LE RETOUR DES POÈTES
Les races qui marchaient sous les astres antiques où celles qui rêvaient à l'ombre des lauriers
MAURICE MAGRE l55
pour faire tressaillir Tare ou le luth rustique, allaient près des ruisseaux cueillir le même osier,
Les poètes enfants dormaient dan^ la vallée, les bois en s'é veillant secouaient leurs cheveux et les parfums de menthe et de roses foulées donnaient au cœur humain la nostalgie des Dieux.
Les rochers des torrents et les pierres des landes furent amoncelés par les hommes pieux, et les berg-ers, le soir, en de saintes offrandes enguirlandaient de fleurs les cornes de leurs bœufs.
Les emblèmes sacrés vivaient dans les campagnes ; les troncs d'arbres aux toits des dieux faisaient piliers et les simples pasteurs errant dans les montagnes trouvaient des monuments aux cultes familiers.
Ceux qui savaient prier les étoiles propices connaissaient le secret des hymnes immortels et les bardes chantaient le chaut des sacrifices quand le sang des béliers fumait sur les autels.
La môme voix berçait le pas égal des femmes dont les cortèges blancs dansaient au bord des mers et donnait de la vie au bois des simulacres dont les faces riaient dans les temples déserts.
Et quand le jour tomba sur le déclin des peuples, que les prêtres chanteurs turent leurs derniers chant et partirent vers les cités le long des fleuves, mauvais fils oublieux des forêts et des champs,
dans les temples parmi les acanthes dorées resta comme un défi aux barbares futurs
i56 POÈTES d'aujourd'hui
le nom des Dieux inscrit sur les pierres sacrées qu'ils fouleront aux pieds de leurs chevaux impurs.. .
— Mais le temps enseigna la vanité des rites et vêtit les arceaux d'une robe d'oubli.
Sur les autels par les lichens ensevelis vinrent s*aimer des vols de colombes plaintives^
Et les grands hommes blonds qui portaient tout Tazur et le soleil du nord parmi leurs barbes claires ne réveillèrent pas avec leurs glaives durs le premier rêve humain endormi sous la terre.
{La Chanson dçs hommes,)