‹ Poètes d'aujourd-hui, 1880-1900Chapitre 131 sur 202 · L'AUTOMNE A DÉNUDÉ · texte numérisé non relu

L'AUTOMNE A DÉNUDÉ

L'automne a dénudé les glèbes et le soir.

Un soir d'exil et de mains désunies, S'approche à l'horizon des plaines infinies, Roi dévêtu de pourpre et spolié d'espoir.

marcheur aux pieds nus et las qui viens t'asseoir Sans compagnon, parmi les landes défleuries, Près des eaux mornes, quelles mêmes agonies Alourdissent ton front vers ce triste miroir ?

Je le sais, tout se meurt dans ton âme d'automne. Laisse la i^uit prendre les fleurs qu'elle moissonne Et l'amour défaillant d'un cœur ensanglanté,

Pour qu'après le sommeil et les ombres fidèles Les clairons triomphaux de l'aube et de l'été Fassent surgir enfin les roses immortelles.

(La Lyre héroïque et dolente.)

PSYCaaÉ

Petite âme, Psyché mélancolique, dors.

Lys d'aurore surgi des heures ténébreuses.

Tes bras souples et frais et tes lèvres heureuses Ont rajeuni mon cœur et réjoui mon corps.

PIERIIB QUILLARD 2^1

Et tu m'as cru, petite âme blanche et farouche, Tel que ton désir vierge encore me voulait Pendant tes longs baisers de miel pur et de lait, Tant que Tombre a menti comme mentait ma bou<

Nulle parole et nulle étreinte et nul baiser N'ont trahi la douleur secrète du cilice; Mais éveillée avec l'aube révélatrice Tu frémissais, Psyché fragile, à te briser,

Si le jour dessillant ta paupière sereine Au lieu du doux vainqueur que rôvait ton émoi Te décelait mes poings crispés môme vers toi Et mes yeux éperdus de colère et de haine ;

Car je te hais de tout ton amour, ô Psyché, Pour les jours à venir et les futures heures Et les perfides flots de larmes et de leurres Qui jailliront un jour de ton être caché.

Mais avant que la nuit divine m'abandonne.

Avec le dur métal des gouffres sidéraux Je forgerai le masque amoureux d'un héros.

Rieur comme l'Avril, grave comme l'automne ;

Mort vivant sur les lèvres mortes d'un vivant, Le masque couvrira ma face convulsée; Et maintenant que l'aube éclate! O fiancée Chez qui la femme, hélas I va survivre à l'enfant.

Eveille-toi, rouvre ta bouche qui s'est tue, Tu n'entendras de moi que paroles d'orgueil Et je me dresse sous les morsures du deuil Lauré d'or et pareil à ma propre statue.

{La L'jre héroïque et dolem

a42 POÈTES d'aujourdhui

CHRYSARION

Sur cette mer toujours déserte où nos yeux vains S'égaraient dans Tennui des solitudes mornes, Le navire, aux clameurs des conques et des cornes, Fleurit avec Taurore éclatante; et tu vins,

Apportant le parfum des terres étrangères, Le reflet des soleils morts parmi tes cheveux Et pour les cœurs lassés, graves et dédaigneux L'enchantement de quelques heures plus légères.

Trop de désirs déçus et d'espoirs abusés Hantent notre mémoire et sanglotent en elle : Nous n'avons pas tendu vers ta chair fraternelle Nos lèvres dès longtemps déprîses des baisers.

Mais les heures passaient douces comme la soie En vêtements tramés de soleil et de nuit.

Danseuse au collier d*or qui fulgure et s*enfuit, Amante triste et grave en marche vers la joie,

Et vous qui regardiez des astres abolis,

Visages inquiets ivres du vieux mensonge

O faces de stupeur, d'extases et de songe

Sur qui l'ombre clémente est' tombée à longs plis;

Puis la dernière ; et ce fut toi-même, inclinée A la poupe et semant des roses dans le soir Afin que la galère et le sillage noir S'illustrassent encor d'une pourpre fanée

Et que la sombre mer sourît à nos yeux vains.

{La Lyre héroïque et dolente.)

PIBHRB QtTILLARD ^43

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