‹ Poètes chrétiens du XVIe siècle: textes choisisChapitre 50 sur 123 · REMONSTRANCE AU PEUPLE DE FRANCE · texte numérisé non relu

REMONSTRANCE AU PEUPLE DE FRANCE

(Fragments)

Je vous prie, frère, de prendre garde à ceux qui font discussions et scandales contre la doctrine que vous avez apprinse, et vous retirez d'eux.

S. Paul, Rom, 16.

ciel ! ô mer ! 6 terre ! ô Dieu père commun Des Juifs, et des Ghrestiens, des Turcs, et d*un chacun; Qui nourris aussi bien par la bonlé publique Ceux du pôle anlartique et ceux du pôle arlique ; Qui donnes et raison et vie el mouvement, Sans respect de personne, à tous également; Et fais du Ciel là-haut sur les testes humaines Tomber comme il le plaisl et les biens el les peines ! Seigneur tout puissant, qui as tousjours cslé Vers toutes nations plein de toute bonté.

De quoy te sert là haut la foudre et le tonnerre Si d*un esclal de feu tu n*en brusles la terre? Es-tu dedans un trosne assis sans faire rien? 11 ne faut point douter que tu ne sçachcs bien Cela que contre toy brassent tes créatures, Et loutesfois, Sei^Mieur, tu le vois el l'endures I

Ne vois-tu pas du ciel ces petits animaux, Lesquels ne sont veslus que de petites peaux, Ces petits animaux qu'on appelle les hommes Qu'ainsi que bulles d'eaux tu crevés et consommes, Que les doctes Romains et les doctes Grcpeois Nomment songe, fumée et fucillage des bois.

151 POKTRS GHIléTnBN» DU XVl^ SIÈCLE

Qui n'ont jamais icy la vérité cognue Que je ne sçay comment ou par songe ou par nue? Et toutesfois, Seigneur, ils font lesempeschez, Comme si les secrets û6 leur esloient cachez, Braves entrepreneurs et discoureurs des choses Qui aux entendemens de tous hommes sont closes, Qui par longue dispute et curieux propos Ne te laissent jouir du bien de ton repos, Qui de tes sacremens efTacont la mémoire, Qui disputent en vain de cela qn'il faut croire. Qui font trouver ton Fils imposteur et menteur; Ne les puniras-tu, souverain Créateur.

Tiendras-tu leur party ? veux-tu que Ton l'appelle

J Le Seigneur des larrons et le Dieu de querelle? Ta nature y répugne, aussi tu as le nom De doux, de pacifiq, de clément et de bon, El ce monde accordant, ton ouvrage admirable Nous monstre que l'accord t'est toujours agréable.

Mais qui seroit le Turc, le Juif, le Sarrasin, Qui voyant les erreurs du Chrestien, son voisin, Sevoudroit baptizer, le voyant d'heure en heure Changer d'opinion, qui jamais ne s'asseure?

Le cognoissant léger, mutin, séditieux, Et trahir en un jour la foy de ses ayeux ?

^ Volontaire, inconslanl, qui au propos chancelle Du premier qui luy chante une chanson nouvelle? Le voyant Manichée, et lanlost Arrien, Tanlost Calvinien, lanlost Lulhérien^ Suivre son propre advis, non celuy de l'Eglise? Un vray jonc d'un estang, le jouet de la bise, Ou quelque girouette inconstante, et suivant Sur le hautd'uiie tour la volonté du vent? Et qui seroit le Turc, lequel auroit envie De se faire Chrestien en voyant telle vie?

Certes si je n'avois une certaine foy Que Dieu par son esprit de grâce a mise en moy, Voyant la chrestienlé n'estre plus que risée, J'aurois honte d'avoir la tesle baptisée,

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Je me rcpentirois d'avoir esté Ch^-estien, Et comme les premiers je deviendrois Payen.

