PHILAMINTE
Gomment donc?
GHRTSÂLE A BélisC.
C'est à vous que je parle, ma sœur. ' Le moindre solécisme en parlant vous irrite; Mais vous en faites, vous, d'étranges en conduite. Vos livres éternels ne me contentent pas; Et, hors un gros Plutarque à mettre mes rabats. Vous devriez brûler tout ce meuble inutile, Et laisser la science aux docteurs de la ville; M'ôter, pour faire bien, du grenier de céans Cette longue lunette à faire peur aux gens, Et cent brimborions dont Taspect importune; Ne point aller chercher ce qu'on fait dans la lune, Et vous mêler un peu de ce qu'on fait chez vous. Où nous voyons aller tout sens dessus dessous. Il n'est pas bien honnête, et pour beaucoup de causes, Qu'une femme étudie et sache tant de choses. Former aux bonnes mœurs l'esprit de ses enfants, Faire aller son ménage, avoir l'œil sur ses gens, Et régler la dépense avec économie, Doit être son étude et sa pliilosophie. Nos pères, sur ce point, étaient gens bien sensés Qui disaient qu'une femme en sait toujours assez Quand la capacité de son esprit se hausse A connaître un pourpoint d'avec un baut-de-chausse.
MOLI^RK. Ï65
Les leurs ne lisaient point; mais elles vivaient bien; Leurs ménages étaient tout leur docte entretien; £t leurs livres, un dé, du fii et des aiguilles, Dont elles travaillaient au trousseau de leurs filles. Les femmes d'à présent sont, bien loin de ces moeurs : Elles veulent écrire, et devenir auteurs. Nulle science n'est pour elles trop profonde, Et céans beaucoup plus qu'en aucun lieu du monde : Les secrets les plus hauts s'y laissent concevoir, Et Ton sait tout chez moi, hors ce qu'il faut savoir. On y sait comme vont lune, étoile polaire, Vénus, Saturne et Mai*s, dont je n'ai point affaire; Et, dans ce vain savoir, qu'on va chercher si loin. On ne sait comment va mon pot, dont j'ai besoin. Mes gens à la science aspirent pour vous plaire, Et tous ne font rien moins que ce qu'ils ont à faire. Raisonner est l'emploi de toute ma maison. Et le raisonnement en bannit la raison. L'un me brûle mon rôt, en lisant quelque histoire ; L'autre rêve à des vers, quand je demande à boire : Enfin, je vois par eux votre exemple suivi, Et j'ai des serviteurs, et ne suis point servi. Une pauvre servante au moins m'était restée. Qui de ce mauvais air n'était point infectée; Et voilà qu'on la chasse avec un grand fracas, A cause qu'elle manque à parler Yaugelas. Je vous le dis, ma sœur, tout ce train-là me blesse ; Car c'est, comme j'ai dit, à vous que je m'adresse (1).