‹ Poètes chrétiens du XVIe siècle: textes choisisChapitre 59 sur 123 · AU ROY · texte numérisé non relu

AU ROY

SUR UN CRUCIFIX PEINT DANS SBS HEURBâ SORTANT d'un SBPULCHRR

Mieux je ne puis remarquer la mémoire De voslre nom et vostre bras vaincueur, Que par le sang et le bras du Seigneur Qui de l'Knfer emporta la victoire :

Mieux je ne puis au monde faire croire Vos faits guerriers, que par Tayde et faveur De ce grand Dieu qui va cachant nostre heur En ce tombeau seur tesmoin de sa gloire.

Pour son saint nom vous avez combatu, Par luy aussi vous avez abbatu L'orgueil félon d'une troupe ennemie.

Que pourroit-il en terre faire mieux?

Dedans sa playe il vous garde les cieux, Et par sa mort une étemelle vie.

RBIIY BILLVAU

SONNETS

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si Tamour que tu dois au lieu de (a naissance Te louche jusqu*au cœur, ou si quelque devoir De parens et d*amis reste pour t'esmouvoir, Jelte l'œil, je te pry, dessus la pauvre France :

Tu n'es Turc ny barbare, et sçay qu'as cognoissance De la grandeur de Dieu, je sçay que ton vouloir £n tout est juste et sain, mais si nous fais-tu voir Un peuple moins instruit qu'au fort de l'ignorance.

Au lieu de savourer les douceurs de ta bouche. Il s'altère d'aigreur, qui Ta rendu farouche, Au lieu d'eslre modeste il se met en rigueur.

Pour se mettre en repos il met en main les armes, ChercTiant (mal-avisé) par ouvertes allarmes Contre son propre sang exercer sa fureur.

Qui ne diroit, 6 Dieu 1 voyant la pauvre France, La France ensorcelAe et surprise d'erreur, De guerre, de famine et de peste et de peur.

Que tu as desployé sur elle ta vengeance ?

184 POfcTBS CHRÂTIBNS du XVI® SIJBGLS

Mais tu n'es point vangeur, ains la seure défense, Le secours et Tappuy, et le rempart plus seur Des pauvres affligez, mais las tout ce malheur Ne peut naislre d'ailleurs sinon de nostre offense.

Contente toy, Seigneur, et que ta main divine Dessous le ciel françois nous monstre quelque sine, Que tu as comme père addoucy ton courroux.

Nous sommes tes enfans, et tu es nostre père : Doncques à celle fin que la race prospère, Regarde nous, Seigneur, de ton œil le plus doux.

S'il faut, comme tu dis, que le scandale advienne

En ce trouble mutin, ô siècle malheureux.

Et malheureux celuy qui en est désireux.

Et qui pour l'en aigrir donne la faveur sienne.

Mais s'il faut qu'ainsi soit, ô Scij][neur te souvienne De ton troupeau petit, et ne sois rigoureux, Tu n'aimes pas le sang, tu es trop amoureux De l'œuvre de tes mains, et de la race tienne.

Nous faisons le scandale, et si rendons sujettes

A nostre passion, nos volonlez profettes

De ce que desirons, bref le mal vient de nous,

Et pourrions aisément destourner la contrainte Du scandale advenir,<mais aussi j'ay grand'crainte Que ce qui en naistra, ne soit commun à tous.

{Œuvres poètiqttes, éd. de 1578.)

RKMY BBLLKAU 185

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