‹ Poètes d'aujourd-hui, 1880-1900Chapitre 33 sur 202 · DOUTE · texte numérisé non relu

DOUTE

Il meurt sur les plus hautes branches Un dernier rayon de soleil ; Le couchant sème d'ors étranges Le feuillage vert et vermeiL

Au ciel pâle d'où le soir tombe^ Dans l'azur gris couleur des eaux, Glissent comme des éclairs d'ombre Les ailes vives des oiseaux.

Il sort un profond et doux charme De toutes ces choses, sans fin ; Tout est joyeux, apaisé, calme :

C'est la vie^ où tout est divin.

Les bruits de la ville lointaine Par boufifée arrivent vers moi . . .

Pourquoi soudain mon âme est-elle Prise d'un indicible émoi ?

Mon Dieu ! comme devant les choses On est ébloui du destin !

Comme on est pareil à des pauvres Devant un splendide festin !

Gomme on t adore d'un cœur simple, Comme on te retrouve ici-bas Partout, dans la vie ample et sainte, Mon Dieu, qui n'es peut-être pas I

{La Beauté de vivre ,^

CHARLES GUÉRIN

Né le 29 décembre 1878, â Lunéville (Meurthe-et-Moselle), où il habite et qu'il n'abaudoDoe que rarement pour voyage r en Allemagne aux villes de musique et de peinture ou pour venir à Paris visiter quelques amis, M. Charles Guérin, dans ses premiers livres, ne faisait guère pressentir le poète très sur que nous a révélé Le Ccear Solitaire. Mais depuis cet ouvrage, une place lui est due parmi les meilleurs des jeunes poètes récents. Sans rappeler en rien M. Sully-Prudhomme de qui la poésie, de bonne heure, devint purement intellectuelle, M. Charles Guérin fait penser en même temps qu'il émotionne . Il excelle souvent à commencer un poème par des paroles à la fois musicales et songeuses et qui, le livre fermé, pleurent encore dans la mémoire :

O mon ami^ mon vieil ami, mon seul ami, Rappelle>toi nos soirs de tristesse parmi L'ombre tiède et Todeur des roses du Musée.

Beaucoup des morceaux contenus dans Le Cœur Solitaire débutent sur ce ton. On lira dans notre choix la pièce intitulée : A Francis JammeSf si parfaite, et à notre sens une des plus remarquables de la jeune poésie. Nous sommes sûrs qu'il n'est personne qui, l'ayant lue, n'en retienne, pour la goûter encore^ la tristesse harmonieuse et tendre. Et nous pensons

que le jcuae homme qui a écrit ce poème touchant et simple et qu'il faut féliciter M. Francis Jammes d'avoir inspiré, pourra devenir, s'il sait cultiver son talent et apprendre un peu à faire moins long, un poète excellent.

M. Charles Guérin a collaboré au Mercure de France, au Sonnet (Nancy) dont il était le seul rédacteur, à la Reoae Blanche, à VErmitagej à la Revue de Paris, à Vlmage, au Réveil de Gand et à la Revue des Deux-Mondes. — P. L.

Bibliographie :

Les œuvres. — Fleurs de Neige, poésies, Nancy, Grépin Leblond^

1893 (sous le pseudonyme d'Heirclas RCgen). — L'Art parjure, poésies, Munich, 1894- — Joies Grises, poésies, Paris, OUendorfF, 1894» — Georges Rodenbachy Essai de critique, Nancy, Crépîn-Leblond,

1894 — Le Sang des Crépuscules, poésies, Paris, Soc. du Mercure de France, 1895. — Sonnets et un Poème, Paris, Soc. du Mercure de France, 1897. — Le Cœur Solitaire yi^oés'ies, Paris, Soc. du Mercure de France, 1898. — VEros funèbre, poèmes, Paris, Petite collection de rErmitajçe, 1900.

A CONSULTER. — E. Krantz : Un décadent lorrain à Nancy, Paris, Berger-Levrault, 1894.

H. Chantavoine : Poètes et Poésies, Débats, 21 novembre 1895.— G. Deschamps : Le Coin des Poètes. Temps, 7 août 1898. — L. Du chosal : Étude, Journal de Genève, 10 décembre 1896. — R. de Gourmont : Poètes nouveaux. Charles Guérin, La Renaissance, 22 octobre 1899. — S- Un Jeune poète ^ Débats, 1 1 juillet 1898. — A. Theuriet : Voyage au pays des poètes, Journal, i5 juillet 1898.

Iconographie :

Jean Veber : Lithographie, dans V Ermitage de juin 1898.

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