RIM0ALD
Ah! c'en est trop, madame; Ne vous abaissez point à des remerciments . Cest moi qui vous dois tout; et si mes sentiments...
BODELTNDE.
Souffre les miens, de grâce, et permets que je mette Cet effort merveilleux en sa gloire parfaite, Et que ma propre main tâclie d'en arraclier Tout ce mélange impur dont tu le veux tacher. Car enfin cet effort est de telle nature^ Que la source en doit être à nos yeux toute pure : La vertu doit régner dans un si grand projet, En être seule cause, et l^honneur seul oltjet ; Et depuis qu'on le souille ou d'espoir de salaire, Ou de chagrin d'amour, ou de souci de plaire. Il part indignement d'un courage abattu Où la passion règne, et non pas la vertu. Comte, penses-y bien, et, pour m*avoir aimée, N'imprime point de tache à tant de renommée ; Ne crois que ta vertu, laisse-la seule agir, De peur qu'un tel effort ne te donne à rougir. On publierait de toi que les yeux d'une femme, Plus que ta propre gloire, auraient touché ton âme ; On dirait quim héros si grand, si renommé. Ne serait qu'un tyran, s'il n'avait point aimé (4).
Voici mamlenant Andromaqiie :
Seigneur, que faites-vous? et que dira la Grèce? Faut-il qu'un si grand cœur montre tant de faiblesse? Voulez- vous qu'un dessein si beau, si généreux, Passe pour le transport d'un esprit amoureux?... Non, non : d'un ennemi respecter la misère, Sauver des malheureux, rendre un tils à sa mère, De cent peuples pour lui combattre la rigueur, Sans me faire payer son salut de mon cœur. Malgré moi, s'il le fâut, lui donner un asile. Seigneur, voilà des soins dignes du fils d'ÂchilIe (2).
On voit ici ce que peuvent le charme et la propriété
i) Acte II, scène V. (!i) Racine. Andromaque, acte I, scène IV
de Texpression, lorsqu'il s'agit d'idées et de situations analogues. Et quel contraste entre la fureur de Rodelinde et ce rôle d'Andromaque, type çiçhevé de pathétique, de fidélité, de naturel et de grâce ! On ne remarque pas tout ce que Racipe a tiré d'ailleurs et enchâssé a^ec tant de bonheur dans le tissu de ses ouvrage?;, à l'aide de la merveilleuse souplesse de son talent et de l'exquise propriété de son langage»
Plus on avance dans l'examen des pièces de Corneille et surtout de celles d'un ordre inférieur, plus on est frappé de 1^ place disproportionné^ qu'il y accorde à Tamour. Et quel amour ! Ce n'est guère celui duquel Boileau a dit :
De cette passion la sensible peinture
Est pour aller au eœur la route la plus sûre (4).
Op aurait parfois, pas toujours pourtant, ^vie de dire à ce bon Corneille :
Mais, croyez-moi, l^amour est une autre science (2),
De plus, ches: lui, ce sout les hommes qui aiment, les femmes n^aiment pas. Il a donné de continuels exemples de cette interversion des râles. Hormis le Cid, Nicomède est presque le seul de ses héros dont l'amour ne soit pas affadissant.
L'intérêt manque partout, malgré la complication énorme et souvent gratuite de Tîntrigue. Les passions réelles ou prétendues, jetées au travers les unes des autres, sont en général un défaut de cette série
(0 J^'^rt poétique, chant III. (7) Racinb. Britanmcusg acte III, scène 1.
PfEHUte CORNïlILLE. 16S
de dfâiflès. Il ést rômarqtia))lem6&t sétislible dans &Sdipe et dâtts Titè et Bérénice.
Les pensées, très souvent hautes et fortes, sont plus fréquemment encore froides et subtiles \ les dé<» taild deviennent quelquefois puérils, et Corneille tombe dans lé comique Sans s'en douter. Thésée, dans OEdipe^ sé persuade que Jocaste est sa mère, el vient apprendre à cette princesse, que son fils, cfu toort, est enfin retrouvé, Jocaste lui répond :
Vous le connaissez doncP
xHBSEE*
A régal de moi-même .
lOCASTI.
fil <J[uSind P
De ce moment.
lÔCAStli.
St VOUS ràtmeîï