CANTIQUE
Encor ne faut- il pas qu'une plaine éternelle Face couler en pleurs le reste de mes jours Ny que de mes ennuis la source estant mortelle, Je souffre qu*immorlei en devienne le ceura.
Ne gémir point du tout la douleur qui m*oppresse, Eusl fait paroistre un cœur plein de stupidité : Mais aussi la plorer et souspirer sans cesse, Monslreroit un esprit remply de lascheté.
Tary donc, ô mon cœur, tary ces larmes vaines : Ravy toy-mesme au temps l'honneur de les seicher. Se plaindre de sentir des ennuis et des peines, C'est se plaindre d'estre homme et non arhre ou rocher.
Un cœur qui, magnanime, à soy mesme commande Souvent fait que mb mal en bien se oonvertit : Une douleur n'estant ny petite ny grande, Qu'autant qoe le ooonge est ea grand on petit.
Ce déluge de maux que le courroux céleste A faict dessus mon chef pleuvoir si longuement A la fin a pris cesse, et tout ce qui m'en reste C'est ce ruisseau larmeux, tesmoin de mon tourment.
2S6 POÈTES GHRlh'lBNS DU XVl" SlÈCLB
Maintenanl Dieu me fait au dessus de la tesle. Ainsi qu'un arc-en-ciel, sa pitié flamboyer :• Signe qui me promet qu'orage ny lempeste Qui m'aille menaçant n'est plus pour me noyer.
Pourquoy tremblé-je donc sous ce nouvel orage, Esmeu contre l'espoir en qui seul j'ay vescu ? Quoy ! lui veux-je desja submettre mon courage, Souflfrant qu'il en triomphe avani qu'il Tait vaincu?
Non, mon cœur, arme toy d'une plus saincte audace : Encor qu'un grand t'assaille, un plus grand est pour toy. Dieu te promet secours, et le sort te menace : Qui des deux sera veu pouvoir plus sur ta foy?
mon cœur! quand l'un d'eux auroil plus de puissance A t'emplir de frayeur que l'autre à t'asseurer, Quand mesme d'aucun bien tu n'aurois espérance Le naturel du ma! te doit faire espérer.
La douleur a ce bien, que quand elle est durable Elle est aussi légère et se porte ayseinent ; Et quand son aspreté la rend intolérable.
Sa durée est petite et passe en un moment.
Que si c'est par la croix constamment supportée, Imitant nostre chef et marchant après luy, Qu'on parvient à la gloire aux esleuz apreslée 11 est bien mal-heureux qui jamais n*eut d^cnnuy.
Veuilles tant seulement, toy vers qui je souspire, Croislre ma patience au tourment qui me poind, Afin que de ce mal quelque bien je retire.
Et que ce qui te plaist ne me desplaise point.
Armé de la fureur je feray résistance Aux plus rudes assauts livrez par le malheur : Et pourvu que ta grâce augmente ma constance. Je ne te requiers point d'amoindrir ma douleur.