‹ Poètes d'aujourd-hui, 1880-1900Chapitre 159 sur 202 · VILLE, TOI MA SŒUR · texte numérisé non relu

VILLE, TOI MA SŒUR

ville, toi ma sœur à qui je suis pareil, Ville déchue, en proie aux cloches, tous les deux Nous ne connaissons plus les vaisseaux hasardeux Tendant comme des seins leurs voiles au soleil. Comme des seins gonflés par l'amour de la mer.

«■ORGES RODENBAGB

Nous sommes tous les deux Ifi ville en deuil Et n'a plus de vaisseaux parmi son port am Les vaisseaux qui jadis y miraient leurs fla Plus de bruits; de reflets... Les g^laives des Ont un air de tenir prisonnières les eaux, Les eaux vides, les eaux veuves, où le vent Circule comme pour les étendre en linceul.

Nous sommes tous les deux la tristesse d*ui Toi, ville! toi ma sœur douloureuse qui n'a Que du silence et le re^et des anciens mât Moi, dont la vie aussi n'est qu'un grand ca

Qu'importe I dans l'eau vide on voit mieux Tout le ciel qui descend daùs Teau clarifiée. Qui descend dans ma vie aussi pacifiée.

Or, ceci n'est-ce pas Thonneur essentiel — Au lieu des vaissaux vains qui s'agitaien De refléter les grands nuages voyageant, De redire en miroir les choses éternelles, D'angeliser d'azur leur nonchaloir changeai Et de répercuter en miracle sonore La mort du jour pleuré par les cuivres du î Or c'est pour être ainsi souples à son voulc Que le ciel lointain, l'une et l'autre, nous c Et décalque dans nous ses jardins de doucei O toi, mon Ame, et toi. Ville Morte, ma sœ

Et c'est pour être ainsi que l'une et l'autre et De la toute-présence en elle d'un doux cygj Le cygne d'un beau rêve acquis à ce sileDC( Qui s'effaroucherait d'un peu de violence

3o4 poéTBS D* aujourd'hui

Et qaî n'arrive là flotter comme une palme Qu'à cause du repos, à cause du grand calme, Cygne blanc dont la queue ouverte se déploie,

— Barque de clair de lune et gondole de soie — Cygne blanc, argentant l'ennui des mornes villes, Qui hérisse parfois dans les canaux tranquilles Son candide duvet tout impressionnable ;

Puis, quand tombe le soir, cargué comme les voiles,

— Dédaignant le voyage et la mer navigable — Sommeille, l'aile close, en couvant des étoiles I

(Le Règne du Silence.)

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