‹ Poètes de siècle de Louis XIVChapitre 68 sur 80 · OPÉRA OU TRAGÉDIE LYRIQUE · texte numérisé non relu

OPÉRA OU TRAGÉDIE LYRIQUE

Qu'est-ce que l'opéra, Messieurs? C'est, pour nous servir d'une image plus juste qu'agréable, suggérée par le style même de Quinault, la tragédie désossée; ajoutons même que Quinault, c'est Racine désossé. En effet, il manque à l'opéra tout ce qui fait la force et la consistance de la tragédie : la puissance des combinaisons dramatiques, la force et la profondeur des pensées, le sérieux en tout genre ; c'est la tragédie réduite à satisfaire l'imagination et les sens, se mettant tout entière à leur service, et les flattant d'autant plus qu'elle donne moins d'aliment à la réflexion, à la contemplation, au cœur. L'opéra est bien caractérisé dans ces vers de Voltaire ;

Il faut se rendre à ce palais magique Où les beaux vers, la danse, la musique, L'art de tromper les yeux par les couleurs, L'art plus heureux de séduire les cœurs, De cent plaisirs font un plaisir unique.

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Le seul fait d'être chanté modifie profondément im drame ; la musique transforme en sensations, en impressions du moins, ce qui, sans elle, appartiendrait d'abord à l'intelligence. Comment chanter un raisonnement? comment des phrases, des périodes, des discours où se marquent la suite et la vigueur de la pensée, pourraient-ils être mis en musique? que faire des si, des car, des donc, de toutes ces particules qui donnent à la parole sa cohérence et sa précision ? Le style de l'opéra a sans doute en revanche sa perfection propre ; mais il ne pourrait, sans détruire l'intention du genre, se permettre les beautés fortes que cherche à réunir celui de la tragédie. Il n'ose pas user de toutes ses ressources , il doit s'ébrancher, s'écourter, s'amollir, se faire petit et pauvre, se subordonner à la musique , s'effacer jusqu'à un certain point devant les exigences de cet art. Ce n'est qu'avec peine qu'on a pu adapter des chants aux beaux vers lyriques de Racine; cette magnifique poésie a trop d'harmonie en elle pour que la musique n'en soit pas jalouse. Peut-être cependant l'opéra a-t-il découvert à la langue certaines ressources, certains charmes qu'on ne lui avait pas connus encore, une souplesse, une douceur, une fluidité, une suavité que personne avant Quinault n'avait su tirer d'elle, et que l'espèce de servage où elle se trouve placée dans l'opéra a tendu à développer. Mais je l'avoue, malgré ces acquisitions, je ne pense point que ce que la musique ajoute au drame puisse jamais compenser ce qu'elle lui ôte en privant la pensée de suite

et de vigueur, et la passion de vérité, de hauteur,^ d'énergie.

Quinault ne fut pas l'inventeur de l'opéra, né en Italie et apporté en France par Mazarin. Mais ce plaisir théâtral n'était pas considéré comme appartenant à une manifestation littéraire, à un genre constaté. Quinault fut le premier qui entrevit ce qu'on pouvait faire d'un divertissement jusqu'alors uniquement regardé comme un spectacle; en l'élevant à la dignité d'un genre littéraire, il mérita d'en être envisagé comme le représentant et le véritable introducteur. Disons-le cependant, il y a des degrés dans ce genre ; l'opéra peut être plus ou moins sérieux, plus ou moins rapproché de la tragédie, s'élever davantage vers le drame ou descendre davantage vers le spectacle. Quinault l'a retenu, ce nous semble, dans une région inférieure, ce qui ne veut pas dire que personnellement il ne fût supérieur à ceux qui se sont efforcés d'ennoblir l'opéra. C'est son genre seul qui est demeuré inférieur au genre de quelquesuns de ses successeurs. Quinault n'a pas vu tout ce que l'opéra était susceptible de devenir, et cela fut heureux peut-être; il aurait fait presque des tragédies, et par là risqué de compromettre un poëme d'un ordre éminemment supérieur.

