‹ Poètes chrétiens du XVIe siècle: textes choisisChapitre 92 sur 123 · STANCES PIEUSES · texte numérisé non relu

STANCES PIEUSES

Pleurez, 6 mes yeux miserablee I

Tant d'eslranges malheurs.

Dont, helas ! vous estes coupables.

Et m'aidez à souffrir mes cruelles douleurs.

Pleurez et repleurez sans cesse.

Tous mes actes passez.

Cependant que le Ciel vous laisse.

Dedans ce val de pleurs, pour les rendre effacez.

Pleurez lant de vaines délices.

Et tant de faux plaisirs, Mais piustost tant de vrays supplices, Dont vos regards trompeurs ont nourri mes désirs.

Pleurez, cependant que les larmes

Vous peuvent proflter, El qu'avecque ces seules armes.

Le courroux du Seigneur se peuvent éviter.

Quand le Ciel bornera le nombre

Des siècles à venir, Se passant ainsi comme une ombre, Ou comme un vent léger qui va sans revenir ;

304 P0ÈTB8 CHRiriBNS DU XVI* ÇIECUE

Quand TAslre, qui les saisons change,

Esleindra son flambeau, Et que la Irompetle de PAnge lleveillera les morts endormis au tombeau ;

Ceux qui dans ces lieux misérables

Auront semé des pleurs, Iront aux séjours désirables Cueillir de leur tristesse et les fruits et les tleurs.

Leurs peines seront couronnées

D*un plaisir nompareil.

Et loin des âmes condamnées, Ils verront en repos la clairté du Soleil

Dieu convertira leurs ténèbres, En jours luisans et beaux ; Et leurs cris et regrels funèbres.

En Hymnes de triomplie et Cantiques nouveaux.

Mais ceux dont les yeux*sont stériles,

Durant ce triste cours, Verront leurs larmes inutiles, Quand le jour du Seigneur clorra les derniers jours.

De leur chef versant des fontaines.

Le flux démesuré.

N'éteindra le feu de leurs veines ; Et leurs yeux pleureront de n'avoir point pleuré.

Les larmes a temps respandues,

Sauvent les criminels, Et pour les peines attendues Leur donnent des loyers et des prix éternels.

Ce sont des offrandes secrettes, Dont Dieu se tient content.

Ce sont des prières muetles.

Qui taisent leur demande, et la vont merîlant.

Pleurez donc sans fin mon offense,

Pour appaiser les Gieuz, Par une vive pénitence, Dontj'aye au cœur la source, et les ruisseaux amxyeux.

(Œuvres de Vlllustr. Cardinal du Perron, 1639,)

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