I II
Bonum est confiterî Domino et psaîlere^ etc.
S'il est bien raisonnable, ô Créateur unique Des pavillons astrez, d'entonner un Cantique, Un hymne de louange, un Pseaume à ton honneur. Célébrer, exalter ta gloire magnifique Et de tout rUnivers l'advoOer le Seigueur.
Soit que du beau soleil, la perruque empourprée
Redore de ses rais cette basse contrée :
Soit que la nuict du monde efface les couleurs,
Le jour m'ora prescher ta louange sacrée,
La nuit m'orra chanter ta grâce et tes valeurs.
La voix ne fera point seulement son offioe A dire ta constance, à louer ta justice, A ses airs gracieux j'associroy le luth ; La cymbale et la harpe y feront du service, Et le Psalterion chantera mon salut.
322 POÈTES cftttériÉNS du Xti* sièclb
La medilatlon de les rares ouvrages
Excile la froideur de nos tiedes couraf^es,
Et si tosl que je pense aux œuvres de tes mains,
Je me fous de plaisir, et les hommes plus sages
De mesme eslancement ne sont pas moins attains.
Mais quoy ! les fols pécheurs, despourvus de science, Ne le tourneront point devers ta sapiencO) Ne reconnoistront point tes hauts faicls merveilleux ; Hauts et merveilleux faicts, que par ekperiencci Tu révèle aux petits, et cache aux orgueilleux ?
Ils ne cognoistront pas que les ouvriers iniques De toute impieté fleurissent, magnifiques, Sur TAvril de leurs jours, en richesse et splendeur ; Gomme on void au printemps, es campagnes rustiques, Les herbes s'esmailler de grâce et de verdeur :
Mais qu'ils meurent aussi' au Janvier de leur âge. Sans honneur, sans crédit, comme le verd herbage Se tanne au premier froid de l'hyver casanier, Vous luy verriez changer de teint et de visage, Et perdre en un' moment son lustre printanier.
Mais en ce siècle icy, ny mesme en l'autre monde,
Ne peut rien dessous loy la course vagabonde
Du temps qui ronge tout, Dieu treS grand et treS haut.
En ton éternité ta puissance st fonde,
Et ton estre hors du temps dans le temps ne défaut.
Puissant comme tu es tu mettras en ruine Des. adversaires tiens la cohorte mutine.
Que ce siècle trompeur fait en honneur fleurir. Tu la perdras en Tautre, et quiconque machine Dol et méchanceté, tu le feras mourir... (1).
(1) Nous avons écarté uue strophe luconipréhcnsible.
JBAK-DAPttSTit dHASSlÔNit 323
Mais lu rehausseras la st)Ieridear el la corne De ma force passée» ainsi que la Licorne Hause Tunique honneur de son A'ônt précieux ; El le basme espanché sur mon visage morne Chassera de mes yeux tous brouiilars soucieux.
Lavé de la façon dedans Hiulle d'olive,
Ma face reprendra une couleur plus vive,
La bouche un teinl plus gay, l'œil un ris plus gaillard ;
J'auray le chef moins gris, la marche plus haslive,
D*âge, plus que de corps, langoureux el vieillard.
Lors du sac gênerai de ces âmes farouches,
Qui jetlent dessus moy des yeux bigles et louches,
Qui mille el mille maux me foLl à qui mieux mieuX)
Qui n'ont pour me blasmer qu'opprobres dans leurs bouches
Je paislray mon oreille et nourriray mes yeux.
Cependant Thomme droicl fleurira de la sorle Qu'auprès de Jéricho fleuril la palme forte, Que le cèdre fleurit au Liban bocageux ; Le vent ni la chaleur aucun coup ne luy porte, Verdoyant au milieu des hyvers orageux.
La plante qui sera en la maison divine Du Seigneur noslré Dieu, une ferme racine, Se vestira de fleurs, parera de rameaux, Sans redouter des vents la lempesle mutine, Ny le chaud de l'Esté, ni le desbord des eaux.