La vie de Quinault ne présente rien de remarquable. Placé sous l'influence de la cour, il consacrait son temps et ses facultés aux divertissements galants et magnifiques auxquels le monarque prenait

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plaisir. N'oublions pas toutefois, que, malgré la nature de ses travaux, Quinault subit la même révolution intérieure que Racine, Corneille, La Fontaine ; il finit, comme eux, sa carrière dans de grands sentiments de piété, et se fit un crime de sa gloire. ïl a écrit de mauvaises tragédies, ce qui prouve encore mieux les limites de l'art dans lequel il a excellé. Un peu plus heureux dans la comédie f nous avons nommé la Mère coquette), il est pourtant dans ce genre, si j'en juge bien, fort au-dessous des auteurs du second ordre. Mais l'opéra convenait si bien à ses facultés, il était tellement nécessaire pour le faire valoir ce qu'il valait en effet, qu'on pourrait croire qu'il l'aurait inventé. Ni ses tragédies, ni même ses comédies n'auraient pu faire soupçonner ce dont il était capable. Il lui fallait ce genre pour se révéler à lui-même, comme à tel autre il a fallu tel ou tel sujet que le hasard seul lui a fait rencontrer.

De 1672 à 1686 Quinault a composé douze opéras, dont chacun est précédé d'un prologue allégorique consacré à l'éloge de Louis XIV. Le choix des sujets peut déjà faire pressentir le caractère de l'opéra chez Quinault. Ce sont les Fêles de l'Amour, Cadmus, Alceste, Thésée, Atys, Isis, Proserpine, Persée, Phaéton, Amadis, Roland, Armide. C'est la mythologie ou la magie, parfois la chevalerie, en un mot le merveilleux, ou le merveilleux antique, ou le merveilleux chevaleresque du moyen âge. La mythologie est prise fort en gros, ce qui lui donne bien plus d'éclat et de séduction ; il en est d'elle comme de ces sons rau-

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ques, qui, entendus au loin, adoucis dans l'espace, produisent une agréable harmonie. Quinault a su tirer des fables mythologiques ce qu'elles ont de charmant, d'aimable, de voluptueux sans grossièreté; un parfum tendre, suave, amollissant, s'exhale de sa poésie, et devient l'esprit même de ses opéras. Il fait précisément pour la mythologie ce qu'il a trouvé tout fait pour la chevalerie, et ce dont il a su si bien profiter. Là il ne s'agissait que de continuer la transformation opérée longtemps avant lui ; la brutalité des documents anciens, la rudesse des mœurs barbares s'étaient transfigurées dans ces fictions brillantes où le moyen âge avait répandu la richesse et la grâce libre de son imagination. Rien de plus opposé au talent de Quinault que les brusques accidents de la réalité ; il lui fallait ces nuages d'or et d'iris dont un ciel d'automne adoucit la crudité des perspectives. N'oublions pas que sa notion de l'opéra n'était pas ce qu'elle estdevenue depuis lors. Des sujets tels que la Clémence de Titus, la Vestale, Fernand Corlez, Guillaume Tell, ne se seraient pas présentés à sa pensée. Il cherche l'occasion et les éléments d'un spectacle dont son poëme n'est que le canevas, et ce qui peut étonner, c'est qu'en descendant à ce point de vue, il ait respecté autant qu'il l'a fait les droits de la poésie.

Sous le rapport de la moralité, ses opéras méritent en plein le reproche que leur adresse Boileau, quand il les désigne par ces mots, qui ont paru si durs, dans la Satire sur les femmes :

Par toi-même bientôt conduite à l'Opéra,

De quel air penses-tu que la sainte verra

D'un spectacle enchanteur la pompe harmonieuse,

Ces danses, ces héros à voix luxurieuse;

Entendra ces discours sur l'amour seul roulants.

Ces doucereux Renauds, ces insensés Rolands;

Saura d'eux qu'à l'Amour comme au seul Dieu suprême,

On doit immoler tout, jusqu'à la vertu même ;

Qu'on ne saurait trop tôt se laisser enflammer ;

■Qu'on n'a reçu du ciel un cœur que pour aimer ;

Et tous ces lieux communs de morale lulirique

Que LuUi réchauffa des sons de sa musique (I}?

