‹ Poètes de siècle de Louis XIVChapitre 24 sur 80 · PSYCHÉ · texte numérisé non relu

PSYCHÉ

Des tendresses du sang peut-on être jaloux!'

(i) Acte ni. scène \W.

pierre corntillb. 173

l'amour.

Je le suis, ma Psyché, de toute la nature; Les rayons du soleil vous baisent trop souvent; Vos cheveux souffrent trop les caresses du vent ;

Dès qu'il les flatte, j'en murmure ;

L'air même que vous respirez, Avec trop de plaisir passe par votre bouche ;

Votre habit de trop près vous touche;

Et sitùt que vous soupirez

Je ne sais quoi qui m'effarouche, Craint parmi vos soupirs des soupirs égarés (1).

Il fallait ce charmant petit phénomène pour nous révéler tout Corneille.

Corneille fit encore l'entreprise de traduire en vers V Imitation de Jésus- Christ. Le premier livre fut publié en i6ol; l'ouvrage entier parut de 1665 à 1666. La réussite ne fut pas heureuse. Elle fit peu d'honneur à l'auteur. Il y a beaucoup de beaux vers, il y a même des morceaux admirables, mais ils sont comme noyés dans l'ensemble. L'esprit général du livre s'accommodait mal d'une traduction en vers, et le génie de Corneille répugnait au genre de cette œuvre. On peut dire que jamais il ne l'a bien traduite. Parfois il en a donné des équivalents; mais ce qu'il a fait de mieux ne reproduit pas le caractère de l'original. Voici un de ces équivalents, vraiment admirables; aussi, Messieurs, a-t-il beau être connu, nous aimons à le répéter :

0 Dieu de vérité, pour qui seul je soupire Unis-moi donc à toi par de forts et doux nœuds !

(0 Acte m, scène m.

{lA 1'1KI\1UÎ CORNEILLE.

Je me lasse d'ouïr, je me lasse de lire, Mais non pas de te dire :

C'est toi seul que je veux.

Parle seul à mon ànie, et qu'aucune prudence.

Qu'aucun autre docteur ne m'expliiiue tes lois;

Que toute créature, à ta sainte présence, S'impose le silence, El laisse agir ta voix(1).

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