‹ Poètes du siècle de Louis XIVChapitre 50 sur 93 · MARIANE · texte numérisé non relu

MARIANE

Hél Dorine, de grâce...

DOBINE.

Il faut, pour vous punir^ que cette affaire passe.

MARIANB.

Ma pauvre fille!

DORINB.

Non.

MARIANB.

Si mes vœux déclarés...

DORINE

Point. Tartufe est votre liomme, et vous en tâterez.

VARIÀNE.

Tu sais qu'à toi toujours je me suis confiée : Fais-moi.:.

DORINE

Non, VOUS serez, ma foi, tartufiée(4)*

La scène si « connue du sonnet d'Uranie, dans les Femmes savantes (2), n'est pas conduite avec moins d'entrain.

Et quelle incomparable vigueur dans la peinture et le conflit des caractères et des contrastes ! Chaque pièce nous fournit le type d'un personnage qu'on n'oublie plus : Harpagon, Amolphe, Chrysale, Tartufe, Alceste, les Jourdain. Puis, la hardiesse des conceptions dramatiques, la force des situations : Arnolphe instruit à chaque nouvelle péripétie des tentatives d'Horace, et recevant enfin Agnès de sa main;

(1) Acte U, tcène UL (3) Acte IH, scène U.

Orgon caché sous la table pendant la scène entre Tartufe et Elmire; Harpagon et son fils Géante se reconnaissant mutuellement dans la scène du prêt à usure.

Ajoutons, de plus, le nombre et la variété des sujets traités. Caractères ou mœurs, tout l'homme, tout le siècle s'y retrouvent. Molière moissonne en plein champ; il s'empare des plus riches, des plus beaux sujets, et les interdit en quelque sorte à ses successeurs; après lui, on ne fera guère que glaner. Vanité des distinctions , fausse dévotion , amour de l'argent et amour de la vie, prétention du bel esprit, amour-propre d'auteur, abus de Tautorité en matière de science, de médecine spécialement, préjugés surannés en éducation, ridicules et corruption de la cour, de la ville, de la province, rigorisme enfin d'une vertu chagrine, qu'a-t-il manqué de tout cela à son labeur ? Et, en passant, quelle multitude d'autres choses !

Nous n'avons rien dit encore du style et de la langue de Molière, en un mot de la forme, chez lui non moins inimitable que le fond. En général, ce n'est pas précisément l'éloquence qu'on réclame d'un poëte comique, quoique le goût et le besoin de l'éloquence soient surtout le propre du génie français. Mais Molière est éloquent au plus haut degré, soit qu'on appelle éloquence la vivacité du discours, soit qu'on entende par là la vérité passionnée du sentiment. Nul poëte ne Ta surpassé sous ce rapport, et Racine lui-même n'est pas plus excellent. En fait d'éloquence sérieuse, les personnages raisonnables

36J^ HOLIKRB.

des pièces de Molière nous présentent d'admirables modèles, et à ce propos. Messieurs, je dois tous indiquer ce que j'entends par ce mot de sérieux. C'est à l'infini que se rattache tout sérieux véritable; ce sont les idées infinies situées hors de nous et planant sur la vie humaine qui le caractérisent. Les Gléante, les Ariste de Molière représentent les lois générales de la raison gourmandant les travers de Thomme et de la société; leur éloquence est sérieuse dans le sens vrai du mot. Mais il est une autre sorte de sérieux, moins réel sans doute, et pourtant vrai par rapport à l'individu : c'est le sérieux de la passion dont il est transporté. Si rien n'est sérieux que ce qui est infini, nos passions en elles-mêmes ont un élément sérieux ; elles i^ont, au fond, des désirs, et le désir en Thomme est chose infinie. Et qui, plus que Molière, a exprimé la passion dans sa vie et sa vérité ? Le Misanthrope^ par exemple, n'a pas seulement des fragments de cette éloquence, il en est tout rempli ; le rôle d' Alceste est éloquent d'un bout à l'autre. Relisez, en particulier, toute la belle scène III de l'acte IV, entre lui et Célimène.