La nuict, j'adorerois les rayons de la Lune, Au malin, le soleil, la lumière commune, L'œil du monde; et si Dieu au chef porte des yeux,r Les rayons du soleil sont ses yeux radieux, Qui donnent vie à tous.nous conservent et nous gardent, Et les faits des humains en ce monde regardent.

Je dy ce grand soleil,* qui nous fait les saisons Selon qu'il enlre ou sort de ses douze maisons, Qui remplit l'univers de ses vertus cognues.

Qui d'un trait de ses yeux nous dissipe les nues. L'esprit, Tame du monde, ardant et flamboyant, Plein d'immense grandeur, rond, vagabond ei ferme^ Lequel tient dessous hiy tout le monde pour terme, En repos, sans repos, oisif, et sans séjour.

Fils aisiié de nature et le père du jour.

J'adorerois Cerès qui les bleds nous apporte, Et Bacchus qui le cœur des hommes leconforle, Neptune, le séjour des vents el des vaisseaux. Les Faunes et les Pans, et les Nymphes des eaux, Et la terre, hospital de toute créature.

Et ces Dreux que l'on feint ministres de Nature.

Mais TEvangile sainct du sauveur Jesus-Chrisl M'a fermement gravée une foy dans l'esprit.

Que je ne veux changer pour une autre nouvelle ; Et deussé-je endurer une mort Ires-cruelle, De tant de nouveautez je ne suis curieux.

11 me plaist d'imiter le train de mes ayeux I Je croy qu'en paradis ils vivent à leur aise Encore qu'ils uay'nt suivy ny Calvin ny de Beze.

Dieu n'est pas un menteur, abuseur ny trompeur; De sa saincte promesse il ne faut avoir peur; Ce n'est que vérité, et sa vive parole N'est pas comme la nostre incertaine et frivole.

« L'homme qui croit en moy (dit-il) sera sauvé ! » Nuus croyons tous en toy ! nostre chef est lavé £q (oq nom, ô Jésus, et dès nostre jeunesse

Par foy nous espérons en ta saincte promesse,...

Comment pourrions-nous bien avec nos petits yeux Cognoistre clairement les mystères des cieux, Quand nous ne sçavons pas régir nos republiques, N*y mesmes gouverner nos choses domestiques?

Quand nous ne cognoissons la moindre herbe des prez? Quand nous ne voyons pas ce qui est à nos piez? Toutefois les docteurs de ces sectes nouvelles, Comme si l'Esprit Sainct avoit usé ses ailes A s'appuyer sur eux, comme s'ils en avoient eu Du ciel dru et menu mille langues de feu.

Et comme s'ils avoient (ainsi que dit la fable De Minos) banqueté des hauts dieux à la table, Sans que honte et vergongneen leur cœur trouve lieu, Parlent profondément des mystères de Dieu ; Ils sont ses conseillers, ils sont ses secrétaires, Ils sçaventses advis, ils sravent ses affaires. Ils ont la clef du ciel et y entrent tous seuls, Ou qui veut y rentrer il faut parlera eux.

Les autres ne sont rien sinon que grosses bestes, Gros chapperons fourrer, grasses et lourdes testes. Sainct Ambrois, sainct Hierosme,et les autres docteurs N'estoient que des rêveurs, des fols et des menteurs... Avec eux seulement le Sainct Esprit se treuve Et du sainct Evangile ils ont trouvé la febve.

pauvres abusez, mille sont dans Paris, Lesquels sont dès jeunesses aux estudes nourris, Qui de contre une natte estudians attachent Mélancoliquement la pituite qu'ils crachent, Desquels vous apprendriez en diverses façons, Éncores dix bons ans mille et mille leçons.

Il ne faut pas avoir beaucoup d'expérience Pour estre exactement docte en voslre science ; Les barbiers, les maçons en un jour y sont clercs, Tant vos mystères saincts sont cachez et cou vers.

