‹ Poètes chrétiens du XVIe siècle: textes choisisChapitre 17 sur 123 · CH/^N80NS SPIRITUELLES · texte numérisé non relu

CH/^N80NS SPIRITUELLES

Si quelque injure l*on vous dit, Endurez le joyeusement, £t si chacun de vous mesdit N'y mettez voslre pensement,

Ce n*est chose nouvelle D'ouyr ainsi parler souvent :

Autant en emporte le vent.

Si quelcun parle de la Foy, En la mettant quasi à riens Au prix des œuvres de la Loy, Les estimant les plus grans biens.

Sa doctrine est nouvelle, Laissez le là, passez avant :

Autant en emporte le vent.

El si pour vostre Foy gaster, Vous vient louer de voz beaux faits, En vous disant (pour vous flatter) Qu'il vous tient du rang des parfailz,

Fuyez parole telle, Qui ameine orgueil décevant :

Autant en emporte le vent.

MARGURBITE DB NAVARRE 51

Si le monde vou» vient tenter De richesse, honneur, et plaisir, El le vous vient tous présenter, N*y mettez ny cœur ny désir

Car chose temporelle Retourne où estoit par avant :

Autant en emporte le vent.

Si l'on vous dit qu'en autre lieu L'on puisse trouver reconfort Et vray salut qu'en un seul Dieu, C'est pour mettre vostre ame à mort ;

Monstrez vous lors rebelle, Et desmentez Je plus sçavanl Autant BU emporte le vent.

Puis que Dieu par pure grâce M'a tiré à soy, Et qu'en tous en toute place Luy tout seul je voy, Je suisremplyde plaisir, Veu qu^ mon ame est s'amye Qu'il a d'Amour endormie :

Hé, laissez-la dormir I Hé, laissez-ia dormir !

Allez dehors, Scrupule Et piquant Remords, Qui trop de peur m'accumule Sans nul reconfort.

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Vous n'eogendrez que souspir, Et peine à la conscience.

Mon ame ha en Dieu fiance :

Hé, laissez-la dormir I Hé, laissez-la dormir !

Las 1 cessez, Raison humaine, De la travailler ; Car po[u]voir n'a vostre peine De me reveiller.

Tout votre sens à loisir Ne me peuU plus rien apprendre.

Qui me fait vray repos prendre :

Hé, laissez-la dormir ! Hé, laissez-la dormir !

Or taisez-vous, criard Monde, Qui tousjours taschez De rendre mon ame immunde ; Car vous la faschez :

Ne luy offrez à choisir Plaisir, honneur ny richesse ; Pleine elle est d*autre liesse :

Hé ! laissez-la dormir I Hé ! laissez-la dormir I

Petit Dieu qui par tout vole.

Te disant vainqueur, Finez icy vostre rolle Rien n'avez au cœur ; Que la fin de son désir Tourne à contempler la face Que par Foy mon ame embrasse.

Hé ! laissez-la dormir ! Hé, laissez-la dofmir !

Maugré tout bruyt et tonnerre Elle dormira ; Et au mylieu de la guerre Se resjouyra.

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