‹ Poètes d'aujourd-hui, 1880-1900Chapitre 184 sur 202 · ÉTÉ · texte numérisé non relu

ÉTÉ

A,-F, Vielé'Griffin.

Eté, roche d'air purj et toi, ardente ruche

mer, éparpillée en mille mouches sur

Les touffes d'une chair fraîche comme une cruche

Et jusque dans la bouche où bourdonne l'azur,

Et toi, maison brûlante, Espace, cher Espace Tranquille, où l'arbre fume et perd quelques oiseaux, Où crève infiniment la rumeur de la masse De la mer, de la marche et des troupes des eaux.

Tonnes d'odeurs, grands ronds par les races heureuses Sur le golfe qui mange et qui monte au soleil, Nids purs. Ecluses d'herbe, ombres des vagues creuses, Bercez l'enfant ravie en un poreux sommeil .

Mais les jambes (dont l'une est fratche et se dénoue De la plus rose) les épaules, le sein pur Le bras qui se ihélange à Pécumeuse joue Brillent abandonnés non loin du vase obscur

Où filtrent Dans les c Par les m< Du jour. 1

Si tu veux Heureuse, Dans la fli Traînant c

Aux blanc Emue, ou Tandis qu Et mélang

Mais touJG Aux cris I L'ombre d

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EMILE VERHAEREN i855

M. Emile Verhaeren est né à Saintp-Amand, près Anyers, le 21 mai i855. Uae partie de son enfance s^écoula en pleîa pays flamand, aux bord de l'Escaut. Des années d'étude l'exilèrent à Bruxelles et à Gand, jusqu'en 1877. Etudiant à FUniversité de Louvain, en guise de début, il fonda avec quelques amisy un petit journal La Semaine, qui ne tarda point à être supprimé par l'Autorité académique. Il se fit inscrire ensuite au barreau de Bruxelles, où il ne fit qu*un court séjour. Ea i883, il publia les Flamandes, pages où sont recueillies les impressions de la terre natale, puis contribua par de saines études dans VArt Moderne, La Jeune Belgique, La Sociélé Nouvelle, La Wallonie à la renaissance des lettres belges. Cette première période est débordante de vie ; en même temps qu'il mène une campagne en faveur des peintres impressioanistes, il livre d'autres œuvres où sont fixées d'admirables notations de peintre, dignes d'un fils instinctif des vieux Maîtres flamands .

Ce sont Les Contes de minuit, puis Les Moines, suite de poèmes conçus à Forges (dans le Haînaut), ofî^rant la plus puissante révélation de son tempérament fait d*un mysticisme âpre et d'un réalisme violent. Entre 1887 et 1891, traversant une crise physiquement maladive, il écrit Les Soirs, Les Dé* bâcles, Les Flambeaux noirs, « abrupte et puissante trilogie

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trahissant ce que les heures mauvaises lui ont ensei^é de luimême » ; Ias Soirs y la peine du corps infirmé par la Douleur, Jjts DébâcîeSj la détresse de Tâme que le mal envahit et révolte. Avec Les Flambeaux noirs, Ir crise paraît s'alténuer ; la convalescence survient, mensongère,. promettant plus d'espoir que n'en peuvent saisir le cerveau affaibli, le corps terrassé. La maladie a bien laissé sa flétrissure, creusant des rides en sillons où le désespoir est semé, mais Tâme se reprend soudain à aimer. Le poète gardera une amertume qui transfiffurera son verbe, Tilluminerà parfois d'une lueur farouche, alors que le vent du rythme emportera ses strophes. Son vers se martellera^ puis, prompt à exprimer toute sa pensée, se disloquera, se repliera sur lui-même pour repartir d'un élan prodigieux.il aura créé un mode d'expression qui lui demeurera propre. Les Apparus dans mes chemins , Les Campagnes hallucinées^ Les Villages illusoires, d'autres poèmes encore, affirmeront cette manière d'un réalisme sainement interprété, parfois évocatoire.

« Avec M. Verhaeren, écrivait M. Vielé-Griffin, les Flandres nous sont apparues magnifiées : n'est-ce pas le vigoureux coloris aggravé d'ombre, la lourde orgie fougueuse des kermesses, le tragique physique des désespoirs prolétariens, la danse macabre aux précisions gothiques, et la r.ude beauté ensanjçlantée des révoltes, l'espérance indéfectible des races

fortes ?

