‹ Poètes chrétiens du XVIe siècle: textes choisisChapitre 98 sur 123 · CLÉMENT MAROT · texte numérisé non relu

CLÉMENT MAROT

Noua n'entreprendrons pas la justification de ce poète condamné par l'Eglise il y a bien près de quatre siècles. Pour tous ceux qu'intéresse la tradition religieuse, Clément Marot apparaît comme un esprit caustique, rebelle à toute discipline. Il n'affecte pas seulement, croit-on, l'insouciance d'un La Fontaine, il laisse pressentir, en plein xvi« siècle, le scepticisme recherché d'un Voltaire.

C'est le juger sans doute. plus sévèrement qu'il ne le mérite et prêter à l'hérésie dont il se rendit coupable une importance qu'elle n'eut pas.

Aussi bien ne répugna-t-il point aux préoccupations théologiques ; seulement, il parut ignorer l'étendue de ses devoirs de chrétien. Loin d'être libertin, il fut zélé dans sa foi, et sa turbulence lui fit croire qu'il servait Dieu alors qu'il disputait sur le dogme.

Ajoutons à cela un certain goût, sinon pour l'intrigue, du moins pour la faction politique, une indépendance exagérée, une vivacité de propos sans limite, des passions, de la vanité, de l'orgueil, un' génie littéraire tourmenté, des faiblesses humaines, des désordi*es, un repentir mal dirigé, et nous aurons défini le caractère d'une des plus grandes figures du xti« siècle.

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U était né en 1495, à Gahors, en Quercinois, de Jean Marot qui fut en son temps bon poète. Son père l'amena à Paris dès l'étge de dix ans, et prit soin de cultiver en lui un talent précoce pour les lettres. Ses études furent néanmoins médiocres, mais il fant en rejeter la faute sur quelques mauvais maîtres auxquels on l'avait confié.

D'abord clerc chez un praticien, puis page de Nicolas de Neufville. sieur de ViUeroj, il passa en 1513, en qualité de valet de chambre, au service de Margi^erite de Valois, duchesse d'Angoulcme.

On dit qu'il suivit cette princesse lorsqu'elle épousa en secondes noces Henri d'Albret, roi de Navarre, et se fit considérer de toutes les personnes de sa cour. Sa facilité à rimer de petites pièces galantes, la politesse de ses manières et l'enjouement de sa conversation contribuaient à le faire rechercher. Malgré le crédit qu'il obtint, il prit du service dans les armées, et, après avoir été à Reims« à Ardres et dans le fiainaut, on le vit à la funeste bataille de Pavie où il fut blessé et fait prisonnier.

De plus grandes infortunes l'attendaient h son retour, et à peine eut-il le temps de goûter les bienfaits de la liberté qu'il connut les rigueurs d'une nouvelle prison.

On s'était scandalisé soudainement de sa conduite et des propos qu'il tenait sur les matières do la ReligioQ. Arrêté en 1525, conduit au Cht\telel, interrogé et reconnu coupable, 11 fut incarcéré à Paris d'abord, puis à Chartres. U faut dire à sa décharge qu'il ne cessa de protester vivement de son innocence. Dans une épitre adressée à l'accusateur Bouchard, qui restera parmi ses meiUeares pages, il s'écrie :

Point ne suis Lutheriste, Ni Zunglien, et moins anab^tisle, Je suis celui qui ait fait maint escrlt, Dont un seul vers on n'en sçauroit extraire Qui à la loi Divine soit contraire ..

Bref, celui suis qui croit, honore et prise La Saincte, vraye et catholique Eglise.

Autre doctrine eu moy ne veux bouter :

Ma loy est bonne, et si ne faut douter, Qu'à mon pouvoir ne la prise et exause...

Que quiers-tu donc, ô Docteur catholique ?

Que quiers-tu donc, as-tu aucune picque

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Encontre moy : ou ni lu preaa favoor ?

A me irister dessous aukray faveur

Je crois que non ; mais quelque faux enteadva

Ta faick sur moy telle rigueur esteivlre...

Cette justUication u*eut servi de rien si 1$ poète Q*avait, au moment oi& il écrivait, sollicité Viodulgonce de Marguerite de Valois et de quelques personnes influentes. On le délivra, mais ce ne fut pas pour loDgtomps, ses adversaires ne se considérant pas comme battus, et se tenant prêts h ressaisir la proie qui leur éciiappait.

D'ailleurs, les réilexioua qu'il avait pu faire sur son propre état, pendant sa captivité, ne ravalent pas rendu plus sage ou plus prévoyant, et les avis qu'on trouve tout au long de son poème de XEnfcr (1)« composé alors, le serviront peu ni prou dans la pratique. En 1530, ayant Uré des mains des archers un homme qu'on menait au cachot, il y fut lui-même mis en sa place, et il eut besoin de la faveur royale pour en sortir. Un peu plus tard, on ■e saisit de sea papien, et il dut s'antoiv è ?e9ni,re pour ériler les rigueur» A'una proaipta juskîea. Rappelé en France, quoiqu'il ait fait une ab}nratioià soleBaakla, il provoqua une nouvelle tempête et ne connut le salut qu'en gagnant Genève, puis Turin, où il alla mourir en 1544, abandonné de ses protecteurs et de ses amis.

Quoique léger de mœurs et libre de langage, Marot écrivit volontiers sur la religion. On peut dire même qu'une grande partie de son œuvre porte sur des questions de théologie on bien s'inspire des saints cantiques. Avant de devenir le réformateur que l'on a tant réprouvé, il avait été un catho)lque fervent. Son ignorance des matières religieuses, et son zèle & vouloir disserter des textes sacrés, furent cause de sa disgrâce et le conduisirent à l'impiété. Il traduisit, puis publia en 1536, sur le conseil de Valable, et avec l'aide de Melin de Saint- Gelais, des Psaumes qui furent condamnés par les docteurs en théologie. Pour ne se point soumettre h la censure qui lui était faite, il délaissa la croyance des siens et passa dans le camp calviniste. Il fit paraître en-

(1} 1526. Il ne parut pour la première fois qu'en 1542. Cf. VRnfér fie Clément Marot de Cahors, etc. A Lyon, Chez Estienne Dolet, 1542, In-S».

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core de noareanx psaumes, mais il ne les donna pas tant ponr témoigner de ses convictions que pour faire échec à ses anciens ennemis. On a rapporté qnll trouva dans le succès qu'obtinrent ces vers, appropriés au goût du jour, une consolation aux traverses qnH endura. Quoiqu'il en soit, ces pièces se peuvent lire dans ses œuvres complètes, et particulièrement dans Tédition qu'a publié en 1731 Tabbé Lenglet Dnfresnoy (1 ). Avec une Oraison au Crucifix, diverses Ballades, des Cimetières et des Epi» taphes, elles constituent le bagage édifiant du poète.

Bayle qui n*a pas manqué de faire connaître dans sou Dictionnaire quelle vogue elles obtinrent, s'est empressé de les justifier de tonte accusation dliérétisme, croyant qu'elles ne firent scandale que parce que les protestants s'en emparèrent et les célébrèrent à l'envi.

(1) Œuvres de Clétnent Marot, valet de Change de François /, Roy de France, Revues sur plus. Ms, et sur plus de quarante éditions et augmentées tant de diverses Poési^^ véritables^ que de celles qu*on lui a faussement attribuées, etc. A la Haye, chez P. Gosse et J. Neaubne, 1735, 6 vol. in-12.

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