JEAN BERTAUT
On peut dire sans crainte d'être démenti que Jean Bertaut cultiva également son crédit à la Cour et ea renommée de poète amoureux.
La bonne fortune Taidant, il sut, — avec quelle rare habileté ! — tirer parti de ses talents et des moindres circonstances heureuses qui traversèrent sa vie.
Aussi ne se présente-t-il pas sous les aspects d*un écrivain pieux. C'est plutôt un amuseur de cour, un tendre rimeur dont les compositions répondent à une certaine sensibilité fort h la mode sous les derniers Valois.
Il était né à Caen, l'an 1552. Son père, François Bertaut, homme habile dans les sciences et les lettres, ne voulut point, dit-on, confier à d'autres le soin de son éducation et lui rendit familiers les classiques grecs et latins. Jean Bertaut eût acquis de solides connaissances sous un tel maître si son impatience de paraître et de se faire valoir par des vers galants ne l'eussent porté h délaisser ses premiers modèles.
Il quitta l'étude et fit ses débuts à la Cour. Ronsard et Desportes guidèrent son talent et son imagination. On ne sait s'il dut à ses moyens la faveur qu'il acquit, mais il est hors de doute qu'il obtint plus qu'il n'espérait et surpassa ses modèles. Il ne se souvint de sa patrie que lorsqu'il y retourna pour prendre possession de l'évôché de Seez, devenu vacant par le décès de cet autre poète, Claude de Morenne. Jusque-lè il avait connu les bonnes gr&ces de tous ses maîtres. Elevé successivement, sous Henri III et Henri IV, à la charge de Secrétaire et Lecteur ordinaire du Roi, de conseiller au Parlement de Qrenoble, de premier aumônier de MjEirie de Médipis, puis
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d*abbé d'Aulnay ^diocèse de Bayeax),et d*évôque de Séez' il ne se (dt probablemèat pas arrêté en nn tel beau chemin si la mort n'était venue mettre un frein à son ambition et anéantir ses espérances.
11 s*éteignit en sa ville épiscopale, le sixième ou le huitième jour de juin 1611, dans la cinquante-neuvième année de son &ge, et tut inhumé en la cathédrale de Séez.
On dit qu^il avait travaillé h la conversion de Henri IV.
Ronsard avait été son modèle ; Dosportes devint son maître et son protecteur.
Ses premiers vers parurent de son vivant, alors qu'il n'occupait qu'un emploi modeste h la Cour. Plus tard, soit que ses mœurs eussent pris de la règle, soit qu'il craignit de compromettre sa dignité croissante, il en eut quelque honte et ne les laissa publier qu'à la condition qu'on n*y mettrait point son nom. Il faut dire qu'il les avait confiés à son frère et qu'il ne manqua pas de les corriger jusqu'au jour où ils pénétrèrent dans le public. 11 ne les renia donc jamais, ainsi qu'on l'a écrit par erreur. On doit lui rendre cette justice que ce sont des exercices d'éloquence plutôt que des aveux brûlants, et que pour célébrer quelque Iris imaginaire ils n'en montrent pas moins beaucoup de décence, de retenue et de correction.
Le premier recueil qu'on en a est de 1601 (1). Il fut suivi d'autres volumes oii, sous ce titre : Œuvres poétiques, se trouvèrent recueillis en 1602 (2), en 1605 (3) et, posthumément, en 1620 (4) et en 1033 (5), tous les ouvrages de notre poète. L'édition de 1605, que nous venons de
(1) Recueil des œuvres poétiques de J. Bertaut^ abbé d*Aunay, Paris, Lucas Breyer (ou Mamert Pâtisson), 1601, petit in-8o.
(2) Recueil de quelques vers amoureux. Paris, Vl« Mamert Pâtisson, 1602, petit in-80.
(3) Recueil des œuvres poé tiques ^ etc., Paris, Lucas Breyer. 1605, in-8«.
(4) Ibid, Paris, Toussainct du Bray, 1620, in-8«.
(5) Ibid, Paris, Robert Brault, 1633, 80. C'est vraisemblablement la dernière édition ancienne du poète. Elle a servi, de même que celles de 1605 et 1620, ri établir la réimpression donnée récemment par M. Adolphe Chêne vière (Paris, Pion, 1891, in 12).
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citer, est, sans nul doute, nae des meilleures, tinoa la plus complète que nous conueiâsious.
Elle est aussi la plus digne de touober notre lecteur, ear elle contient, outre dos poésies profanes, des cantiques sur divers sujets sacrés (6), des Paraphrases ou imitations de Psaumes et bon nombre de pièces intéressant rhistoire politique et religieuse de la'fin du xti<> et du commence* ment du xvu« siècle.
Bertaut ne laisse pas d'exprimer dans oes pages une noblesse, une élévation, une gfaaéeur de pensée qu'il n'essaya jamais d'atteindre dans les témoignages d'une humaine passion.
On nous saura gré, sans doute, d'avoir fait une large place parmi nos poètes chrétiens h Tévéque de Sées.