurtre du président Antoine Minard, fils d'un trésorier général de notre province, tué d'un

(1) M. Gustave Vallat, professeur au lycée de Moulius, a donné dans le Btdietin de la Société d'Émulation de rAllier. une étude sur les Secrets des jardins et une autre sur les Secrets de la lune de Mizauld.

coup de pistolet, en sortant du palais, pendant la nuit du 12 décembre 1559. Très-attaché à cette famille, il dédia le second livre de ses Secrets de la nature à Antoine Minard, chanoine de l'église de Paris, et le troisième livre du même ouvrage à Pierre Minard, conseiller au parlement de Paris, tous les deux fils du président bien connu pour son zèle contre les protestants.

Terminons par cette citation de Moreri qui, tout en reconnaissant qu'il aurait mieux valu, sans doute, pour la santé de notre compatriote, pour sa gloire et sa fortune, qu'il continuât la médecine, se plaît néanmoins à écrire : « Cependant comme l'astrologie et la recherche des secrets de la nature étaient du goût de son siècle, il obtint l'estime et l'amitié des savants ; et à Paris principalement, il fut recherché par les personnes les plus distinguées par leur rang et par leur science. Il eut l'honneur de compter entre ses protecteurs, Jean Olivier, fils du chancelier de ce nom, Pierre Séguier, président au parlement de Paris, Jacques Gougnon, doyen de l'église de Beauvais, et Jean le Charron, prévôt des marchands de Paris. Les marques d'affection et les bienfaits qu'il reçut de la famille des Minard l'attachèrent particulièrement à cette maison ; et il n'oublia rien pour en témoigner sa reconnaissance. >

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