ROBERT AN60T
Puis-qu*en votre bonté je me suis confié, Faites qu*à votre gré tout mon plaisir s^accorde ; Purgez si bien mon ame, ô Père de concorde I Qu'elle puisse gaign^r votre sainte ainitié.
Faites, faites, 6 Dieu, qu'en plein champ de bataille Je dompte le péché qui sans fin me travaille, Marchant sous la faveur de votre nom sacré ;
Afin que je consacre au ciel de votre gloire Tant de riches lauriers que je remporteré, Si jamais j'ai l'honneur de gaiguer la victoire.
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Je ne mérite pas, ô Sauveur de mon âme, Que votre corps sacré loge dessous mon toict ; Mais dites seulement le mot en cet endroit ; Vous guérirez le mal qui jusqu'au vif l'entame.
Entre vos mains. Seigneur, mon esprit je reclame, Que vous avez remis en son chemin plus droit. Dieu de vérité ! quiconqu' en vous ne croit Est bien digne de vivre en l'éternelle flàme I
Sacré corps de Jésus, divin sang de mon Dieu, Préservez mon esprit et mon corps en tout lieu Et me faites jouir de la vie éternelle :
Faites que je m'extase en votre souvenir, Et si mon cœur jamais contre vous se rebelle, Puisse-t-il immobile à l'instant devenir.
IlÔ PO&TKS CHBéTIBNS DU XVl^ S1EGLB
Puisqu'il t'a plu loger dans Thorreur de mou ame, En dépit de la honte, où Seigneur, je me vi, Quel esprit si grossier n'avoura, tout ravi, L'effet de ta bonté qu'en ces vers je reclame.
Sur le point que mon œil plain d'erreur et de blâme Apercent ton saint corps (Ion corps par qui je vi) De telle honte, helas ! mon cœur se veid suivi 'Qu'aussitôt que j'y songe à l'instant je me pâme.
Hé ! se pouvoit-il voir un plus vilain séjour. Qu'une- ame ou le pccho s'altachoit nuit et jour. Pour l'infecter d'ordure et remplir de fallaces ?
Nani, Seigneur ; mais lorsqu'enlré dans un tel lieu Tu daignas au dedans l'enrichir de tes grâces, Tes grâces l'ont rendu digne du flls de Dieu.
Helas ! que vous entrez dans un pauvre logis Seigneur, qui méritez un Louvre incomparable ! Que voMS entrez, helas I en un lieu misérable Au prix de vos Palais d'inestimable prix I
Le porfire, le bronze et les marbres chéris N'illuslrent pas. Seigneur, ce lieu désagréable ; Vos yeux n y verront pas ce lustre inimitable Dont les Rois de la terre etonent nos esprits.
ROaSRT ANGOT
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Mais d'aulanl que Thumeur de voire grand*clemence Préfère la simplesse à la vaine apparence.
Et celui dont le cœur marche sous voire loi ;
Dieu, de qui je pris mon être, mon visage ; Vous offrant humblement ce cœur que je vous doi, Que sçauriez-vous, helas ! désirer d'avantage.
Seigneur, je vous loue, et mon cœur vous rend grâce Des faveurs qu*aujour-d'hui voire bonlé m*a fait. Daignant de votre corps, tout sain et tout parfait. Repaître un cœur loul plein d'erreur et de falace.
Pour un si digne honeur failes qu'en toute place,
Ma muse n'ail jamais de plus rare sujet,
Que ce divin repas dont je suis satisfait.
Et qui fait qu'en tous lieux voire amour je pourchasse.
Puisque par ce moyen je me sens tout purgé De tant de vieils péchez qui m'ont tant outragé Faites qu'en votre Amour sans cesse je séjourne ;
Faites que dans le Ciel je fonde mon recours, Ou s'il faut qu'en péché ma pauvre ame retourne, Que votre Grâce alors retourne à mon secours.
Qui veut conter. Seigneur, le nombre de mes peines Et l'incroyable excez de mes péchez cuisans, Qu'il conle la verdure et les fleurs du prinlems, Qu'il conte le poisson des ondes inhumaines ;
312 POÈTBS CHRÉTIENS DU XVl" SIÈCLB
Qu'il conte les flambeaux des voûtes souveraines, Qu*il coDle de THyver les glaçons violans, Qu*il conte de l'Esté les épis jaunissans, Et de TAutomne encor les fueilles incertaines.
Qu*il conte les éclairs qu'enfante le tonnerre. Les animaux de l'air, les humains de la terre, Qu'il conte les mal-heurs de ce siècle de fer ;
Qu'il conte des pervers l'excessive abondance, Qu'il conle un tas de lous qui, dignes de l'Enfer, Ont chancre jusqu'aux os les membres de la France.
Flatter un glorieux dont l'on est outragé ; Aval 1er sous du sucre un venimeux breuvage ; N'oser pas se complaindre et sentir de l'outrage; Un chancre entretenir par qui l'on est mangé.
S^esclaver sous un fat qui nous est obligé Et qui (sauf son habit) nous doit porter homage ; S'assurer en celui qui, sous un doux langage, Aguise le dessein de son cœur enragé ;
S'humilier aux prés d'un fardé fressurier ;
Voir un âne vêtu d'un habit d'officier.
Se gratter plus souvent où le moins on se mange ;
Bref, faire du muet, de l'aveugle et du sourd ; Adorer bien souvent un Diable pour un Ange Voilà Seigneur, voilà l'humeur du temps qui court.
ROBKRT ANGOT 313
Souvent ils m*ont brassé maiuf embûche inhumaine, Depuis que mon enfance eut salué le jour, Tant que leur cruauté, plus fiere qu'un vautour, Rendoit mon cors' malade et mon ame malsaine.
J'ai souffert jusqu'ici celle angoisseuse peine, Qui m'a presque réduit jusqu'au mortel séjour. Où tant d'esprits divers, sans espoir de retour. Ne vivent que du vent d'une espérance vaine.
Mais sçachantque mon mal ne vient que d'une erreur Qui m'a fait mainte-fois blasfémer votre honeur, Prenez helas 1 mon Dieu, pilié de mon ofTence,
Ou si j'invoque en vain votre nom irrité, Chatiez-moi selon votre grande clémence Et non pas, ô Seigneur, comme j'ai mérité.