« Car l'œuvre de Verhaeren, large et haute d'une noblesse native, est faite de cette ubiquité, idéale sans quoi il n'y a pas de génie ; mais elle ne laisse de fleurer bon le terroir des aïeux; au contraire de ces spécialistes provinciaux qui crurent fortifier leur plus chétif génie d'un scrupule, sans doute respectable, d'ethnologie géographique, Verhaeren élargit de son souffle l'horizon delà petite patrie, et comme le fit Balzac de son ingrate et douce Touraine, il annexe aux plaines flamandes le\eau royaume humain de son idéal et de son art... »

M. Emile Verhaeren habite tour à tour, sans parvenir à se

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fixer, Bruxelles qu'il aime, Paris où il se sait aîméd'une âite. L'Allemagne, T Angleterre, la Hollande, Tltalie, l'Espagne favorisèrent, en l'attirant, le désir de vagabondage dont son œuvre porte comme une fiévreuse empreinte.

Indépendamment de son labeur de poète qui est considérable, il n'a cessé de collaborer à toutes les revues de notre temps. La liste en est longue et pour ne point omettre les principales nous citerons : La Semaine^ Journal Universitaire (Louvaîn), L'Artiste (Bruxelles), Les Ecrits pour l'Art, Le Scapin, La Vogue, Le Journal des BeaaX'ArtSy La Plage, Le Réveil de Gand, La Jeune Belgique, La Société Nouvelle, VArt Jeune (Bruxelles), Le Coq Roage (Bruxelles), L'Humanité Nouvelle^ La Revue- Journal, Noavellehevue^ V Ermitage, Les Entretiens Politiques et liileraires, Limage, Mercure de France^ La Revue Blanche, Du' randal. Magazine of Art, etc...

Membre du Comité de rédaction de LArt Moderne, M. Emile Verbaeren a de plus publié des poèmes dans VAlmanach des Poètes (Mercure de France, 1896 et 1897) et Les Péchés Cafpitaux, album d'eaux-'fortes d'Henry Detouche, Paris, Boudet, 1900. — A. B.

Bibliographie :

Les (euvrbs. — Les Flamandes, poèmes, Bruxelles, Hochsicyn, ï883. — Les Contes de Minuit, prose, Bruxelles (coUeclioa de la Jeune Belgique), Franck, i885. — Joseph Heymans peintre^ critique, Bruxelles, « Société Nouvelle », i885. — Les Moines, poèmes, Paris, Lemerre, 1886. — Fernand Khnopff, critique, Bruxelles^ « Société Nouvelle », 1887. — Les Soirs, poèmes, Bruxelles, Dcmao, 1887. -- Les Débâcles, poèmes, Bruxelles, Deman, 1888. — Us Flambeaux Jioz>5, poèmes, Bruxelles, Deman, 1890. — (Ces trois derniers volumes tirés à 100 ex. sur hollande; les 5o premiers numéros illustrés par Odilon Redon).— il u5orrf de /a Kott<e,poèmes, Liège (Extrait de La Wallonie), Bruxelles, Vaillant-Carmanne, 1891. — Les Apparus dans mes chemins, poèmes, Bruxelles, Lacomblei, 1891. — Les Campaffnes /laZ/ac/nee*, poèmes, couverture et oroemenlation de Théo van Rysselber.q^he, Bruxelles, Deman, 1898. - Almanach, poèmes illustré par Théo van Rysselberghe), Bruxellci

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Dietrich, iSgS. — Les Villages illusoires, poèmes, illastrés de quatre dessins de Georges Minne, Bruxelles, Deman, 1895. — Poèmes^ {Les Bords de la roate^ Les Flamandes, Les Moines, augmentés de plnsieurs poèmes), Paris, Soc. du Mercure de France, i8g5. — Les Villes Tentaculaires, poèmeit, couverture et ornementation de Théo van Hysselberghe, Bruxelles, Deman, 1896. — Poèmes, Nouvelle série (Les Soirs, Les Débâcles, Les Flambeaux noirs), Paris, Soc. du Mercure de France, 1896. — Les Heures Claires, poèmes, couverture et ornementation de Théo van Rysselberghe, Bruxelles; Deman, 1896. — Emile Verkaeren, i883'i8q6 (anthologie), portrait par Théo van Rysselberghe. Sans lieu ni date. « Pour les amis du Poète » (Bruxelles, Deman) . — Les Aubes, drame lyrique en quatre actes, couverture et ornementation de Théo van Rysselberghe, Bruxelles, Deman, 1898. — Les Visages de la Vie, poèmes, couverture et ornementation de Théo van Rysselberghe, Bruxelles, Deman, 1899. — Poèmes III* série {Les Visages Illusoires, Les Apparus dans mes chemins ; Ias Vignes de ma muraille), Paris, Soc. du Mercure de France, sans date (1899). — Le Cloître, drame en quatre actes, en prose et en vers (représenté à Bruxelles, au Théâtre du Parc, le ao février i9oo,et à Paris,sur la scène du Théâtre de « VŒuvre », le 8 mai 1900), couverture et ornementation de Théo van Rysselberghe,Bruxelles, Deman, 1900.

