‹ Poètes chrétiens du XVIe siècle: textes choisisChapitre 51 sur 123 · P»RRB DE RON8ARD · texte numérisé non relu

P»RRB DE RON8ARD

Il faul bieq le choisir avihul que luy douner Une mitre, el pasteur îles peuples l*ordonner.

Il faul certainameat qu'il ait le nom de prestre (Preslre veut dire vieil) ; c'est afin qu'il puisse estre De ce ni mille péchez en son office franc, Que la jeunesse donne en la chaleur du sang.

Si Platon pcevoyok par les molles musiques Le futur changement des grandes republiques, Et si par Tharmonie il j^igeoit la cité ; Voyant en nostre Eglise une lasciveté, On pouvoiljbien juger qu'elle seroil destruite, Puis que jeunes pilot's luy servoient de conduile.

Toul sceptre el loul empire et toutes régions Fleurissent en grandeur par les religions; Par elles, ou en paix, ou en guerre, nous sommes ; Car c'est le vray ciment qui entrelient les hommes.

Ou ne doikeo r,Eglise.evesque recevoir S'il n'est vieil, s'il ne jpcesche) ertsll n'est.de sçavoir; Et ne faut cslever, par faveur ny richesse.

Aux offices publics J'inexperle jeunesse D'un escoUer qui vient de Tholose, devant Que par longue prudence il devienne sçavant.

Vous, Uoyne, en départant lesdignilez plus hautes. Qui sans sçavoir les mœurs .de celuy qui, plus forl. Se hasloil de picquer, el d'apporter la morU Donnoienl le bénéfice, el sans sçavoir les charges Des biens de Jésus-Ghrisl, en furent par trop larges; Lesquels, au temps passé ne furent ordonnez Des premiers fondateurs pour estre ainsi donnez.

Madame, faut chasser ces gourmandes Harpyes, Je dy ces importuns, qui, les griffes remplies, De cent mille morceaux, tendent tousjours la main. Et tant plus ils sont saouls tant plus meurent de faim, Esponges de la cour, qui succent olqui tirent : Plus ils crèvent de biens, et plus ils en désirent !

G vous, doctes Prélats, ;poussez du Saincl^Espril, Qui estes assemblez au nom de Jesus-Ghrist^ Et taschezsainctement par une voye utile

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De conduire TEglise à l'accord d'un concile ;

Vous-mesmes les premiers, Prélats, reformez-vous,

Et comme vrais pasteurs faites la guerre aux loups :

Ostez l'ambition, la richesse excessive ;

Arrachez de vos cœurs la jeunesse lascive.

Soyez sobres de table et sobres de propos ;

De vos troupeaux commis cherchez-moy le repos,

Non le vostre, prélats ; car vostre vray office

Est de prescher sans cesse et de chasser le vice.

Vos grandeurs, vos honneurs, vos gloires despouillez; Soyez-moy de vertus, non de soye habillez :

Ayezchasle le corps, simple la conscience ; Soit de nait, soit de jour, apprenez la science ; Gardez entre le peuple une humble dignité, Et joignez la douceur avec la gravité.

Ne vous entremeslez des affaires mondaines.

Fuyez la cour des Roys et leurs faveurs soudaines, Qui périssent plustost qu'un brandon allumé Qu'on voit tanlost reluire, et tautost consumé.

Allez faire la cour à vos pauvres oueilles, Faicles que vostre voix entre par leurs aureilles. Tenez-vous près du parc, et ne laissez entrer Les loups en vostre clos, faute de vous monstrer.

Si de nous reformer vous avez quelque envie, Reformez, les premiers vos biens et vostre vie. Et alors le troupeau qui dessous vous vivra.

Reformé comme vous, de bon coeur vous suivra.

Vous, juges des citez, qui d'une main égale Devriez administrer la justice royale.

Cent et cent fois le jour mettez devant vos yeux Que l'erreur qui pullule en nos séditieux Est vostre seule faute, et, sans vos entreprises. Que nos villes jamais n'eussent esté surprise?.

Si vous eussiez puny par le glaive trenchaiit Le Huguenot mutin, Theretique nieschant, Le peuple fust en paix ; mais vostre connivence A perdu la justice et l'empire de France.

Il faut, sans avoir peur des Princes ny des Rois,

PIBRRB DE RONSARD l6t

Tenir droit la balance, et ne trahir les lois De Dieu, qui sur le fait des justices prend garde, El assis aux sommets des citez vous regarde.

11 perce vos maisons de son œil tout-voyant, Et, grand juge^ cognoit le juge fourvoyant Par présent alléché ou celui qui par crainte (iOrrompt la majesté de la justice saincte...

(RemonstrancCy etc., Paris, Buod, 1564.)

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