‹ Poètes d'aujourd-hui, 1880-1900Chapitre 157 sur 202 · BÉGUINAGE FLAMAND · texte numérisé non relu

BÉGUINAGE FLAMAND

Au loin, le béguinai^j^e avec ses clochers noîrs, Avec son rouge enclos, ses toits d*ardoises bleues Reflétant tout le ciel comme de grands miroirs, S'étend dans la verdure et la paix des banlieues.

Les pignons dentelés étagent leurs gradins Par où monte le Rêve aux lointains qui brunissent, Et des branches parfois, sur les murs des jardins, Ont le geste très doux des prêtres qui bénissent.

En fines lettres d or chaque nom des couvents Sur les portes s'enroule autour des banderolles. Noms charmants chuchotes par la lèvre des vents : La maison de l'Amour, la maison des Corolles.

Les fenêtres surtout sont comme des autels Où fleurissent toujours des géraniums roses, Qui mettent, combinant leurs couleurs de pastels, Gomme un rêve de fleurs dans les fenêtres closes.

Fenêtre des couvents ! attirantes le soir Avec leurs rideaux blancs, voiles de mariées Qu'on voudrait soulever dans un bruit d'encensoir Pour goûter vos baisers, lèvres appariées!

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Mais ces femmes sont là, le cœur pacifié,

La chair morte, cousant dans l'exil de leurs chan

Elles n'aiment que toi, pâle crucifié,

Et regardent le Ciel par les trous de tes membres

Oh ! le silence heureux de l'ouvroir aux grands Où Ton entend à peine un bruit de banc qui boug Tandis qu'elles sont là, suivant de leurs yeux pur Le sable en ruisseaux blonds sur lepavement rou

Oh ! le bonheur muet des vierg'es s'assemblant. Et comme si leurs mains étaient de candeur telle Qa*elles ne pe\ivent plus manier que Ju blanc, Elles brodent du linge ou font de la dentelle.

C'est un charme imprévu de leur dire (C ma sœur Et de voir la pâleur de leur teint diaphane Avec un pointillé de taches de rousseur Comme un camélia d'un blanc mat qui se fane.

Rien d'impur n'a flétri leurs flancs immaculés^ Car la source de vie est enfermée en elles Comme un vin rare et doux dans des vases scelh Qui veulent^ pour s'ouvrir, des lèvres éternelles I

Cependant quand le soir douloureux est défunt, La cloche lentement les appelle à complies Comme si leur prière était le seul parfum Qui pût consoler Dieu dans ses mélancolies!

Tout est doux, tout est calme au milieu de Ténck Aux offices du soir la cloche les exhorte.

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Et chacune s*j rend, mains jointes, les jeux clos. Avec des glissements de cygoe dans Teau morte.

Elles mettent un voile à longs plis ; le secret

De leur âme s'épanche à la lueur des cierges,

Et, quand passe un vieux prêtre en étole, on croirait

Voir le Seigneur marcher dans un Jardin de Vierges !

ni

Et l'élan de l'extase est si contagieux.

Et le cœur à prier si bien se tranquillise, Que plus d'une, pendant les soirs religieux^ L'été répète encor les Ave de l'Eglise;

Debout à sa fenêtre ouverte au vent joyeux, Plus d'une^ sans ôter sa cornette et ses voiles. Bien avant dans la nuit, égrène avec ses yeux Le rosaire aux grains d'or des priantes étoiles!

(La Jeunesse Blanche,)

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