Molière, outre l'éloquence, a parfois la grâce. Quelques scènes d'amour sont écrites avec une sensibilité aimable et une grâce charmante. Nous avons déjà vu un morceau du Dépit amoureux ; il faut encore remarquer en ce genre quelques passages du Sicilien ; il ne faut surtout pas oublier la scène IV de l'acte II, dans le Tartufe^ où Valère et Mariane se querellent et sont raccommodés par Dorine.

KouiRK. 385

Quant au style proprement dit, Molière a été traité avec quelque sévérité par de bons juges, entre autres par Fénelon, dans sa Lettre à V Académie française. Il commence par le louer : « Il faut avouer que Mo- « lière est un grand poëte comique. Je ne crains pas a de dire qu'il a enfoncé plus avant que Térence a dans certains caractères; il a embrassé une plus « grande variété de sujets ; il a peint par des traits « forts presque tout ce que nous voyons de déréglé « et de ridicule. » Puis il continue ainsi : « En pen- « sant bien, il parle souvent mal; il se sert des a phrases les plus forcées et les moins naturelles, a Térence dit en quatre mots, avec la plus élégante « simplicité, ce que celui-ci ne dit qu'avec une mul- « tittide de métaphores qui approchent du galimaa tias. J'aime bien mieux sa prose que ses vers. Par a exemple, Y Avare est moins mal écrit que les pièces Œ qui sont en vers. Il est vrai que la versification (( française Ta gêné ; il est vrai même qu'il a mieux a réussi pour les vers dans Y Amphitryon^ on il a pris a la liberté de faire des vers irréguliers. Mais en gé- « néral, il me parait, jusque dans sa prose, ne parce 1er point assez simplement pour exprimer toutes « les passions (J). »

Nous en convenons, quant à la limpidité du style, Térence l'emporte sur Molière; il est, d'ailleurs, toujours sobre d'expression; Fénelon est juste en cela. Mais, en somme, ne serait-on pas tenté d'em-

CO Lettre à M. Dacier, secrétaire perpétuel de VJcadémie française. VU. Projet d*un traiié sur la comédie,

386 mtuàsm.

pninter le langage d'Amnoé ^mr dire à i'ilhistre archevêque, si dtgoe d'être loué pour le eliarme et la délioate&se de son style :

Ce qoe de moins que vous on en pourrait avoir

If est pas un si grand cas pour s'en tant pfévaloir (4).

Sans doute les pièces de Molière renferment, outre plusieurs locutions vieillies, des phrases alambiquées, quelques tournures pénibles, surtout dans le langage de la galanterie. Cependant, on peut dire qu'en général sa prose est bonne; seulement, dans les tirades un peu longues, elle ressemble un peu à la prose d'un hvre; c'est de la prose écrite platôt que parlée. Mais les vers de Molière valent mieux que sa prose, et sous ce rapport encore, nous reprocherons à Fénelon d'avoir trop généralisé un jugement qu'il aurait dû préciser et restreindre. Racine a écrit les Plaideurs avec une correction que Molière n'a pas atteinte ; mais la hâte avec laquelle ce dernier était souvent obligé de travailler explique pourquoi il a parfois négligé une pureté dont ailleurs il a donné des preuves. Son extrême facilité le servait bien dans les occasions oii il fallait satisfaire, à heure fixe, ou les intérêts d'une troupe que les nouveautés faisaient vivre, ou les désirs d'un monarque pour l'amusement duquel l'impossible était sans cesse tenté; mais cette facilité de travail n'est pas toujours le gage de la facilité du style. Ainsi Ton convient généralement de la faiblesse comparative de

(0 Le Misanthrope, acte UI, scène Y.

MOUBftE. 387

la versiâcalîoii dans les deux derniers actes du 7arlufey tandis qu'on s'ao^orde à reconnaître que les trois premiers sont un chef-d'œuvre de style, où tout se trouve réuni, l'abondance, le nerf, la facilité. Il est étrange que Fénelon ne les ait pas exceptés de sou blâme, ccnnme il Ta fait pour Y Amphitryon, Cette dernière pièce est, en effet, une merveille sous le rapport de la versification ; la diction y prend même, dans quelques scènes , un tour gracieux et délicat. D'autres se distinguent par une souplesse, une vivacité, une verve, que rien ne surpasse :

SOSIE

Je vous dis que, croyant n'être qu'un seul Sosie,

Je me suis trouvé deux chez nous; Et que de ces deux moi, piqués de jalousie, L'un est à la maison, et l'autre est avec vous; Que le moi que voici, chargé de lassitude, A trouvé l'autre moi frais, gaillard et dispos,

Et n'ayant d'autre inquiétude . Que de battre et casser des os.

