‹ Poètes chrétiens du XVIe siècle: textes choisisChapitre 114 sur 123 · AGRIPPA D'AUBIGNÉ · texte numérisé non relu

AGRIPPA D'AUBIGNÉ

Nous n'entreprendrons pas de raconter la vie héroïque de ce poète guerrier. D antres, bien inspirés, s'y essayèrent avec succès. Quelques notes Bommaires suffiront ici.

Agrippa d'Aubigné était né près de Pons, en Saintonçe, le 8 février 1552. 11 mourut h Genève, le 9 mai 1630, ayant dépassé sa soixante-dix huitième année. Son existence fut le pins extraordinaire roman d*aventures qu'il soit possible d'imaginer. Il en a consigné les principaux traits dans de courts Mémoires (1), écrits pour ses enfants, et c'est là qn'on^. puisé sans réserve et, disons-le, sans scmpnle, ses divers biographes II s*y montre tour h tour le soldat, Tamoureux, l'historien et le pamphlétaire qu'on retrouve dans tonte son œuvre.

Sa carrière commença en 1559, en pleine lutte religiense II n'avait que sept ans, mais dès le premier jour il fit montre du plus grand sang froid. Arrêté avec les siens, à Orléans, il surprit ses adversaires par la hardiesse de ses propos. Un peu plus tard, il étonnera ceux de son parti par la violence de ses actes. L'homme jusqu'à la fin sera pareil h l'enfant.

Qu'il fasse mine d'être gagné aux séductions de la Cour des Valois, qu'il s'engage dans d*amoureuses entreprises ou bien qu'il soutienne de sa plume et de son

(1) Voyez : Mémoires de la vie de Théodore-Agrippa d'Àuàiçnét publiés pour la première fois d'après £e manuscrit de la Bibliothèque du Louvre, suivis de frag* menu de /'Histoke Universelle de d'Aubigné, qui se réfèrent à ses Mémoires et les complètent, et aeoompagnes de pièces inédites, par M, Ludovic Lalanne. Paris, Charpentier, 1854, in-18.

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épée la cause calviniste, il ne cessera de montrer une viTe témérité, nnie à an réel talent et h une grande virulence de langage. Chez celai qui prit part & toutes les guerres de religion, entraioa le Béarnais dans la plus périlleuse des caoses, et combattit à ses côtés à Blaye, à Cotttras et h Ivry, Tbomme d*action rejoint le concepteur. N'écrivit-il pas « à cheval et dans les tranchées » les meilleures pages de ses Tronques? Son talent d'écrivain est subordonné à son rôle politique et militaire, ce qui ne veut pas dire que son exaltation psychique et morale dépend des événements : elle les commande.

n connut les troubles du royaume, les chagrins domestiques, éprouva les inquiétudes d'une &me fervente et, de toutes ces épreuves consenties, acceptées, il se fit une personnalité hautaine, un peu sombre, mélancolique, éloquente et pi^rsuasive.

Pour Agrippa d'Aubigné, Tact ion ne s*arréta pas là où prirent fin les négociations des partis; où, trahi des s'ens. abandonné de son roi, il dut vendre ses biens et prendre sa retraite.

Elle continua & se manifester, intransigeante, héroïque, et le protestantisme sombrait déjà dans la corruption et les basses querelles, que, seul, il la dirigeait encore. Il gardait l'espoir de temps meilleurs.

Chez Agrippa d*Aubigné, l'agitateur avait un jour fait place au conseiller intime de Henri lY ; après sa disgrâce h la Cour, rhistorien et le poète, sinon le théologien, absorbèrent les facultés du partisan.

Ce fut sans aucun doute à Genève, où il s'était retiré, qu'il réalisa le plus durable de son œuvre.

Réunissant les pages é rites au cours de ses campagnes, et imprimées déjà, observe l'un de ses meilleurs biographes (1), faisant appel à ses souvenirs, coordonnant les faits qu'il avait vus se dérouler sous ses yeux.

li) Ad. van Bever : Œuvres poétiques choisies de Théodore Agrippa d'Aubigné^ publiées sur les éditions originales et a après la version fournie par les ma^ nusprits. Avec wie Notice biographique, une Biblio graphie, des notes et dex éclaircissements historiques et critiques et un portrait, Paris, Libr. E. 8ansot et C'«, 1905, in 18.

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donnant libre conra à ses ressentiments, U publia cette guite d'ouvrages qui, des Tragiques (1) aux Aventures du Baron de Fœneste (2), en passant par V Histoire uni'verselle (3) et les petites œuvres meslées (4), nous le montrent tour à tour amer et railleur, grave et pasûonné, didactique et satyrique. Tandis qu'il annotait les pages audacieuses et vives de la Confession de Sancy, il coUar tionnait ses vers de jeunesse, 8*inspirant d*un passé émouvant pour mettre en lumière les meilleurs témoignages de ses amours. La mort le surprit au milieu des travaux, alors qu'il entassait manuscrit sur manuscrit et donnait au public la seule édition vraiment complète des Aventures du Baron de Fœneste. Sa vie militante s'était ralentie depuis 1626, mais sans qu'il ait rien perdu de la vivacité de son esprit. La vieillesse, Texpérience douloureuse des ans, n'avait pu calmer sa lièvre d'action, faire échec h sa volonté ».

Les poésies religieuses d'Agrippa d'Aubigné consistent en un poème en XV chants, Z»a Création, fait, & l'imitation de la Semaine de du Bartas, en quelques traductions libres des Psaumes. Ce sont des pièces chrétiennes, au sens le plus étroit du mot. Quoique le poète n'ait cessé de faire étalage de ses sentiments de Réformé, il semble n'avoir eu, en les transcrivant, d'autre dessein que et réaliser l'expression d'une grande et noble ferveur.

(i) Les Trafiques donnes au publie par le larcin de Promothée, Au Dezeret, par L. B. D. D. 1616, pet. in-4<>. Les Tragiques, etc., S. 1 n. d. (vers 1620), pet. in- S».

(2) Les Aventures du Baron de Fgneste. 'Comprinses en qucUre parties. Les trois premières reveHes, aug^ mentées et distinguées par Chapitres. Ensemble la quortriesme partie nouvellement mise en lumière, etc. Au Désert, Imprimé aux despens de l'autheur. MDGXXX, petit in-8o.

(3) Histoire universelle du sieur d'Aubigné corn-prise en trois tomes. Seconde édition, augmentée de notables histoires entières, et de plusieurs additions et corrections faites par le mesme auteur. |s. l.]MDCXXVII et ensuite sous la marque suivante : A Amsterdam. Pour les héritiers de Hier. Comelin MDGXXXVI, infol. à deux colonnes.

(4) Petites œuvres m£siées, etc. A Genève, chez Pierre . Aubert, 1630, in-8o.

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Il est à eroire que les extraits que nous en donnons datent dn temps où Agrippa connut les lavenrs de la Gonr des Valois ; car ils ne démentent en rien lldéal « catholique » qu'entretenaient les poètes dans les dernières années du x?i« siècle.

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