ABRÉGÉ DE CONFESSION
Puisque sept péchés de nos yeux Ferment la baiTÎère des Ci eux, Révérend Père je vous jure De les abhorrer en tout point, Poarveu que je ne trouve point L'impatience et la luxure.
Ces deux sont naturels en moy, Il n'y a ny rigueur de loy, Ny beau discours qui m'en retire.
Et quand un simple repentir M'en voudroit enfin divertir.
Mon humeur les feroit desdire.
J'ay tasché de les éviter,
Jous deux en disant mon Pater
MATHCRIN RéONlBR 295
Et lisant la saincte escriture.
Mais au milieu de mes combas, Des flatteurs me disent tout bas, Qu'ils sont enfin de la nature.
Ce n'est point Dieu qui les a mis Au nombre de nos ennefnis, C'est quelque Pandore seconde Qui, pour affliger les humains, A semé de ses propres mains, Geste mensonge par le monde.
Car je ne sçay point d* Augustin,
De Carme, ny de Geleslin,
Tant 8oit-il ferme et plein de zèle,
Si rempli de dévotion.
Qui puisse, entrant en action,
Tenir une loy ai cruelle.
Faites-donc ainsi que j'ay dit.
Que je puisse avoir ce crédit.
Pour eslre net de conssience, Comme les vieux saincts Tont esté, D'osier de ce nombre arresté, La luxure et Timpatience (1).
{Satyres et autres folastres^ etc., de M. Régnier, Parité i 616 et i6i7.)
(1) Cette pièce n'a pas été réimprimée dans les éditions à'CEuvree complètes du poète publiées ces dernières années.
Quand du Perron ne serait connu que par ses Poésies, a-t-on observé au xviii« siècle, il mériterait au moins une place parmi les hommes illustres de son temps. Une profonde connaissance des anciens, un style correct, des images choisies, voilà ce qui le caractérise. Ajoutons à cela un air de grandeur, une distinction dans les moindres choses qui fit dire que personne, hormis Malherbe, n'écrivait avec plus de pureté que lui. Ce n'est pas qu'il n'ait payé son tribut au goût alambiqué de son siècle. Voici quatre vers sur la Sainte Vierge qui sont au moins singuliers :
C'est celle dont la foi dure éternellement, C'est celle dont la foi n'eut jamais de pareille ; C'est celle dont la foi, pour notre sauvement, Crut à la voix de TAnge, et conçut par l'oreille.
Il faut avouer d'ailleurs que son talent poétique ne fut pas son meilleur titre & la gloire. Du Perron avait une grande éloquence. Son habileté à résoudre les affaires dont il fut chargé lui valut l'estime des grands ; les titres et les dignités dont il fut pourvu lui assurèrent un nom dans les fastes de rHistoire.
Au début, sa destinée parut compromise par des circonstances peu favorables à son établissement, mais il déploya tant de talents, de diplomatie et de courage qu'il sut vaincre tous les obstacles et triompher d'une fortune et d'une origine médiocres. Il était né en 1556, ft Bem0, où son père avait embrassé le Protestantisme. Le
goût de la dispate litléroiro, et plus encore, celui do la controverse, le firent monter en chaire.
Loin de se perdre de réputation, il acquit de Ylfs succès et (ut présenté & Henri lU. En 1576, ayant abjuré la Religion Réformée, il prit l'habit ecclésiastique. En 1593, Il fut fait évéque d*Evreax, et en 1604, archevêque de Sens, grand aumônier et cardinal (1). C'est lui qui opéra la conversion de Henri IV, et qui alla solliciter à BÂme l'absolution de son nouveau maître. Du Perron mourut d'une rétention d'urine, h Paris, le 5 septembre
On s'est étonné de rencontrer dans ses poésies quelques vers galants : simple exercice de rhétorique sans plus.
Il ne faut pas oublier que l'amour de la controverse l'inclinait au goût du paradoxe littéraire.
Ses meilleures pièces lui furent dictées par cette foi ardente qu'il mit au service des plus petites causes.
On les trouve dans le recueil général de ses œuvres publié h Paris en 1622 (3 vol. in-folio) (3).
Son éloquence était si universellement connue qu'elle inspira un jour ces mots au Pape Paul V : « Prions Dieu qu'il éclaire le Cardinal du Perron, car il nous persuadera tout ce qu*il voudra ».
Ses menus propos et ses traits d'esprit ont fait l'objet d'un volume aujourd'hui assez recherché : Le Perroniana,
(1) Cf. Le Cardinal du Perron, etc., par l'abbé FIrkt. Paris, Didier et C*«, 1879. in-18.
G. HippiAU : Les écrivains normands au xtii« siècle, Paris, Aug. AubT:^ 1858. in-12.
(2) Elle fat réimprimée en 1633, par les soins do P. Chaudière. Selon M. Frédéric Lachèvre (Cf Bibligr, des Recueils collectifs, I), toutes les poésies de Du Perron ne sont pas contenues dans cette édition II en est d'antres qu'on découvrirait sans peine dans les recueils collectifs du temps.