La Harpe, critique sévère en littérature, mais appréciateur assez indulgent en morale, récuse en grande part le jugement de Boileau, et propose de substituer aux deux derniers vers que nous \enons de citer les trois suivants, « où l'on a, dit-il, pris la « liberté de retourner la pensée de Boileau contre « lui : »

Aux dépens du poëte on n'entend plus vanter Ces accords languissants, celte faible harmonie Que réchauffa Quinaull du feu de son génie.

S'il ne s'agit que de musique, personne, à présent, ne niera que La Harpe n'ait raison. Mais nous, Messieurs, nous ne pouvons nous en tenir là; la question morale ne saurait être mise en oubli. Quinault, en effet, abonde en moralités ; dès que l'action se ralentit, il remplit la scène de maximes ; en voici un exemple qui nous permettra de juger si l'épithète un peu forte dont Boileau a flétri ces banalités, est absolument injuste :

(i) BoiLEAc. Satire X.

LYCHAS et STRATON.

Entre deux amants fidèles Choisis un heureux époux.

CÉPUISE.

Je n'ai point de choix à faire ; Parlons d'aimer et de plaire, Et vivons toujours en paix.

L'hymen détruit la tendresse; Il rend l'amour sans attraits; Voulez-vous aimer sans cesse, Amants, n'épousez jamais (1),

Ailleurs, voici une philosophie qui n'a certes pas plus le mérite de la nouveauté que celui de l'élévation :

DEUX VIEILLARDS ATHÉNIEiNS.

Pour le peu de bon temps qui nous reste. Rien n'est si funeste Qu'un noir chagrin.

Le plaisir se présenta.

Chantons quand on chante, Vivons au gré du Destin.

L'affreuse vieillesse Qui doit voir sans cesse La mort s'approcher, Trouve assez la tristesse Sans la chercher.

Achevons nos vieux ans sans alarmes, La vie a ses charmes Jusqu'à la fin (2).

Quinault lui-même nous a fourni dans quelques vers de l'opéra d'Armide les expressions les plus propres à caractériser son genre. C'est Renaud qui pénètre dans les jardins de l'enchanteresse :

(i) jilceste, acle V, scène 111. (2) Thésée, acte II, scène Vil.

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Plus j'observe ces lieux, et plus je les admire.

Ce fleuve coule leiKement Et s'éloigne à regrit d'un séjour si charmant. Les plus aimables fleurs et le plus doux zéphire

Parfument lair qu'on y respire.

Non, je ne puis quitter des rivages si beaux ; Un son harmonieux se mêle au bruit des eaux ; Les oiseaux enchantés se taisent pour l'eiitendre. Des charmes du sommeil j'ai peine à me défendre.

Ce gazon, cet ombrage frais, Tout m'invite au repos sous ce feuillage épais (1).

Oui, la muse de Quinault est une Armide ; ses opéras sont ces jardins enchantés où la vertu, où la volonté s'endort. Boileau, si favorable à Racine, serait-il ici inconséquent et partial? Non, Messieurs. Racine, en nous manifestant la faiblesse de l'homme, nous offre un enseignement véritable et précieux; c'est par là qu'il est réellement moral, et, pour ceux qui savent réfléchir, salutaire. Mais Quinault ne fait que nous amollir le cœur; sa poésie n'est que la poésie de la volupté. Elle respecte les bienséances toutefois; c'est un point qu'il faut signaler. Aucun oubli de la décence ne gâte ces vers charmants; mais pour être mieux déguisé, le danger serait-il moins réel?

Au point de Yue littéraire, nous n'avons rien à retrancher des éloges donnés à Quinault, surtout au dix-huitième siècle, par les critiques de sa nation. C'est depuis cette époque qu'il a été apprécié à sa juste valeur. Voyez ÏÉpilre aux Poules , de Marmontel :

Chantre immortel d'Âtys et de Renaud, 0 loi, galant et sensible Quinault,

(i) Armide, acte 11, scène 111.

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L'illusion, aimable enchanteresse, Mêla son philtre à tes vives couleurs.