Le cours du temps goulu ne pourra rien sur elle ;
Sa jeunesse sera, sans vieillir, éternelle ;
Les oisillons du ciel y viendront faire bruit ;
Son ombre allégera le passant qui pantelle,
Donnant en sa saison et la fueille et le fbuiL ^
Ces planles, estendant leurs racines profondes En la maison de Dieu, engendreront, fécondes, Gomme leurs devanciers, un grand nombre d'enfans, Sans que des ans rongeurs les courses vagabondes Effacent la verdeur de leurs chefs triomphants.
Ces enfans nouveaux-nés, admirant la sagesse De Dieu le Créateur, annonceront sans cesse, Par les quatre climats de ce bas Univers, La grandeur de ses faicls, Teffect de sa promesse, Qui provignant les bons, extirpe les pervers.
Voire chascun de nous en ces nouvelles planles Cognoislra du Seigneur les justices clémentes, Qui m'environne et ceint ainsi que d'une tour ; grand Dieu le support de nos âmes contentes, En toy riniquité ne peut faire séjour.
Deus quis similis erit tibi ?
Qui te peut estre, ô Dieu épal en Majesté Parle, hé ! ne vois- tu pas comme on a molesté
Ton peuple misérable Ne retarde donc point le secours souhaité Que nous nous promettons de ton bras favorable
Desja tes ennemis en un corps amassez
Jappent autour de nous, font de leurs bruits cassez
Une horrible tempeste; Et d'un venteux orgueil au dedans bourrassez Jusques dessus les cieux, ils rehaussent la creste.
JBAN-BAPTISTB CtlASSlGNBt 325
Les voylà les meschans qui font contre tes Saincts Maints captieux projets, maints sinistres desseins,
Maiule noire entreprise ; Ëty par leur faux conseil, ne taschent, inhumains, Qu'éventer les conseils et perdre ton Eglise.
Sus, allons, disent-ils, massacrons sans pitié. Cette engeance d'isaac consiste en mauvaistié,
Conroyée en malice ; Montrons leur les eCTecls de telle inimitié Que leur nom désormais sur la terre périsse.
Ainsi ces mal-heureux assemblez en un corps»
S'efforcent d'altérer les mieux sonnans accords
De ta Loy salutaire.
Et du Dieu de Jacob peu craintifs et recors, Employent contre luy leur force téméraire.
Les enfans de Gebal, TAgarene mutin.
Le vaillant Nabaté, le guerrier Palestin,
Le brave Moabite Le fort Idumean, le sanglant Philistin, Le pillard Amalech, et le preux Ammonite.
Les habitants de Tyr, voire les Syriens, Sont venus au secours des peuples anciens.
Qui de Lolh ont pris source ; Conspirant tous ensemble à treuver les moyens D'arrester les Hébreux au milieu de leur course.
Gonspirans tous ensemble à fourrager leurs champs;, Butiner leurs cilez, moissonner leurs marchands
Au tranchant de leurs glaives ; Profaner leur autel, et repeupler, meschans, Leurs berceaux d'orphelins, et leurs couches de vefves.
â26 P0I:TB8 CHRéTIBNS ou XVI* aiÈGLB
Mais vendange, Seigneur, ces nombreux bataillons Gomme autrefois Moab vid sur les verds sillons
Moissonner ses gendarmes, Quand Gedeou vainqueur, gaignant ses pavillons, Divisa son butin et partagea ses armes.
Vendange-les, Seigneur, de la mesrne façon Que tu fauchas jadis, au torrent de Cisson,
El Jabiu et Sisare, Quand Tespée au coslé, et la lance à Tarçon, Ils menaçoyent Isaac d*un servage barbare.
Ces tyrans malheureux périrent en Endor, Massacrez sur les bords de la fontaine Dor,
Et ne peust leur chevance Leurs arme8,Ieurs chevaux, ny leur grand nombre d*or, S'opposant à la mort luy faire résistance.
Leurs bandes autresfois si pompantes d'orgueil, Mortes parmy les champs, sans larmes et sans deuil.
Restèrent diffamées, Funeste objet des yeux, et n'eurent pour cercueil Que le ventre glouton des bestes atfamées.
Pendant cet Estour-là ces deux chefs valeureux Oreb et le preux Zeb ne purent malheureux,
Se laver de mort dure :
Zébée et Salmana, Prince che valeureux, Y moururent tous deux par un coup d'adventure.