AMPHITRYON

Il faut être, je le confesse. D'un esprit bien posé, bien tranquille, bien doux, Pour souffrir qu'un valet de chansons me repaisse!

SOSIE

Si vous vous mettez en courroux.

Plus de conférence entre nous.....

AMPHITRYON

Le moyen d'en rien croire, à moins qu'être iBsensé?

SOSIE

Je ne Tai pas cru, moi, sans une peine extrême. Je me suis d'être deux senti l'esprit blessé,

£t longtemps d'imposteur j'ai traité ce moi-même. Mais à me reconnaître enfin il m'a forcé; J'ai vu que c'était moi, sans aucun stratagème; Des pieds jusqu'à la tête il est comme moi fait, Beau» l*air noble, bien pris, les manières charmantes;

Enfin, deux gouttes de lait Ne sont pas plus ressemblantes ; £t, n'était que ses mains sont un peu trop pesantes,

J'en serais fort satisfait.

AMPHITRYON

Achevons.

As-tu

vu ma femme ?

SOSIE

Non

AMPHITRYON

Pourquoi?

SOSIE

Par une raison assez forte.

AMPHITRYON

Qui t'a fait y manquer, maraud? Explique-toi.

SOSIE

Faut-il le répéter vingt fois de même sorte? Moi, vous dis-je ; ce moi plus robuste que moi; Ce moi qui s'est de force emparé de la porte ;

Ce moi qui m*a fait filer doux;

Ce moi qui le seul moi veut être;

Ce moi de moi-même jaloux ;

Ce moi vaillant, dont le courroux

Au moi poltron s'est fait connaître ;

Enfin ce moi qui suis chez nous;

Ce moi qui s'est montré mon maître ;

Ce moi qui m'a roué de coups (1).

Amphitryon est de 1668; le Misanthrope y de 1666. Mais déjà en 1664, Boileau, le grand connaisseur,

(0 Actt II, scène I.

adressait à Molière la satire II, sur l'accord de la rime et âe la raison :

Rare et fameux esprit, dont la fertile veine

Ignore en écrivant le travail et la peine;

Pour qui tient Apollon tous ses trésors ouverts,

Et qui sais à quel coin se marquent les bons vers ;

Dans les combats d'esprit savant maître d'escrime,

Enseigne-moi, Molière, où tu trouves la rime.

On dirait, quand tu veux, qu'elle te vient chercher :

Jamais au bout du vers on ne te voit broncher;

Et, sans qu'un long détour farréte ou t*embarrasse,

A peine as-tu parlé, qu'elle-même s'y place.

A part les deux premières pièces de son théâtre, VÉtourdi et le Dipit amoureux^ Molière n'avait encore donné en vers que YÉcole des wam, les Fâcheux et YÉcole des femmes. Mais, sous le rapport de l'aisance, de l'admirable facilité de la versification, V Ecole des femmes est sans reproche. Voyez, par exemple, la scène VI de l'acte II :

ARNOLPHF.

La promenade est belle.

AGKÂS.

Fort belle.

ARNOLPHE

Le beau jour!

AGNÈS

Fort beau.

ARNOLPHE

Quelle nouvelle?

AGNÈS

Le petit chat est mort.

390 moeiàrb;

arnolphe.

Cest dommage; viais qaoi!

Nous sommes tous mortels, et chacun est pour soi. Lorsque j'étais aux ebamps, n*a-t-il poitt faii de pluie?

AGNÈS

Non.

ARNOLPHE

Vous ennuyait-il?

A6NÈS«

Jamais je ne m'ennuie.

ARNOifHB«

Qu*avez-vous fait encor ces neuf ou dix jours-ci ?

AGNÈS

Sîx chemises, je pense, et six coiffes aussi.

AnNOLPHE, après avoir un peu rêvé.