(A signaler encore, un Album é' Images Japonaises, texte d'Emile Verhaeren, illustrations de Kwassou, Tokyo, Hasegawa, 1900).

Ew PRBPARATiOM. — Les Petites Légendes, poèmes. — Le Sang moderne, poèmes. — Philippe II, drame en prose et en vers.

TnÉDucnoN. — Emile Verhaeren : Les Aubes, trad. par Arthur Symons, Londres, Duckworth, 1898. — Poems by Emile Verhaeren, selected and rendered into english by Aima Strettel, London, John Lane, 1899. — Espana Negra, pages « Originales » d*Émile Verhaeren, traduites, commentées et illustrées par Dario de RegoyoSy Barcelone, 1899.

A CONSULTER. — R. de Gourmont : Le Livre des Masques, Paris, Soc^ du Mercure de France, 1896. — A. Mockel : Emile Verhae^ ren, avec une note biographique par F. Vielé-Griffin, Paris, Édition du Mercure de France, 1896. — R. de Souza : La Poésie populaire et le Lyrisme sentimental, Paris, Soc. du Mercure de France, 1899. ^- Aima Strettel : Préface de Poems of Emile Verhaeren» London, John Lane, 1899. — Jules Tellier : Nos Poètes, Paris, Despret, 1888. — V. Thompson • French Portraits (Being appréciations of the writers of Young France), Boston, Richard G. Badger et O, 1900. — E. Vigié-Lecocq : La Poésie contemporaine, j884'i896, Paris, Soc. du Mercure de France, 1897.

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Osman Edwards : È89ai,The Savoy, Londres, novembre 1897.— G. Mauclair : Trois Poètes, Revue Encyclopédique, 25 avril 1896.

— Ch. Maurras : Littérature, Revue Encyclopédique, a3 janvier 1897. — H. de Régnier : Emile Verhaeren, Revue Blanche, mars 1895^ — Ed. Rod : A propos de Poésie, Gaulois, i" janvier 1897.

— F. Vielé-Griffin : Emile Verhaeren (Les Hommes d'aujourd'hui), Paris, Vanier. — F. Vielé-Griffin : Verhaeren, La Plume, a5 avril 1896. — Numéro consacré à la Belgique (articles d'A. Mockelet C. Mauclair), Revue Encyclopédique, a4 juillet 1897.

Théo van Rysselbcrghe : Sept portraits. — !•: Pastel, i883-i883 (privé) ; II* : Verhaeren lisant, dessin, 1891 (privé) ; \l\* : Dessin, 1891 (privé) ; IV« : Peinture à l'huile (app. à M. Emile Verhaeren) exposée à Paris (Artistes Indépendants, 1893) , à Bruxelles (Salon de la Libre Esthétique, 1894), à Vienne (Salon delà Sécession, 1898-1899 et à Dresde, 1899) ; V«: Dessin, 1892 (app. M»» van Rysselbcrghe), exposé à Bruxelles (Salon des XX, 1893) reproduit dans La Plume, 1895, dans une plaquette Emile Verhaeren 1883- i8g6, et dans diverses revues littéraires ; VI* : Dessin,' iSg6 (app. à M. Francis Vielé-Griffin), reproduit dans les Hommes d' Aujourd'hui, PsiVis, Vanier; VII* : Verhaeren lisant, eau-forte, 1898 (hors commerce). — D'autres portraits ont été exécutés par Lemmen : Peinture à l'huile ; Jammcs Eosor : Peiit' tare à V huile ; A. Mucho : Dessin ; Félix Vallotton ; Masque, dans Le Livre des Masques, de R. de Gourmont, Paris, 'Soc. do Mercure de France, 1896.

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