ADIEU A TOUTES LES FOLLES AMOURS
Que te sert, Cupidon, d'eguiser tant de flescbes? Allumer près de moy tant de vives flammèches ? Importun que tu es ! comme si tu pouvois Maintenant esclaver mes espris sous tes lois ! Arrière, Cupidon I Tu n*y pers que la peine Je ne suis plus celuy qu'une puissance vaine Epouvantoit, alors que mon cueur enchanté Adoroit, idolâtre, une douce beauté !
Je veus doresnavanl de bouche et de pensée, Adorer, non ton frère ou la mère insensée, Mais bien, mais bien le Dieu qui, source de tout bien, Délivrera mon cueur de ton foibic lien.
Ce Dieu n*est, comme toy, inconstant et volage, El n*a le dos armé d'un ruisselant plumage :
C'est luy qui a créé, l'espace de six jours.
Tout ce que nous voyons, d'un infaillible tours, Tournoier dans les cieux, tout ce que l'air enserre. Ce que nourrit la mer, ce que porte la terre I
père et créateur qui es la haut es cieus, Reçoy entre tes bras un pauvre serf honteus.
Qui, outré de douleur, entre espérance et crainte, N'ose lever les yeux vers ta majesté saincte I A toy doresnavant je me veus adresser, Détestant ^ jamais ce que j'osoy priser ;
GLAUDB DB MORBNNB 251
Jebanniray de moy l'orgueil, la jalousie,
La rancune, TAmour, la colère et l'Envie.
Je vuideray mon cueur de ces horribles maus,
El retirant mes pas des antres infernaus.
Sire, je te suivray portant ceste croix sainte
Qui est, helas ! Seigneur, de ton sang toute tainle.
Or pour mieux accomplir ce dont j'ay volonté. Enflamme mes esprits du feu de Charité, Plante dedans mon cueur une foy si constante Que des malins démons, la brigade méchante, Ne puisse Tebranler non plus qu'un gros rocher Dont le superbe chef aus cieux semble toucher 1
Adjoute^ Créateur, une ferm« espérance Qui gouverne mon ame et luy donne allégeance, Lors que le desespoir conduire la voudrotl Dans i'abime ou Jamais lumière ne verroit.
Assiste moy tousjours. o Déité sacrée, Et remetz au chemin ta brebis etgarée.
(Pçéiies profanent ^iCt i 864.)