Le monde, chôre Agnès, est une étrange chose I Voyez la médisance, et comme chacun cause! Quelques voisins m'ont dit qu'un jeune homme inconnu Était, en mon absence, à la maison venu; Que vous aviez souffert sa vue et ses harangues. Mais je n'ai point pris foi sur ces méchantes langues, Et j'ai voulu gager que c'était faussement...

AGiNÈS.

Mon Dieu ! ne gagez pas, vous perdriez vraiment.

ARNOLPHE

Quoi! c'est la vérité qu'un bomme...

AGNÈS

Chose sûre.

Il n'a presque bougé de chez nous, je vous jure.

ARNOLPHE, bas, à part.

Cet aveu qu'elle fait avec sincérité

Me marque pour le namvs son ingénuité.

(Haut,) Mais il me semble, Agnès, si ma mémoire est bonne. Que j'avais défendu que vous vissiez personne.

HOUBIIX* 3Bi

AGNKS.

Oui; mais quand je l'ai vu^ vous ignoriez pourquoi, Et vous en auriez fait sans doute autant que moi.

ARNOLPHE

Peut-être. Mais enfin contez-moi cette histoire.

AGNÈS

Elle est fort étonnante, et difficile à croire.

J'étais sur le balcon à travailler an frais,

Lorsque je vis passer sous les arbres d'auprès

Un jeune homme bien fait, qui, rencontrant ma vue,

D'une humble révérence aussitôt me salue :

Moi, pour ne point manquer à la cirilUé,

Je lis la révéreuce asssi de moD c6tè.

Soudain il me refait une autre révérence;

Moi, jVn refais de même une antre en diligence;

El loi d*utte tvoisièaie aussitôt repartant.

D'une troiâième aussi j'y repars à l'instant.

II passe, vient, repasse, et, toujours de plus belle,

Me fait à chaque fois révérence nouvelle:

£t moi, qui lous ces tours fixemeat regardais,,

Nouvelle révérence aussi je lui rendais :

Tant que, si sur ce point la nuit ne fût venue,

ToQjôurs comme cela je me serais tenue.

Ne voulanl point céder, ni recevoir l'ennui

Qu'il me pût estimer moins civile que lui (4).

Nous 9»\oBs dit un mot de la luoralité de la comédie eu général : quant à celle du théâtre de Molière^ c'est un sujet qui mérite quelque développement. Nous retrouvons ici Féuelon :

« Un autre défaut de Molière^ que beaucoup de « gens d'esprit lui pardonnent^ et que je n'ai garde « de lui pardonner, c'est qu'il a donné un tour a gracieux au vice, avec une austérité ridicule et <( odieuse à la vertu. Je comprends que ses dé-

(i) Acte n, icàM VI.

392 UOUÈRB.

<c fenseurs ne manqueront pas de dire qu'il a traité « avec honneur la vraie probité, qu'il n'a attaqué a qu'une vertu chagrine et qu'une hypocrisie dé- « testable : mais, sans entrer dans cette longue dis- « cussion, je soutiens que Platon et les autres légis- « lateurs de l'antiquité païenne n'auraient jamais ce admis dans leurs républiques un tel jeu sur les a mœurs (1). »

Ce jugement est sévère ; mais sous quelques rapports on peut y souscrire. Nous y reviendrons plus tard en ce qui concerne le Misanthrope et le Tartufe, Mais en attendant, et en général, il faut convenir que Molière est rempli de crudités, disons mieux, d'indécences et de grossièretés. L'instinct qui le ramenait vers le moyen âge l'a conduit trop loin; il n'y a pas seulement puisé l'ingénuité, mais la licence; l'esprit de Molière est, comme je l'ai dit, l'esprit des vieux fabliaux. Sans doute, au point de vue purement comique, la tradition était aussi excellente que fidèle : Maître Pierre Pathelin est écrit avec une autre langue que George Dandin, et il signale d'autres travers ; mais il est animé du même esprit. En France, le rire est toujours semblable à soi-même; le plaisir pris aux plaisanteries narquoises, aux allusions peu chastes, c'est la veine gauloise, coulant à travers toutes les transformations de la nation, et que nous retrouvons presque partout. Montesquieu lui a donné un gage dans les Lettres persanes ; de nos jours, Déranger est encore un auteur de cette vieille famille,

(0 Lettre à M. Dacier. VU. Projet d'un traité sur la comédie.

