CANTIQUE EN FORME DE CONFESSION
L'ennuy qui rend mes yeux si fertiles en larmes Durant le cours des maux dont je suis oppressé, Ce n'est point, ô Seigneur, d'endurer ces allarmes, Mais de les mériter pour t*avoir offensé.
Ma faule^ et non ma peine, est ce qui me tourmente: J'en souspire la cause, et non pas les efTecls ; Et ballant ma poitrine, à part moy je lasmento Non!e3mauxquej*endure,ainsle8mauxquej'ay faicts.
Ah ! que ne puis>je dire du fort de mon angoisse Comme l'un de tes Saincts disoit en sa langueur : Seigneur, fay pour le moins que mon ame cognoisie Pourquoy ta main me trailte avec tant de rigueur.
Helas ! tout au contraire, il faut qu'en mon supplice Je crie, en me plaignant d'un trop doux jugement, Seigneur tu commets, tu commets injustice Ne me punissant pas d'un plus aspre tourment.
Car quel poinct de ta loy sert de règle à noslre ame. Que ton œil n'ait point veu ma fureur transgresser? Mon cœur s'en souvenant d'horreur presque se pasme De voir qu'un peu de cendre ait tant peu t'olTenser.
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Ce cœur que ton esprit lavant par le Baptesme Daigna choisir pour temple et purger de peclié, Je Tay donné pour siège à l'esprit de blasphème, Et de son vif autel ton portrait arraché.
De venimeux serpents j*en ay faict un repaire, D*un impudique feu j'ay bruslé ses parvis :
Mis l'idole de Baal dedans son sanctuaire, Et tous ses saincts vaisseaux prophanez et ravis.
J'ay faict mourir mon ame, encore qu'immortelle. Puis qu'ainsi comme on voit par la commune loy Que c'est la mort du corps qu'estre séparé d'elle, C'est aussi son trespas que de l'estre de toy.
De l'autheur du mensonge ayant suivy l'eschole, J'ay mon précepteur mesnie en cet art surmonté : L'orgueil m'a faict servir à moy-raesme d'idole. Et l'envie attrister des fruits de ta bonté.
L'Avarice, enchantant mon cœur de son breuvage, M'a faict suivre à clos yeux la Rapine, sa sœur : L'Avarice a changé mes biens en mon servage, M'en rendant possédé, plutost que possesseur.
J'ay veu souffrir le pauvre et vers son indigence Mon secours au besoin ne s'est point estendu : J'ay veu la calomnie opprimer l'innocence.
Et n'ay pas d'un seul mot son bon droit défendu.
Mais en vain, ô Soigneur, mes forfaits je le conte. Tu les sçais, et leur nombre ainsi cogneu de toy, Pensant à ta bonté me fait rougir de honte, Pensant à ta vigueur me fait pallir d'eflroy.
Aussi (las 1) n'est-ce pas afin que tu les sçaches Qu'en me les reprochant, d'horreur je me remply Afais je te les découvre afin que tu les caches. Et le les ramenloy pour t'en causer l'oubly.
JEAN BBRTÀUT 26 i
Heur que j'espererois, si mes fautes nouvelles Te laissoient effacer les vieilles de ton cœur : Mais comment (mes erreurs se rendant éternelles) N'en seroit pas tousjours la mémoire en vigueur?
Mon ame dès l'enfance aux péchez asservie, T'irrite si souvent de l'œuvre et du penser, Et tant d'iniquilez accompagnent ma vie, Qu'on peut dire qu'en moy vivre c'est t'offenser.
Et je vy cependant, moy dont l'ingrate audace Devroit pour chastiment mille morts recevoir : El j'ose cependant lever encor la face Vers les cieux qui, peut-estre, ont horreur de me voir.
Seigneur, que fais -tu qui décoches ta foudre Sur le dos innocent de quelque vieux rocher, Que tu ne réduis point ce méchant cœur en poudre, Dont nul roch en durté ne sçauroit approcher ?
Tu le peux justement, mes crimes le méritent : Mais, à souverain Juge, il me prend bien de voir Qu'à punir les forfaits dont nos àmès t'irritent. Ton vouloir ne va pas égalant ton pouvoir.
(Recueil des œuvres poétiques,)