‹ Poètes chrétiens du XVIe siècle: textes choisisChapitre 99 sur 123 · EPITAPHE · texte numérisé non relu

EPITAPHE

DE JEAN SERRE EXCELLENT JOUEUR DE FARCES (i).

Ci-dessous gist, et loge en serre Ce très-gentil fallol Jean Serre, Qui tout plaisir alloit suivant :

Et grand joueur en son vivant.

Non pas joueur de dez, ne quilles, Mais de belles farces gentilles.

Auquel jeu jamais ne perdit, Mais y gaigna bruit et crédit, Amour, et populaire estime ; Plus que d*escuz, comme j'estime.

Il fut en son jeu si adeztre, Qu*à le venir on le pensoit estre Ivrongne, quand il s'y prenoit, Ou badin, s'il l'entreprenoit :

Et n'eust sceu faire en sa puissance Le sage, car en sa naissance Nature ne luy fit la trongne Que d'un badin ou d'un ivrongne :

Toutefois je croy fermement, Qu'il ne fit onc si vivement

(1) Les jonears de farces portolent ordinairement des masqaes sur le théâtre ; mais quand ils n'en portolent pas, ils se couvroient le visage de farine. Voyes Sauvai : 4ntifuit€t de Paris, tome m, pa^e 38,

3i2 POÈTES CHRÉTIBNS DU XYl*^ SliCLK

Le badin qui rit, ou se mord,

Comme il fait maintenant le mort.

Sa science n*estoit point vile,

Mais bonne : car en cette ville

Des tristes tristeur destournoil

Et rbomme aise en aise tenoit.

Or bref, quand il enlroit en salle

Avec une chemise sale.

Le front, la joue, el la tiarit)%

Toute couverte de farine,

Et coiffé d'un béguin d'enfant,

El d'un haut bonnet triomphant

Garni de plumes de chappons,

Avec tout cela je respons»

Qu'en voyant &a grâce niaise

On n'esloit pas moins gay, ny aise,

Qu^on est aux champs Elisiens.

vous humains Parisiens,

De le pleurer pour recompense

Impossible est : car quand on pense

A ce qui soûl oit faire et dire,

On ne se peut tenir de rii-e.

Que dis-je ? On ne le pleure point ?

Si faict on : et voicy le poinct.

On en rit si fort en maints lieux(

Que les larmes sortent des yeux.

Ainsi en riant on le pleure :

Or pleurez, riez vostre saoul,

Tout cela ne luy sert d'un soûl :

Vous feriez beaucoup mieux en somme,

De prier Dieu pour le povre homme.

Ctll^.MfeftT MA«OT 343

BALLADE t)U ÎOUU DIS NOEL Sur rair : J'ai veu le temps quefétoie à Basac.

Or est Noël venu son petit trac :

Sus donc aux champs, bergieres de respec :

Prenons chascun panetière, el bissac,

Fluste, flageol, coriieinuse, el rcbec :

Ores n'est pas temps de clorre le bec,

Chantons, sautons, el dansons rie à rie :

Puis allons veoir rKnfaul au povre die,

Tant exalté d'Helie, ausisi d'Enoc,

Et adoré de maint grand Roy, et Duc :

S'en nous dit nac, il faudra dire noc :

Chantons Noël taut au soir, qu'au desjuc.

Colin Georget, el loy Margot du Clac Escoule un peu, et ne dors plus lUec : ^ N'a pas long-temps sommeillant près d'un lac, Me fut advis, qu'en ce grand chemin sec Un jeune Enfant se combaioit avec Un grand serpent, et dangereux aspic :

Mais l'Enfanteau en moins de dire pic, D'une grand' Croix lui donna si grand choc, Qu'il Pabatit, et lui cassa le suc.

Garde n'avolt de dire en ce defVoc Chantons Noël tant au soir, qu'au desjuc.

Quand je l'ouy frapper et tic, et lac.

Et luy donner si merveilleux eschec, L*Ange me dit, d'un joyeux estomach, Chante Noël, en François ou en Grec, |2l de chagrin ne donne plus un zec.

344 POÈTBS GHRériBNS DU XVl^ SifeCLE

Car le Serpent a elé prins au bric :

Lors m'esveillay, el comme fanlastic Tous mes troupeaux je laissay près un roc Si m'en allai plus fier qu'un Archiduc En Bethléem. Robin, Gautier, et Roch, Chantons Noël tant au soir, qu*au desjuc.

ENVOY

Prince dévot, souverain Gatolic, Sa maison n*est de pierre, ne de bric.

Car tous les vents y souflent à grand floc :

Et qu'ainsi soit^ demandez à sainct Luc. Sus donc avant, pendons soucy au croc, Chantons Noël tant au soir qu'au desjuc.

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