L'ÉROS FUNÈBRE
Nuit d'ombre, nuit tragique, 6 nuit désespérée !
J'étouffe dans la chambre où mon âme est murée. Où je marche, depuis des heures, âprement. Sans pouvoir assourdir ni tromper mon tourment, Et j'ouvre la fenêtre au large clair de lune. \
Sur les champs nage au loin sa cendre bleue et brune.
Comme une mélodie heureuse au dessin pur
La colline immobile ondule sur l'azur
Et lie à l'horizon les étoiles entre elles.
L'air frémit de soupirs, de voix, de souffles d'ailes.
Une vaste rumeur gronde au bas des coteaux
Et trahit la présence invisible des eaux.
Je laisse errer mes yeux, je respire, j'écoute Les sombres chiens de ferme aboyer sur la route Où sonnent les sabots d'un passant attardé .
Et sur la pierre froide où je suis accoudé.
Douloureux jusqu'au fond de l'ame et solitaire, Je blasphème la nuit lumineuse et la terre Qui semblent me sourire et m'ignorent, hélas! Et sachant que la vie, à qui n'importe pas
CHARLES GUÉRIN ^5
Un cœur infiniment désert de ce qu'il aime, Ne se tait que pour mieux s'adorer elle-même, Je résigne Torg-ueil par où je restais fort, Et j'appelle en pleurant et l'amour et la mort.
c C'est donc toi, mon désir, ma vierg-e bien-aimée ! Faible comme une lampe à demi consumée Et contenant ton sein gonflé de volupté Tu viens enfin remplir ta place à mon côté.
Tu laisses défaillir ton front sur mon épaule, Tu cèdes sous ma main comme un rameau de saule. Ton silence m'enivre et tes yeux sont si beaux, Si tendres que mon cœur se répand en sanglots. C'est toi-même, c'est toi qui songes dans mes bras . Te voici pour toujours mienne, tu dormiras Mêlée à moi, fondue en moi, pensive, heureuse. Et prodigue sans fin de ton âme amoureuse I Dieu juste, soyez béni par cet enfant Qui voit et contre lui tient son rêve vivant I Mais toi, parle, ou plutôt, sois muette, demeure Jusqu'à ce qu'infidèle au ciel plus pâle, meure Au levant la dernière étoile de la nuit.
Déjà Teau du matin pèse à Therbe qui luit.
Et, modelant d'un doigt magique toutes choses,
L'aube à pleins tabliep s sème ses jeunes roses.
la sainte rumeur de sève et de travail I
Ecoute passer, cloche à cloche, le bétail.
Et rauquement mugir la trompe qui le guide.
La vallée a ses tons d'émeraude liquide.
Les toits brillent, les bois fument, le ciel est clair,
Chaque vitre au soleil répond par un éclair.