‹ Poètes d'aujourd-hui, 1880-1900Chapitre 158 sur 202 · DOUCEUR DU SOIR · texte numérisé non relu

DOUCEUR DU SOIR

Douceur du soir ! Douceur de la chambre sans lampe t Le crépuscule est doux comme une bonne mort Et l'ombre lentement qui s'insinue et rampe Se déroule en pensée au plafond. Tout s'endort.

Comme une bonne mort sourit le crépuscule, Et dans le miroir terne, en un geste d'adieu, Il semble doucement que soi-même on recule.

Qu'on s'en aille plus pâle et qu'on y meure un peu.

Sur les tableaux pendus aux murs, dans la mémoire Où sont les souvenirs en leurs cadres déteints.

3oa POÀTES d'aujourd'hui

Et voas aussi, mes sœurs, vous qui n'êtes en peine

Que d*un lon^ chapelet bénit à dépêcher

En un doux béguinage à l'ombre d'un clocher,

Oh I vous, mes Sœurs, —car c'est ce cher nom que l'Eglise

M'enseigne à vous donner, sœurs pleines de douceurs,

Dans ce halo de linge où le front s'angélise,

Oh ! vous qui m'êtes plus que pour d'autres des sœurs

Chastes dans votre robe à plis qui se balance,

O vous mes sœurs en Notre Mère, le Silence !

{Le Règne du Silence : Du Silence.)

En province, dans la langueur matutinale, Tinte le carillon, tinte dans la douceur De l'aube qui regarde avec des yeux de sœur, Tinte le carillon, — et sa musique pâle S'effeuille fleur à fleur sur les toits d'aleutour, Et sur les escaliers des pignons noirs s'effeuille Comme un bouquet de sons mouillés que le vent cueille Musique du matin qui tombe de la tour. Qui tombe de très loin en guirlandes fanées, Qui tombe de Naguère en invisibles lis, En pétales si lents, si froids et si pâlis, Qu'ils semblent s'effeuiller du front mort des Années ! (Le Règne du Silence : Dtt Silence.)

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