QUAND LA VIE EST PASSÉE
J'eus une amîe, un jour aux yeux couleur de songe. . • Son geste pour filer, le soir, était très doux . et j'étalais le lin du rêve à ses genoux à l'heure triste où Tombre des meubles s'allonge.
Nos rêves s'attardaient avec le demi-jour.
Elle habitait la maison close où meurt l'allée et quand un angélus chantait dans la vallée nos âmes se berçaient d'une histoire d'amour.
Ses yeux étaient couleur de songes et d'automne... Or, sur le chemin creux où se mêlaient nos pas, un soir, que nous avions cueilli des anémones, je vis passer la vie en robe de lilas.
Et comme nous allions parmi le crépuscule vers la bonne maison où parle le rouet,
MAURICE MAGRE x53
j'ai laissé fuir mon cœur, oublieux et crédule, ayec la voyageuse au fond du val muet.
Et mon amie a dit : « Tu vois, le jour décline; sur les choses et dans mon cœur il se fait tard ; ne prends pas le chemin qui monte la colline là-bas^ près de l'étang fleuri de nénufars.
La voix des grands roseaux évoque la passante qui t'a séduit, enfant, de son geste d'espoir. Reste le fiancé mystique de Tamante heureux de bien m'aimer et de ne' pas savoir.
L'heure est pieuse et seuls les arbres nous comprennent» prêtres chastes et doux du rêve et de la mort. Reste, et ce soir, tous deux, mes mains parmi les tiennes nous lirons le passé dans un vieux missel d*or... jo
{La Chanson des hommes,)