HOLIÈRE. 393

et il n'est ni plus châtié ni plus hdnnête que Molière. Mais il est à remarquer que dans le style de la comédie, du moins, ce courant de ridicule grossier s'était presque perdu avant Molière. Le sérieux noble date du dix-septième siècle, et dès le commencement de cette époque, après l'immoralité ouverte de Jodelle, nous trouvons la comédie épurée, insipide peut-être, mais honnête. Ce fut Molière qui renoua le fil interrompu. Son temps blâma en lui les grossièretés de la forme : la Critique de C Ecole des femmes en rend témoignage; mais ce blâme n'atteignait pas le fond des choses, là même où elles l'eussent mérité ; et George Dandin^ sifflé il y a quelques années par un parterre scandalisé, n'excitait alors rien de pareil (1).

Comme Rabelais, comme Montaigne, comme La Fontaine, comme quelques modernes, Molière a exprimé, dans l'ensemble, une certaine morale moyenne, commune, réduite, admise par le gros de la société française ; morale qui n'est ni celle de l'Évangile, ni celle des païens, morale qu'on peut appeler celle de l'homme naturel bien né, morale que, dans sa vie^ Molière réalise bien mieux que La Fontaine dans la sienne. Cette morale honore la probité, l'équité, la bienveillance; mais elle se maintient dans une modération de bon goût; elle fait bon marché de l'héroïque, du tragique, du sublime, en un mot de Tinflexibilité du devoir. Elle a, d'ailleurs, un article réservé. Elle laisse en dehors de son système cer-

(0 11 ne faut pas oublier que ceci a été écrit en 1845. {Éditeun,)

taixis devoirs cfne TÉvaB^ile classe parmi les premiers : les devoirs qui règle&l les rapports des sexes^ Telle qu'elle est, cette morale géaéralement pratiqnéOj ne peut étr^. professée expressém^at; mais ua fabuliste, un auteur dramatique surtout, peiiventla mettre^ ea^ scène, et à cet ^ard, le tableau de la moralité courante au dix-septième siècle ajoute ua intérêt de plus au théâtre de Molière. Quelques beautés morales s'y trouvent sans doute, quoique, sous ce rapport, la raison y tienne plus de place que la vertu. Du reste, vous vous en souvenez, Messieurs, c'est ainsi que, pour sa part, Molière procédait à r œuvre sociale. On échappait aux époques de barbar rie, on voulait inaugurer une société iK>uvelle et polie; à la place de la liberté politique, on demandait en France la liberté des mœurs. C'est ainsi que commence une civilisation.

En Auglelerre, l'œuvre dvitisatriee comnoBuçait aussi ; mais il y avait combat entre deux tendances : rimpulsion sérieuse, chrétienne, puritaine encore,, hitlait contre la corruption poiie, introduite à la suite de Charles II; et le besmn des libertés, politiqiaes résistait de plus, en plus aux empiétemenls du despo* tisme.

Somme toute, Molière a nui sans doute à la recti*^ tude des idées morales, mais pas plus que bien d'autres : Boileau estimait Quinault plus dangereux; ea Angleterre, Wichertey ^ Congrève sont d'une immoralité')»en plus choquante; et de nos jomSf ea France, Alexandre Dumas, par exemple, a. dépassé

HOLIBRB. 395

Molière de Inen loin. Molière, comme Racine, comme Corneille lui-même, se trouva vis-à-vis de son siècle, tantôt en lutte, et tantôt en accord. C'est k condition commune des grands esprits; les poètes eux-mêmes l'ont signalé. Un grand poëte suit généralement son siècle en morale, tandis qu*il le devance ou le contredit en pensée, en goût, en style. II y a erreur à envisager les génies supérieurs comme expression de leur siècle seulement. Voltaire ne fut que cela, et c'est ce qui l'empêcha d'atteindre à la véritable grandeur. La grandeur ne consiste ni à rompre en visière à son temps, ni à Texprimer uniquement, mais à le résumer dans ses meilleures tendances, à le devancer, à le combattre dans ses mauyaises pentes. Ne pourrait-on pas trouver ici une des applications de ce mot divin : « Malheur à vous quand tous les hommes « diront du bien de vous ! »

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