Il faut tant seulement avecques hardiesse Détester le Papat, parler contre la messe, Ëstre sobre en propos, barbe longue, et le front

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De rides labouré, Tœil farouche et profond, Les cheveux mal peignez, le sourcy qui s'avale, Le maintien refrongné, le visage tout pasle, Se monslrer rarement, composer maint escril, Parler de TElernel, du Seigneur et de Christ... Avoir d'un grand manteau les espaules couvertes, Bref, estre bon brigand et ne jurer que ; Certes.

11 faut pour rendre aussi les peuples eslonnez, Discourir de Jacob et des prédestinez, Avoir saine t Paul en bouche et le prendre à la lettre, Aux femmes, aux enfants l'Evangile permettre. Les œuvres mespriser et haut-louer la foy.

Voila tout le sçavoir de voslre belle loy.

J*ay autrefois gousté, quand j'estois jeune d'âge, Du miel empoisonné de voslre doux breuvage ; Mais quelque bon daimon ra'ayant ouy crier Avant que Tavaller me Tosta du gosier.

Non, non, je ne veux point que ceux qui doivent nàistre. Pour un fol Huguenot, me puissent recognoislre. Je n'aime point ces noms qui sont finis en ot. ' Gots, Gagots, Auslrogols, Visgols et Huguenots ; Ils ne sonlodieux comme pesle» el je pense Qu'ils sont prodigieux au Koy el à la France.

Vous ne pippez sinon le vulgaire innocent Grosse masse de plomb qui ne voit ny ne sent. Ou le jeune marchant, le bragard gentil-homme, L'escolicr débauché, la simple femme, et somme Ceux qui sçavent un peu, non les hommes qui sont D*un jugement rassis, et d'un sçavoir profond. Amyot et Danès, lumières de nostre age^ Aux lettres consummez, en donnent tesmoignage, Qui sans avoir lire voslre contagion Sont demeurez entiers en leur religion.

Hommes dignes d'honneur, chères testes et rares» Les cieux de leur faveur ne vous soient point avares. Vivez heureusement, et en toutes saisons D'honneurs et de vertus soient pleines vos maisons?

Périsse mille foiscesle tourbe mutine

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Qui folle court après la nouvelle doctrine,

Et par opinion se laisse sottement

Sous ombre de piété gaigner Tentendement,

Seigneur, tu devrois, pour chose nécessaire, Mettre l'opinion aux talons, et la faire Loin du chef demeurer, et non pas Tapposer Si près de la raison, afin de Tabuser?

Gomme un meschant voisin, qui abuse à toute heure Celuy qui par fortune auprès de luy demeure.

Ce monstre, qui se coule en nos cerveaux, après Va gaignant la raison laquelle habite auprès, Et alors toute chose en l'homme est desbordée, Quand par l'opinion la raison est guidée.

La seule opinion fait les hommes armer, Et frère contre frère au combat animer, Perd la religion, renverse les grandes villes, Les couronnes des rois, les polices civiles ; Et après que le peuple est sous elle abat\j, Lors le vice et l'erreur surmontent la vertu...

Nous sçavons bien, Seigneur, que nos fautes sont grandes, Dignes de châtiment; mais, Seigneur, ta demandes Pour satisfaction un courage contrit.

Un cœur humilié, un pénitent esprit.

Et pource, Seigneur Dieu, ne punis en ton ire Ton peuple repentant qui lamente et souspire. Qui te demande grâce ; et, par triste meschef, Les laules de ses roys ne tournent sur son chef!

Vous Princes, et vous Roys, la faute avez commise •pour laquelle aujourd'huy souffre toute TEglisc, Bien que de vostre temps vous n'ayez pas cognu Ny senly le malheur qui nous est advenu.

Voslre facilité qui vendoitles offices, Qui donnoit aux premiers les vaquans bénéfices, Qui l'Eglise de Dieu d'ignorans farcissoit.

Qui de larrons privez les palais remplissoit, Est' cause de ce mal. Il ne faut qu'un jeune homme Soitevesque ou abbé ou cardinal de Rome;

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