ROBERT ANGOT
« Robert Angot. sieur de rEsperonnière, écrit Guillaume GoUetet (i), nasquit en la ville de Caen, en Normandie, province qui a toujours esté très fertile en poètes, et qui, de temps en temps, en a produit de bons et de céU'bres. Gomme 11 avoit une grande connaissance des langues grecque et latine, 11 lut, avec autant de plein contentement pour luy que d'utilité pour le public, les meilleurs de ces deux langues souveraines. et en transféra plusieurs beaux traits dans ses œuvres. »
11 publia plusieurs volumes et opuscules dont les plus dignes de retenir Tattention sont: Le Prélude Poétique (Paris, Georges Lombard, ou Gilles Robinet, 1603, in- 12) ; Mélanges poétiques (S. 1. 1614, in-4o) ; Chef-d'Giuvve poétique (Â Gaen, cbez Jacques Brenouset et Julian Le Boulanger, 1634, in-4oj et Les Nouveaux satires et Kxerêices (sic) gaillards de ce temps (A Rouen, chez Michel l'AUemant, 1637, in-S*»). Ce dernier ouvrage qu'on confondit avec les Exercicea de ce temps du médecin Sonnet de Courval a été réimprima assez récemment par Prosper Blanchemain qui l'a enrichi de la notice de Guillaume GoUetet et de notes personnelles très judicieuses (2).
Lorsqu'il écrivit la vie de ce poète, GoUetet n'avait pas pris entièrement connaissance de son auteur ; il ignorait
(1) Gf. Vie de Bobert Angot, par Guillaume Colletet, Edit. des Nouveaux satires et exercices gaillards ^ etc. Paris, A. Lemerre, 1877.
(2) Les Nouveaux satires et Exercices gaillards d^An^ got l'Eperonniêre. Texte origin. avec Notice et Notes par Prosper Blancheman, Paris, A. Lemerre, 1877, ln-12.
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môme q«e celui-ci était encore en vie vers 1540. Autrement, il eut pu nou9 fournir des renseignements sur sa personnalité. Â défaut de document sur Angot, on possède intégralement son bagage d^écrivaîn. Son vers est émaiUé de menus faits et de traits de mœurs qui révèlent une existence singulière. Il ne manque qu'un lien entre ses propos épars pour en tirer lei éléments d'une complète biographie. Mais cela ne mérite guère qu'on s'y arrête et qu'on substitue de méchantes anecdotes à un jugement littéraire. Il est juste d'observer que ce qui distingue Angot dans le concert des Muses, c'est le caractère strictement individuel de sa poésie. Il n'est point né satirique pour se satisfaire de mots ; il asservit toujours son lyrisme h des intérêts ou h des rancunes personnels. Son penchant & la raillerie est fait uniquement de son goût pour la chicane. 11 eut de nombreux procès & soutenir, et ceux-ci suffirent à alimenter sa verve caustlquef Ses poèmes ne sont trop souvent que des factums dont il accable tout h la fois ses adversaires, ses juges et... son lecteur.
Il ne noQB dit pas s'il fit jamais t)eser & son |)rofit la balance de Thémis ; mais, on a lieu de supposer que lorsqu'il mit les rieurs de son o^té, 11 ne laissa pas de rire lui-même.. .& ses dépens.
Il en gagna une mélancolie qui alla s'accentuant et assombrit ses derniers jours. Eut-il quelque répit t Ce s^ rait douteux, s'il n'eut incliné h la piété. Encore ne connuMl la sérénité des beaux soirs de la vie, qu'après avoir pris Dieu à témoin de l'injustice des hommes. Ses vers pieux font l'objet de la première partie de ses iVbureaux iatlres et exercices de ce temps ; ils portent ce titre tout à la fols sacré et profane : Uranié otk la muse céleste.
SONNETS SPIRITUELS
Puisque Thomme pécheur n'est qu*un sale vaisseau, Pourquoi Tem plissez-vous de votre amour sacrée ? Puisque l'homme, ô Seigneur, à vos yeux desagrée, Pourquoi i'eclairez-vous de votre doux flambeau ?
Puisqu'il vous a laissé, pourquoi tout de nouveau, Recerchez vous helas ! sa pauvre âme égarée Puisque Tbomme pécheur du péché se recrée.
Que ne Tengouffrez-vous au profond du tumbeau?
C'est d'autant, ô Seigneur, que les grâces sont telles Qu'il trouve, en recerchant leurs bontez naturelles, Le sujet de sa vie au sujet de sa mort.
Mais si de les gaigner il perd la môme envie, C'est lors qu'il trouvera, bien que proche du port. Le naufrage impreveu de sa dolenle vie.
Jésus, fils de David, ayez de moi pitié ?
Que je sente aujour-d*hui votre miséricorde I Par votre passion, dont mon cœur se recorde.
Purgez moy des péchés dont je me sens lié.