Le dieu des vers, le dieu de la tendresse, T'ont couronné de lauriers et de fleurs. Dans les tableaux quelle noble magie!

Dans tes beaux vers quelle douce énergie ! Si le français, par Racine embelli, Doit à ses vers sa grâce, sa noblesse, 11 tient de toi, par ton style amolli, Un tour liant et nombreux sans faiblesse.

La structure des drames de Quinault est heureuse. Elle n'a pas dû, sans doute, lui coûter de grandes combinaisons ; mais les proportions en sont justes, les ressorts bien choisis ; le sens esthétique y est évident. Quinault est à la fois homme de goût et compositeur judicieux. Mais son principal mérite ce sont ses beaux vers. Entendons-nous sur ce mot : les beaux vers de Quinault ne sont pas les beaux vers de Racine; ils ne possèdent en général ni le tour savant, ni la splendeur majestueuse, ni la précision exquise, ni la force énergique mais voilée de ces derniers ; ce sont, pour l'ordinaire, des beautés un peu vagues, musicales pour ainsi dire, des vers doux, coulants, mélodieux, suaves. Celte molle suavité, cette grâce parfaite ne se sont guère rencontrées dans les vers français ailleurs que chez Quinault, avant l'époque de M. de Lamartine. On pourrait dire que déjà l'accent des Méditations s'annonce dans les beaux opéras de l'auteur d'Armide. La première moitié du dixseptième siècle avait vu paraître des vers aimables et gracieux, aisés, parfois heureusement descriptifs, non sans beauté, mais d'une beauté sans caractère.

Quinault, selon les situations, a su imprimer à sa versification plusieurs caractères, sans jamais s'écarter de l'aisance heureuse qui le distingue. Il a surtout celui de la suavité; aussi ce mot revient-il comme de soi-même quand on parle de lui. Ecoutez ces vers de l'opéra d'/sis ;

L'inconstante n'a plus l'empressement extrême De cet amour naissant qui répondait au mien ; Son changement parait en dépit d'elle-même,

Je ne le connais que trop bien ; Sa bouche quelquefois dit encor qu'elle m'aime; Mais son cœur ni ses yeux ne m'en disent plus rien.

Ce fut dans ces vallons où par mille détours Inachus prend plaisir à prolonger son cours;

Ce fut sur son charmant rivage Que sa fille volage

Me promit dem'aimer toujours.

Le zéphyr fut témoin, l'onde fut attentive Quand la nymphe jura de ne changer jamais; Mais le zéphyr léger et l'onde fugitive Ont enfin emporté les serments qu'elle a faits.

Vous juriez autrefois que cette onde rebelle Se ferait vers sa source une route nouvelle, Plutôt qu'on ne verrait votre cœur dégagé : Voyez couler ces flots dans cette vaste plaine; C'est le même penchant qui toujours les entraîne; Leur cours ne change point, et vous avez changé (1).

Mais ce mérite n'est pas le seul. Quinault a quelquefois des vers, des périodes, d'une facture large et savante, témoin le début de Proserpine :

Goûtons dans ces aimables lieux Les douceurs d'une paix charmante.

Les superbes géants armés contre les dieux Ne nous donnent plus d'épouvante ;

(i) Isis, acte 1, scènes II et III.

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Ils sont ensevelis sous la niasse pesante

Des monts qu'ils entassaient pour attaquer les cieux.

Nous avons vu tomber leur chef audacieux

Sous une montagne brûlante; Jupiter l'a contraint de vomir à nos yeux Les restes enflammés de sa rage mourante ;

Jupiter est victorieux, Et tout cède à l'effort de sa main foudroyante (1).

Ailleurs on rencontre des vers d'une véritable énergie; ainsi, dans Persée, le monologue célèbre de Méduse :

J'ai perdu la beauté qui me rendit si vaine ;

Je n'ai plus ces cheveux si beaux

Dont autrefois le dieu des eaux Sentit lier son cœur d'une si douce chaîne.

Pallas, Va barbare Pallas,

Fut jalouse de mes appas Et me rendit afl"reuse autant que j'étais belle ; Mais l'excès étonnant de la difformité

Dont me punit sa cruauté

Fera connaître, en dépit d'elle,

Quel fut l'excès de ma beauté.

