LÉ COUCHER DE LA MORTE
// n'y avait point de Jour oà elle ne reçût à sa cour sept ou huit mille sonnets, autant d'élégies, de madrigaux et de chansons, qui étaient envoyés par tous les poètes de l'univers. Toute-Belle était l'objet de la prose et de la poésie des auteurs de son temps, . •
Le Nain Jaune.
Un jour qu'elle sentit que son cœur était las. Voyant qu'il lui faudrait mourir à cette peine, Elle fit travailler une bière d'ébène. Et disposer au fond de riches matelas.
Pour qu'ils fussent moelleux, elle les fit emplir De tous les billets doux dont on l'avait lassée ; Dans la chambre on les fait apporter par brassée, Et bientôt le tapis s'en voit ensevelir.
Longtemps on en bourra les coussins de linon ; Sans trêve on les tassa dans les grands sacs d'étofife; Parfois on voyait luire, au passage, des strophes, Parfois, à la volée, on démêlait un nom.
ROBERT DE MONTESQUIOU
Maïs quand elle se fut de ce geste acquitté La Belle fut plus calme, en songeant, que Elle aurait, pour dormir sa dernière nuitt Un lit harmonieux de murmures d'amour,
Or quand elle fut morte, et, sous la plancb Lorsqu'on l'eut mise au lit de son cercueil Elle entendit vibrer un cliquetis joyeux, Comme un bruit de rameaux dans un senti
On eût dit un baiser de brise très léger Sur les feuilles du tremble aux ramures p Un long chuchotement de choses langoure Que parfois des sanglots paraissaient arpè
Modulant des aveux, des larmes, des prièi Des adorations, des imprécations.
Qui passaient sur le champ lointain des p Tels qu'un soupir du vent sur les roses bri
Et c'étaient les espoirs et les désirs d'un je Qui reprenaient de loin leur tendresse finie Pour tramer à la morte un lit de symphon Un glas délicieux. De Profandis d'amour
Et quand les érudits et les archéologues Ouvrirent le tombeau de cette Tahoser, Ce qu'ils virent fut propre à leur faire pos L'air expérimenté de leurs allures rogues :
2l4 POÈTES d'aujourd'hui
La Morte, par mille ans de ténèbre arrosée, Dormait sans une atteinte et sans une douleur ; En sa couche d'amour on eût dit une fleur Que de loin vivifie une ancienne rosée.
D'un effluve d'extase éternelle embaumée, Sur un tapis de mousse, immarcessible lys, Elle était, sur le bord de ses rêves pâlis, Celle qui ne meurt point, tant elle fut aimée!
Mais quand du divin socle ils la firent descendre,
Pour chercher du secret l'invisible filon,
Ce qui reste du vol saisi d'un papillon
Leur filtra dans la main, en lumineuse cendre.
21 août.,. 83 {Les Ckauves-Soaris.)
LUCIFERS
Les étoiles des lys ont éclairé la plaine...
Les pétales de l'astre ont éclos dans k nuit; De constellations de fleurs la route est pleine. Et de moissons de feux la voûte brille et luit.
Les anges ont baissé leurs yeux sur les prairies, Les hommes ont levés leurs yeux vers les azurs ; Et l'échange s'est vu des blanches confréries De l'étoile éthérée et du pétale pur.
Les pétales se sont envolés vers les voûtes... Les étoiles se sont éprises des humains...
Et des anges aux cieux se sont trompés de routes, des hommes en bas ont trouvé leurs chemins.
{Le Chef des Odeurs suaves,)
ROBERT DE MONTESQUIOU 2l5