STAN'CES
Seigneur, le jour s'avance; et ni'avançant à vous Puissé-je en votre honeur commencer la journée ! Puissé-je y faire voir, ô Seigueur ! devant tous Mon dessein commencé, mon œuvre terminée.
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Ainsi que le soleil, par son divin flambeau, Fait naître au mois de mai mille beautez propices, Votre accez, ô mon Dieu, si propice et si beau. Fait germer dans mon cœur un printems de délices.
Quand le soleil se levé, il dissipe la nuit ; Quand voir' œil m'apparoit mes inquiétudes cessent ; Si tôt que la nuit vient, le beau soleil s'ensuit; Quand le péché me suit, vos grâces me r' adressent.
Au lever du soleil, l'image de Memnon Nous produit des effets et nous fait des miracles ; Quand ma muse s'enflame au feu de votre nom, Elle conçoit des fruits et produit des oracles.
Sans l'ardeur du soleil, qui nous est si requis, La terre seroit manque au cours de notre vie ; Mon aine ainsi n'a rien, ni de beau, ni d'exquis, Si son attente n'est de vos faveurs suivie.
Le Turc adore ici le lever du soleil.
Moi, qui croyant aux lois de votre sainte bouche. J'invoque, ô Tout Puissant, votre divin conseil Quand mon anie se levé et quand mon corps se couche.
{Nouveaux satires et exercices gaillards de ce temps. 1637)
JEAN-BAPTISTE CHASSIGNET
Plus on pénètre profondément dans notre histoire littéraire, plus on se convainc que révolution poétique, au début du xYii« siècle, n'est pas l'œuvre d'un seul homme, mais d*une collectivité. Ainsi, lorsque Malherbe vint, l'obscur poète Cbassignet avait déjà modifié les formes de notre art lyrique. Nous dirons plus, ce n'est pas Malherbe, mais bien Cbassignet qui
Le premier en France Fit sentir dans les vers une juste cadence.
Les dates ne sauraient noos contredire. Celui que l'on a surnommé le rénovateur du Parnasse avait à peine publié dans les recueils ses premiers vers que déjà Chassl^uet, réunissant tous ses poèmes, donnait au publie ces deux ouvrages: Le mespris de la Vie et Consolation contre la mort (i) et les Paraphrases sur les cent einqxiante pseaumes de David (2), l'un en 1594, et l'autre en 1613.
(1) Le Mespris de la Vie et Consolation contre la mort. Par Jean-Baptiste Ckassignet Besaçonnnois, D. auûo Droits. Dédié à Monseigneur le Marquis de Varambon. A Besançon, par Nicolas de Moingesse. MDXCIV, in-12.
(2) Les Paraphrases sur les cent cinquante pseaumes de David, Mis en vers français par Jean-Baptiste Chassignet^ Docteur es Droicts, et Advocat Fiscal au Siège et ressort de Orey, Dédiées aux Serenissimes Ar» chiducs d'Autriche, Albert et Isabelle, fils et frère d'Empereur, fille et soeur de Roy, Princes souverains des Pays'Bas, Ducs et Comtes de Bourgogne. A Lyon par Claude Morillon, MDGXllI, in-12.
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Ils coiiBtitiiaient une œuvre quasi-originale, et 8*ils De connurent pas le succès, c'est que le goût du public n*était pas encore dirigé vers une poétique nouvelle.
Plus tard, lorsque Boileau releva le mérite du vers français, il ne se soucia guère de rechercher ces vieilles rimes, et s'en tint au texte de Malherbe, publié par Che- i
vreau en 1660.
Jean-Baptiste Ghassignet, natif de Besançon, était fils i de Maître Jacques Ghassignet et de Glaudine de Saline. |
On ignore la date exacte de sa naissance et celle de sa mort (1). I
Il fit une grande partie de ses études sons Antoine Huet, principal du GoUège de Besançon, et reconnut qu*il devait h ce dignt^ maître le goût qu'il avait pris des belles lettres, et, en particulier, de la poésie. Avocat fiscal an siège et ressort de Gray (dépendant des marches d'Autriche) il n'était plus dans sa première jeunesse lorsqu'il se décida h faire connaître ses vers, fruits de plusieurs années d'études et de méditation.
Rien de plus triste et de plus pieux que ces pages où l'auteur ne sacrifie rien au désir d'être lu. Nous l'avons dit, ils forment deux recueils. Le premier contient cinq cents sonnets sur la mort et le second la traduction des cent cinquante psaumes. Leur titre est aussi peu attrayant qu'est frivole le genre dont ils procèdent, mais ils valent par des beautés qui, pour ne se point offrir au premier regard, ne laissent pas, ainsi qu'on l'a dit, de pénétrer l'àme. Il n'est guère d'homme, fût-il détaché des choses de la religion, qui ne s'émeuve de ces pages profondes, ne se sente remué par ce rythme puissant, et ne I reconnaisse sous une telle Inspiration de hautes et gêné- | reuses pensées. i
Si les sonnets contre la mort se distinguent de la pro- ^
duction contemporaine, les autres poèmes de Ghassignet, publiés postérieurement, ne leur cèdent en rien comme élégance de forme et comme beauté d'élocution. Ses psaumes qui n'apparaissent, au début, que comme des imitations, balancent parfois ToriginaU et, grâce à l'ha*
(1) Quelques biographes, mieux renseignés que nous, sans aucun doute, fixent la première vers 1578, et la seconde vers 1634 ; mais ils ne produisent aucune preuve à l'appui de leur assertion.