Je ne puis trop montrer sa vengeance cruelle. Ma tête est fière encor d'avoir pour ornement

Des serpents dont le sifllement

Excite une frayeur mortelle.

Je porte l'épouvante et la mort en tous lieux : Tout se change en rocher à mon aspect horrible. Les traits que Jupiter lance du haut des cieux

N'ont rien de si terrible

Qu'un regard de mes yeux.

Les plus grands dieux du ciel, de la terre et de l'onde, Du soin de se venger se reposent sur moi. Si je perds la douceur d'être l'amour du monde, J'ai le plaisir nouveau d'en devenir l'effroi (2).

Écoutez encore, Messieurs, comme exemple de

CO Proserpine, acte 1, scène I. (2) Persée, acte III, scène 1.

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précision, ces vers de l'opéra iVÀlcesle, chantés par les suivants de Pluton :

Tout mortel doit ici paraitre;

On ne peut naître

Que pour mourir.

De cent maux le tré|)as délivre :

Oui cherche à vivre

Cherche à souffrir.

Venez tous sur nos sombres bords !

Le repos qu'on désire

Ne tient son empire Que dans le séjour des morts.

Chacun vient ici-bas prendre place;

Sans cesse on y passe ;

Jamais on n'en sort.

C'est pour tous une loi nécessaire.

L'efforl qu'on peut faire

N'est qu'un vain effort.

Est-on sage

De fuir ce passage ?

C'est un orage

Qui mène au port (!).

Quoique la pensée de fournir les éléments d'iui spectacle fût le but principal de Quinault, tout chez lui ne se rapporte pas uniquement à ce point de vue. Il déborde son cadre ; il a des mouvements, des situations, qui prouvent que le talent du drame ne lui était point étranger. Plusieurs fois il a su développer la passion; dans Ârmide, par exemple, il l'a fait avec énergie et vérité ; aussi l'on peut dire qu'Jrmide est une tragédie en raccourci, et que, dans ce raccourci même, l'auteur a très bien indiqué la suite des mouvements du cœur, la série naturelle

(i) Alcestc, acte IV, scène II!.

des moments de la passion. Dès que la peinture fidèle de la passion se rencontre dans une œuvre d'art, il y a, nous l'avons remarqué, un élément sérieux; ce n'est plus la volupté pure; c'est, en un sens, une sorte d'enseignement. De plus, Armide et peut-être Alceste sont les seuls opéras de Quinault dont le dénoûment soit moral.

Le talent propre du style dramatique n'a pas, non plus, été refusé à Quinault; il en fait voir plusieurs exemples, entre autres l'entretien cl'Atys avec la nymphe Sangaride (1). Tous les mérites d'un dialogue dramatique se trouvent là : vérité, simplicité, pathétique, progression dans la situation. Ce dialogue est tout au long dans La Harpe, qui en fait ressortir les beautés, et qui, d'ailleurs, sauf ce que nous avons réservé quant à la morale, a dit sur Quinault, dans son Cours de littérature, ce qu'il y avait de plus juste et de mieux à dire (2).

Quelques autres opéras furent composés à cette époque. Corneille même s'en mêla. Mais nous avons déjà parlé de Psyché, la seule des œuvres de Corneille en ce genre, qui, pour la part qu'il y prit, mérite une mention.

J'aurais voulu pouvoir vous dire quelques mots de plus des Plaideurs, pièce où la perfection de la versification n'a été égalée par aucun auteur comique, et où Racine lui-même s'est presque surpassé.

(i) Dans l'opéra âWHjs.

(2) La II.vr.PK. Cours de littérature, IP partie, liv. I. chap. VUI. Quinault.

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Mais le temps nous presse, il faut nous tenir quittes envers la poésie dramatique. Nous avons vu que les comiques contemporains de Molière sont de peu de valeur ; plus tard se rencontrent des noms dignes de remarque ; mais ils n'appartiennent pas à la période que nous traitons.

Le midi du siècle de Louis XIV ne compte plus que deux poètes : La Fontaine et Boileau ; nous allons nous occuper d'eux.

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