‹ Poètes de l'Amerique françaiseChapitre 6 sur 16 · LES VOIX DU CŒUR ET DE L’ÀME · texte numérisé non relu

LES VOIX DU CŒUR ET DE L’ÀME

Voici un de ces livres exceptionnels qu’on aime à saluer avant de prendre le droit de les juger; une de ces œuvres marquées de tant de qualités précieuses, qu’on s’attarde à goûter et à sentir bien avant de songer à disséquer et à dissoudre. Je ne sais si ces Voix appartiennent ou non à notre littérature: l’auteur est une fille de Bretagne qui a vécu longtemps parmi nous et qui s’est fait de notre sol une seconde patrie; mais je sais bien qu’elles relèvent de la poésie universelle, celle de l’âme humaine, la même en tous temps et en tous lieux; et je sais aussi qu’elles sonnent la poésie d’une âme distincte, intensément individuelle, qui s’enferme, jalouse, dans son propre cercle, qui vit ses émotions sans se ranger à celles d’autrui, et les exprime dans son propre langage. S’il vous plaît d’explorer les retraites intimes

MLLE MARIE LEFRANC

où se cache le mystère d’un cœur; de suivre les ébats d’une imagination qui s’éploie sur le monde et danse, vêtue de robes légères, l’essor d’un esprit ferme et franc, dont la hardiesse même est une grâce, le jeu d'une sensibilité qui réagit aux moindres secousses et le geste d'une passion contenue, mais ardente; de voir se raidir dans la lutte une volonté vaillante que ne subjuguent ni la souffrance ni l’effort, vous subirez le charme enveloppant de ces poèmes. Ils vous feront entrer dans une région de lumière métaphysique dont le prisme décompose des sensations, de paysages ou les fleurs et les mousses sont des sentiments et des idées ; ils vous entraîneront sur des lacs dont chaque ride est un rêve. Ils n’auront rien des couleurs crues qui fardent les choses matérielles, de la précision lourde qui s’attache aux tableaux tangibles; dans leur délicat clairobscur ils ne retraceront que l’âme d’une femme, ou plutôt l’âme de cette femme, mais c’est assez. Après les avoir lus vous comprendrez mieux que jamais que tout être humain est un monde.

C’est à dessein sans doute quç le titre du

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