BALLADE DE CARESME
Cessez autheurs d'escrire en éloquence D*armes, d'amours, de fables, et sornettes :
Venez dicter sous piteuse loquence Livres plainclifs de tristes chansonnettes :
N'escrivez d'or, mais de couleurs brunelles, A celle fin que tout dueil y abonde ; Car Jesus-Christ TAigneau tout pur et munde Pour nous tirer des Enfers détestables Endura mort horrible, et furibunde En ces saincls jours piteux et lamentables.
Romps tes flageols. Dieu Pan, par violence, Et va gémir en champestres logetles :
Laissez les bois, vous Nymphes d'excellence,
CLRMBNT MAROT 3i5
El vous rendez en cavernes subjectes :
Ne chantez plus, refrénez vos gorgettes, Tous Oyselels : trouble loy la claire unde :
Ciel noircy loy : et d'angoisse profonde, Besles des champs par cris espouvantables, Faictes trembler toute la terre ronde En ces saincts jours piteux, et lamentables.
Riches habits de noble préférence Vueillez changer Dames, et pucellettes Aux ornemens de dolente apparence, Et resserrez vos blanches maromelettes :
En temps d'Esté fleurissent violettes.
Et en \ver sèchent par tout le monde :
Donc puis qu'en vous joye et soûlas redonde Durant les jours à rire convenables.
Pleurez au moins, autant noire, que blondes En ces saincts jours piteux et lamentables.
KNVOY
Prince chrestien, sans que nul te confonde, Presche chascun, qu'à jeusner il se fonde Non seulement de mets bien délectables, Mais de péché, et vice trop immunde En ces saincts jours piteux et lamentables.