‹ Poètes chrétiens du XVIe siècle: textes choisisChapitre 44 sur 123 · PATER IGNOSCE ILLIS QUIA NESCIUNT QUID FACIUNT · texte numérisé non relu

PATER IGNOSCE ILLIS QUIA NESCIUNT QUID FACIUNT

L'on t'avoit couronné de poignantes espines, Sanglant et déchiré de tourmens inhumains^ Estant dessus la croix encloué pieds et mains, D*un vouloir furieux, par ces âmes malignes.

Tu voyois les péchez de leurs noires poictrines Et les intentions de leurs mauvais desseins, Et nonobstant cela, ô Sauveur des humains.

Tu leur voulois donner de tes grâces divines.

Griar.t à haute voix, par un désir profond :

Pore pardonne Jeur, ils ne sçavent qu'ils font. Geste saincle oraison les Anges admirèrent,

Les démons reprouvés Touyrent des enfers Demeurant elFroyez, mais les hommes pervers.

En leurs vices obstinez ce pardon refusèrent.

VIH

Je ne puis plus chanter, je ne puis plus escrire, J*ay le cœur oppressé, j'ay Testomach pantoix : Je ne puis r'appeler la parole et la voix.

Je ne puis remouster les cordes de ma lire.

138 POËTSg CHRériBNB DU XVl^ 81ËCLE

J'ay les yeux esblouys, je lamente et souspire, Je veux ores mourir sous la divine croix, Je ne veux plus bouger de l'ombre de ee bois, Je veux estre à jamais subjecte à sou empire.

Je voy le saincL des saincts sur la terre eslever, Je voy son sang bouillant où je me veux laver, Je voy son corps divin chargé de cicatrices.

Je voy ses bras cloués qu il tend aux esgarez, Je voy son cœur ouvert aux pauvres altérez, Je le voy irespasser pour l'amour de nos vices.

Je trouve le lit dur, la nuict m'est une année, Il semble que mes draps soient de chardons poignans. Que mon corps soit pressé dans des ceps eslraiguans, Tant je suis de souci cruellement gênée.

Âpres m*estre en tous lieux cent et cent fois tournée Et faisant enfanter à mes pensers preignans Tant d'ennuys et regrets mon repos eslolgnans, Je passe ainsi la nuict au sommeil ordonnée.

Heureux sont les bergers qui dorment sans soucy Sur le vert matelas du printemps adoucy.

Ayant pour pavillon le feuillage d'un chesne,

Sans craindre que la nuict et l'humide serain Offence tant soit peu leur corps allègre et sain, Et nous trop délicats vivons tousjours en peine.

OAbRiBLLfe DIB COIONARD 139

Instrument de Pallas, quenouille ménagère Chargée de fin Un gentiment replié, Ton fardeau d*un lacet verdoyant est lié, Décorant le beau sein de la gaye bergère.

Par ton subtil moyen la soigneuse lingere, Agence proprement son filet délié, L'heur de ces grands effects ne doit estre oublié. Despartant tes trésors a la rive estrangere.

QuenoAllle s*il te plaît m'apprendre la façon

De tordre le fuseau aggravé du peson.

Mouiller les bouts des doigts, allonger ta despoûille ;

Et en pyroûetlant rendre les brins esgaux, Faisant par ton mestier addoucir met travaux, Je t*aimeray toujours, ô ma chère quenouille.

{Œuvres chrestiennes, i595.)

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