Toulesfois ces hautains d'orgueil précipitez. Au temps des bons succez de leur félicitez
Osoyent bien se promettre Qu'ils se rendroyent en bref les maistres redoutez Du sanctuaire tien, l'ornement de ta dextre
ilAN-BàPTl$T« CHASfclONKT 327
Mais roule les ainsi, à Père touUpuissant, Comme du haut sommet d'un roc aspre et glissant,
Roule une lortp roQe ; Comme un festu de paille ore monte, or descend, Sous le souffle divers de l'autan qui s'en joue.
Angoissez de langueur harceliez de souci.
Durant ton chaud courroux consumes-les ainsi
Que les fiâmes ardentes Vont dévorant les bois, vont dévorant aussi Les arbres plus voisins des montagnes pendantes.
Puis quand les tourbillons de tes rouges fureurs Auront faict esoarter ces braves conquereurs.
Couvre leurs yeux de honte.
Afin que ces pervers confessant leurs erreurs, Cognoissent que tu es le seul Dieu qui les dompte.
Alors d'ignominie ouvertement couvers, Lors minez et balus de mille maux divers,
Ils cognoistront sans doute, Que de toy seul despend tout ce vaste Univers, Tant la misère esclaire alors qu'on ne voit goule.
Sans doute ils cognoistront qu'à toy seul appartient Tout ce que la rondeur de la terre entretient.
Tout ce que l'air enserre, Tout ce que la mer mesme en ses vagues retient, T'appellant le Seigneur du ciel et de la terre.
Otd régis Israël, intende : qui deducis velut ovem Joseph.
grand Dieu, qui conduis le Peuple Israélite, Afin q ue le berger conduit et sollicite
328 POCTES CURÂTIBNS DU XVl* SIÈCLB
Un troupeau de moutons, Exauce ma prière, offre-moi ta conduite, Et préserve ton parc des animaux gloutons.
Grand Dieu, qui de tout temps, assis en sentinelle Sur les deux Chérubins, qui couvrent de leur aisle
L*Ârche du testament, MonstreKde ta grandeur la lumière nouvelle, Illuminant les yeux de nostre entendement :
Desploye en Ephraim, manifeste en Manasse, Descouvre en Benjamin ton pouvoir et ta grâce.
Nous sauvant des malheurs ; Gonverty-nous Seigneur ; si nous voyons ta face, Nous serons délivrez de toutes nos douleurs.
Monarque Souverain du haut et bas Empire, Jusqu'à quand flamberont les tisons de ton ire
Dessus ton peuple cher?
Jusqu'à quand te verray-je au cry de son martyre Et destourner la face et l'oreille boucher ?
Tu meslanges de pleurs les apprêts de nos tables, Tu trembles, tu confis de larmes inombrables
Nos breuvages meilleurs ; A la grande mesure en nos maux déplorables Tu nous fais avaller le torrent de nos pleurs:
Tu nous a mis en haine, en opprobre et disgrâce Aux voisins acharnez au sac de nostre race
Gomme cruels voleurs ; Gonverty-nous, Seigneur, si nous voyons la face. Nous serons garantis de toutes nos douleurs.
Jette l'œil sur ta vie aulresfois apportée,
D'Egypte en ces quartiers, où tes mains l'ont plantée
Autour d'elle arrachant Des prophanes Gentils la tige surmontée, Et de tes propres mains toy mesme la beschant.
JBAR<-BAPT18TB CHA881GNBT 329
Soudain le froid Iremblant de son large feuillage Mit les champs à couvert, mit les monts à Tombrage
Et ses reins plantureux Passèrent en grosseur de tronc et de branchage, Les Cèdres plus puissaus du Liban odoreux.
Cette vigne de Dieu si soigneusement faicte, Commença à l'instant de rehausser la creste ;
Avançant ses provins De la mer jusqu'au fleuve, et d'une longne traicte, Porter au loin les bras de ses pampres divins.
Pourquoy, Sire, à ce coup, négligeant sa culture, As-tu démantelé les murs de sa closture;
Mis en proye son vin ?
Pourquoy Tas-tu donnée aux passans en pasture, Qui, pour la vendanger, s'escarlent du chemin ?
