CANTIQUE PASTORAL
Sus Berders en campalpne Laissez là voz troppeaux, Avant qu'on s'acompaigne Enflez voz chalumeaux.
Dansez en cesle prée Peinle de mille fleurs, Et d'esmail diaprée En cent mille couleurs.
El VOUS) 6 brebiettes N'ayez crainte des loups, Paissez donc camusettes Soubz cest ombrage doulx.
Cette nuict tant heureuse, Plus clere que le jour, Ne sera dangereuse Pour le trop long séjour.
Le loup, qui par les plaines Affamé herissoit Et deâsus les fontaines Librement cro[ujpissoit
80 POèTBS CHRÉTIENS DO XVl* BlfeCLR
Ne vomira sa rage Dessus vous désormais, Car il a pour partage Ce qu'il aura jamais.
Il est rué par terre, Il est mort estendu, Luy qui nous faisoit guerre Geste nuict s*est rendu.
Enflez voz cornemuses.
Dansez ensemblement Et vos doucettes muses Accoliez doulcement.
Mais bon Dieu qui nous guidée Quel astre nous conduict ?
Par ceste nuict humide, Nuict, ô heureuse nuict?
Bergers quelle harmonie.
Quelle musique es cieulx, Quelle voix tout unie S'accorda oncques mieux ?
Escoutez tous ensemble, Escoutez seurement, C'est Dieu qui nous rassemble A soy divinement.
C'est Dieu qui nous envoyé La paix en l'univers, La paix qui nous faict voye A ses yeulx déco u vers.
NICOLAS DBNI80T 81
Nuict tant souhaitée Des Pères atlendans, C'est toy qui fuz chantée De deux ou trois mille ans.
D'une sainte Pucelle Est né le fils de Dieu.
C'est la saincte nouvelle Qu'on nous chante en ce Heu.
Courrons, courrons ensemble, Soyons les devanciers.
Je voy ja ce me semble D'autres avant-couriers.
Je voy desja les Anges Caresser cest Enfant Qui sur les Dieux estranges Ja se faict triomphant.
Courez, suivez la ^ande C'est trop cornemuse, Allons où Dieu nous mande, Allons, c'est trop musé.
Louons Dieu qui révèle Son oracle nouveau, El sa saincte nouvelle, Au plus humble troppeau.
Qu'il nous donne la grâce, Que le loup ravissant.
Du sainct tro[u]peau la trace.
N'aille plus retraçant.
{Cantiques du prem. ctdvenement de /.-C, i653,)