‹ Poètes d'aujourd-hui, 1880-1900Chapitre 91 sur 202 · ÉVENTAIL DE MADEMOISELLE MALLARME · texte numérisé non relu

ÉVENTAIL DE MADEMOISELLE MALLARME

O rêveuse, pour que je plonge Au pur délice sans chemin, Sache, par un subtil mensonge.

Garder mon aile dans t^ main.

Une fraîcheur de crépuscule Te vient à chaque battement Dont le coup prisonnier recule L'horizon délicatement.

Vertige ! voici que frissonne L'espace comme un grand baiser Qui, fou de naître pour personne, Ne peut jaillir ni s'apaiser.

Sens-tu le paradis farouche Ainsi qu'un rire enseveli Se couler du coin de ta bouche Au fond de l'unanime pli !

174 POÈTES d'aUJOUI\d'iIUI

Le sceptre des rivages roses Stagnants sur les soirs d*or, ce Test, Ce blanc vol fermé que tu poses Contre le feu d'un bracelet.

n/ sonnet

Le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui Va-t-il nous déchirer avec un coup d'aile ivre Ce lac dur oublié que hante sous le givre Le transparent glacier des vols qui n'ont pas fui

Un cygne d'autrefois se souvient que c'est lui Magnifique mais qui sans espoir se délivre Pour n'avoir pas chanté la région où vivre Quand du stérile Jiiver a resplendi l'ennui.

Tout son col seco.uerA <jette bl$jicl^ agonie

Par l'espace infligée à l'oiseau qui le nie,

Mais non l'horreur du sol où le plumàgé^ést pris.

Fantôme qu'à ce lieu son pur éclat assigne.

Il s'immobilise au songe froid de mépris Que vét parmi l'exil inutile le Cygne.

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