SAINT-AUBIN
Jean de Saint-Aubin appartient à une noble et ancienne famille qui a eu l'honneur de compter, dans son sein, un certain nombre de comtes de Lyon. Né à Moulins en 1587, d'après la biograpbie Didot, ou en 1588, d'après YAncie)i BourbonnaiSy il fut admis de bonne heure, dès 1606, n'ayant encore que dix-neuf ans, dans la compagnie de Jésus dont il devint' une des illustrations. Pendant cinquante-quatre ans qu'il habita Lyon, Jean de Saint-Aubin se fit remarquer comme orateur sacré , comme professeur (1) et comme directeur de la maison du noviciat que son ordre possédait dans cette ville. A tous ces titres, n'oublions pas d'ajouter, selon nous, son plus beau , en proclamant le zèle et le dévouement admirables qu'il déploya , pour soigner les pauvres malades, pendant l'horrible peste de 1623 qui ravagea Lyon. L'élévation et la grandeur de l'esprit, la variété des connaissances sont, sans aueun doute, bien propres à distinguer et à illustrer un homme ; mais que dire, quand, à ces nobles qualités, employées à instruire la jeunesse, se joignent Tamour et le dévouement pour ses semblables. Alors,
(1) V Ancien Bourbonnais ludique qu'il aurait professé la ihélorique à Bourges. M. de Coiftier avance aussi ee fait et ajoute môme a et dans plusieurs autres villes. »
on peut prétendre, ajuste titre, au suprême degré de l'honneur et de la gloire ; c'est aussi ce que nous revendiquons hautement pour notre compatriote. Une vie peut-elle être mieux remplie !
Outre quelques vers latins et une paraphrase en vers français du livre de Job et de FEcclésiaste qui nous Tout fait placer dans cette galerie des poètes du Bourbonnais, Saint-Aubin a encore composé : 1® une histoire de la ville de Lyon, ancienne et moderne, avec les figures de toutes ses vues par Israël Silvestre; 2^ une histoire ecclésiastique de la même ville. Ces deux ouvrages, qui ne forment qu'un seul et même volume, ont été publiés à Lyon, dans le format in-f*, chez Benoist Goral, par les soins du P. Menestrier, en 1666, six ans par conséquent après la mort de l'auteur (1).
Quoiqu'il n'entre pas dans notre plan d'étudier l'histoire de Lyon, puisque nous ne nous occupons, en ce moment, que des productions poétiques, nous pouvons cependant faire connaître cette phrase du médecin et antiquaire Jacques Spon : « Cette histoire (celle de Lyon) semble un sermon ou un panégyrique perpétuel, tant l'auteur a eu soin d'accabler le lecteur de fleurs de rhétorique. » Nous aimons à constater que, quoique protestant, ce critique n'en a pas moins jugé sainement cette œuvre due à la plume d'un catholique et d'un jésuite, puisque le P. Menestrier, son confrère, porte le même jugement dans la préface placée en tête du premier ouvrage : t Ceux qui se sont laissé prévenir à la pensée qu'il (Saint-Aubin)
(i) Saint-Aubin est mort à Lyon^ le 18 octobre 16^.
ne travailloit que pour TEglise de Lyon, parce qu'il y avoit un Frère qui eu estoit comte et Précenteur, n'ont pas pris la peine de lire cet ouvrage, où ils auraient pu remarquer, que jamais Autheur n'a écrit avec un esprit plus des-intéressé, et plus libre à exprimer ses
sentimens Il est vray qu'il nous y a fait en
mesme temps le caractère de son naturel, qui estant doux et facile, a rendu cet ouvrage plus aisé, qu'il n'est fort et solide en quelques endroits. Il a mesme tenu une méthode, qui n'est guère propre à l'Histoire, et qui tient plus du Panégyrique, que d'une Narration simple et suivie. La distinction des Livres et des Chapitres montre qu'il a plutôt travaillé à des éloges, qu'à la suite des temps, et qu'il a plutôt choisi ce que Lyon a eu de plus illustre, que des matières digérées. »
Les vers latins de St-Aubin, ses paraphrases du livre de Job et de l'Ecclésiaste ont été imprimés de son vivant, à Lyon, en 1658, format in-i2. Le seul fragment que nous puissions offrir appartient au dernier de ces livres, il va nous donner une idée de la facilité poétique dont était doué ce jésuite.
Sous la voûte des cieux il n'est rien de nouveau; Ce qui plut autrefois est encor trouvé beau.
L*astre qui fait les jours, les mois et les années^ . Voit renaître aujourd'hui les choses déjà nées ; Témoin du temps passé, témoin de Tavenir, H voit recommencer tout ce qu'il voit finir.
Ce qui frappe nos yeux, ce qui bat nos oreilles, Avait jadis aussi des rencontres pareilles/ Pour se renouveler la rose fleurira, Le monde a déjà vu ce qu'un jour il saura.