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bileté du poète, emprantent le mouvement de véritables odes sacrées. On y trouve sans cesse une harmonie soutenue, de grandes images, des expressions neuves, et, ce qui est plus rare pour le temps où ils furent écrits, une parfaite correction de langage.
Us atteignent au sublime et par là nous étonnent, car est-il rien de plus périlleux que do se maintenir au sommet dans un art qui n'autorise pas toujours les grands élans de la foi ?
PSAUMES Dfe DAVID
Domine^ jiq in furore tuo arguas me.
Ne me corrige poinl, en Ion ire bouillante, Et n'estens poinl, Seigneur, de ta fureur bruslanle Sur mon coulpable chef le tendon endurcy :
Mais touché des accens de ma plainte esplorée, Evoque, Pc-re doux, ma cause déplorée Du'siege de justice au throsne de mercy.
Modère helas ! Seigneur, modère la sentence, Qui condamne à la mort mon ame et son offence. Et ne prononce point ton arrest punisseur Paravanl que ta main aux coups appareillée Renguainant son cousteau ne s'en soit conseillée Non avec ta justice, ains avec ta douceur.
Pluslost que de m% rendre esclave du supplice Regarde dans le ciel ta demeure propice.
Quel je suis en dedans, quel je suis en dehors : Mille maux renaissans me viennent en partage, J*affoibly d'heure à autre, et porte à mon dommage Plus de tourmens au cœur, que de membres au corps*
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Mon corps ne peut suffire à tant d^flspres tortures, Mes os d'avec mes nerfs ont desjoint leurs jointures, Mille boutons de gesne en mon ame ont passé; Mon esprit s'en esrneut, et ceux qui me rencontrent Comme tous estonnez avec le doigt desmontrent Que je suis le pourtraict d'un squelette cassé.
Souverain Médecin, qui d'une mesme face Donne la froide mort, la froide mort dechasse, Selon que tu l'atteins d'amour ou de courroux : Jusqu*à quand lairras-tu mes blessures sans basme. Ne considérant pas qu'aux playes de mon ame Les remèdes, helas ! duisent mieux que les coups.
Seigneur, si de tes mains les ouvrages nous soinmes, Pardonne à leur forfait comme père des hommes, Et non point comme nutheur de leur iniquité : Sieroit-ii pas bien mieux à ta divine eesence D'effacer le péché par ta grande clémence, Qu'effacer le pécheur par ta sévérité î
. Retournant donc sur moi les yeux de ton visage, Tels qu'ils luisent en toy, quand tu portes l'image Non d'un juge irrité, mais d'un Père clément. Tire-moy des langueurs qui me suyvent sans nombre, Comme les corps humains sont suivis de leur ombre, Plustosl par ta bonté que par ton jugement ;
Que si lu yeux, prens plaisir de perdre ta facture Quel est celuy de nous qui dans la sépulture Se souviendra de toy au Royaume des morts?
Kst-ce dans le tombeau, dessous la terre noire. Que les corps sans esprit célèbrent de ta gloire La renaissante histoire et les vivants accords?
Qu'excessif et cruel est le mal qui me louche. . Je n'ai plus pour parler de langue ni de bouche, Ma bouche ne fait plus que se plaindre et gémir
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Mon lict toutes les nuits est trempé de mes larmes ;
Çà et là combattu de diverses alarmes.
Quand tout le monde dort, je ne puis m*endormir.
Pourroy-je bien dormir, pécheur abominable,
Si mes yeux, devenus un fleuve inespuisable,
Ne font plus que pleurer mes immortels ennuis ?
J'en ai trouble la veue, et leur prunelle esteinte
Devant mes ennemis s*esberluaut de crainte,
Au lieu de voir des jours, ne voit plus que des nuits,
Ne pensez, toulesfois, hommes sans conscience,
Que Dieu n'ait tourné Toeil devers ma patience.
Qu'il n*ayl oûy les cris de mes f?emissemens :
11 a oQy mes cris, il a veu ma constance.
Du lieu mesmeou mes maux sembloyent prendre naissance
Il a donné la vie à mes contentemens.
G*est ainsi. Seigneur Dieu, que la main tu retire Quand nous nous retirons de provoquer ton ire Et c'est encor ainsi que variant le sort.
Ceux qui de noslre honte eslablissent leurs gloires. De verRongne esperdus, voyent en nos victoires Leur honte et noslre honneur, nostre vie et leur mort.
Ils se rejouyssoyenl de nous voir en tristesses ; Nos pleursestoienl leurs airs,nos pertes leurs richesses Nos peines leurs repos, nos hyvers leurs printemps ; Nos plaisirs leurs douleurs, nos lempestes leur calme. Nos malheurs leurs bon-heurs, nos deffailes leur palme. Et nos jours pluvieux le plus beau de leur temps.
Change de chance, sire, et calmant nos orages. Donne à ces envieux des flols et des naufrages Redoublant leur malheur de nous voir bien-heureux,
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Si bien que transportez anx doux airs des Florides : Nous vivions en repos, tandis que ces perfides Trembleront sous le Norlh de leurs faix mal-heureux.
Lors en moins d'un mQment,confondus en leurs trames Ils frémiront d'horreur, reprochant à leurs âmes Tant d'injustes desseins contre moy projetiez, De sorte que la honte, a Veschine courbée, A Toeil cave, au teint rouge, à la bouche plombée. Sera le fruict plus doux de leurs impietez.