Les sangliers outrageux, hostes des bois sauvages, Les animaux de^ champs, qui gistent es bocages, Les ours et les limiers, ^'•4.'ont froissée et^destjuite, en ont faict tels ravages, Qu'on n'y voit un seul traict de ses honneurs premiers.
grand Dieu des combats retourne et considère Des yeux de ta mercy quelle est notre misère ;
Et du ciel, ton séjour^ Viens, hélas I visiter ta vigne solitaire.
Qui maintenant ressemble un désert sans amour !
Sur- tout regarde, ô Dieu, ce petit cep débile^ Que tu as élevé en puissance virile.
Par toy-mesme planté ; Parfay-le, et le remets en estât plus tranquille, Si que ton sacré los en soit par-tout chanté.
330 POÉTBV CfIRiT<PN8 DU XVI* «liCLK
Sire, hé ! ne Yois-tu pas que la flame bruslanle Dévore jà les ceps de ta vigne dolente
Avec les eschalas, Et que devant Tardeur de ton ire Ûambanle Ses ouvriers obsiinez périront sans soulas ?
de ce monde entier le Monarque et le Maistre, Bien que Père indulgent sur l'enfant de ta dextre
Ëslens un peu la main ; C*est le vray fils de l'homme admirable en son eslre Uue tu as honoré d'un honneur souverain.
Las ! redonne la vie, ô Père débonnaire,
A tes pauvres enfans, que la mort sanguinaire
Poursuit à tout moment.
Et fuyant en tout temps ta guide salutaire.
Nous irons en tout lieu ton sainct non reclamant.
grand Dieu des combats, qui rehausse ou terrasse Ceux à qui tu dépars ou la mort ou la grâce,
tes biens ou les malheurs I Gonverty-nous Seigneur ; si nous voyons ta face, Nous serons garantis de toutes nos douleurs.
(Paraphrase sur les cent cinq psmumes^ i6i3.)
SONNETS
Assieds-toy sur le bord d'une ondanta rivière, Tu la verras Huer d'un perpétuel cours, Et ûols sur flots roulant an mille et mille tours, Descharger par les prés son humida carrière.
JBANBAPTI8TIB GHÀ98IOIIIT 331
Mais tu ne verras rien de ceste onde première, Qui naguère couloit : Teau change tous les jours, Tous les jours elle passe, et la nommons lousjours Mesme tleuve et mesme eau, d'une mesme manière.
Ainsi rbomme varie, et ne sera demain
Tel comme aujourd'huy, du pauvre corps humain
La force que le temps abbrevie et consomme :
Le nom, sans varier, nous fuit jusqu'au (respas ; Et combien qu'aujour-d*huy celuy ne sois-je pas Qui vivois hier passé, tousjours mesme on me nomme*
Si tu meurs en jeunesse, autant tu as gousté D'amour et de douceur durant ce peu d'espace, Que si de deux cens ans tu parfaisois la trace, Nul plaisir est nouveau sous le ciel revouté :
Pour boire plusieurs fois le ventre degousté N'en est rien de plus soûl ; la corruptible masse De ce corps que tu traînes est semblable à la tasse Qui ne retient pas Teau que l'on luy a jeté.
Partant 9oit tost ou tard que le trait de la Parque Du nombre des vivans au tombeau te démarque, N*abandonne à regret le monde despourveu :
Tu vois tout en un an, et ce que Tinfluence
Des saisons et des terni, en plusieurs siècles avance,
N'est rien que le retour de ce que tu as veu.
332 poÈrBS CHRÉnBNS do xyi"* sièglb
Tu accuses la morl des lourmens rigoureux Que tu souffre eu mourant, et tu ne considère Que tu as bien soufTerl de douleur plus amere, Eslant encore esclave en ce corps langoureux :
Commençant en langueur ton âge douloureux, Tu le parfais en pleurs, et Unis en misère ; La vie, et non la morl, de tes maux est la mère, Qui te rend en mourant et vivant mal -heureux :
Le bout, et non le bord de noslre foible roule, Est ce qui nous tourmenle, et fait que Ton redoute L'inévitable loy du lems et du destin :
Ne t'esmerveille donc, puisque notre souffrance Vivant avecque nous, avecque nous commence, Si le soir de nos jours ressemble à sou matin.