‹ Poètes et artistes de l'ItalieChapitre 12 sur 15 · SAINT-PIERRB-IN-MONTOBIO · texte numérisé non relu

SAINT-PIERRB-IN-MONTOBIO

ville sans rumeurs), sauf ces bruits qui appartiennent aux localités rustiques, quelquefois un bourdonnement de cloches, et, chose curieuse, de temps à autre, le clairon perçant du coq ; au moins voilà tout ce que nous avons entendu pendant la demi-heure que nous avons passée sur le Janicule à regarder ce panorama. Cette vue de Rome est à peu de chose près celle que l'on a, non loin de là, de la terrasse de Saint-Onuphre ou de la fenêtre du Vatican qui s'ouvre en face de la bibliothèque; seulement ici, à Saint-Pierre-in-Montorio, le caractère rustique est plus fortement marqué : nous sommes loin du spectacle royal qui se découvre du haut du sauvage Âventin. et du magnifique décor qui se déroule devant l'élégant Pincio.

Dans la cour du cloître de Saint-Pierre-in-Montorio, un petit temple rond s'élève à la place présumée du martyre du princewdes apôtres. Il fut dessiné par Bramante. A SaintrPierre, au Vatican, au palais Giraud de Ja place de Scossa-Gavalli, Bramante a montré avec quelle rare harmonie il sait unir la grandeur et la pureté ; dans ce ravissant bijou, il a montré Talliance de la pureté et de la grâce. Comme le cercle qui marque la naissance de la petite coupole est à la fois élégant et fin, et comme la lumière rit de se voir emprisonnée dans cette geôle au dessin si correct! Comme Fédifice entier pose sur sa base de pierre avec légèreté! Mais cela est païen, bien païen cette fois, et n'est en rapport ni de près ni de loin avec aucun des sentiments du christianisme. A Texte-

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riear, on dirait un pavillon de repos fait pour réparer les lassitudes heureuses, ou pour faciliter les rêveries où l'âme aime à se faire des promesses de joie ; à Tintérieur, c'est un temple pour le fils de Vénus, ou, si Ton tient absolument à l'associer au culte chrétien^ c'est une adorable volière pour la colombe du Saint-Esprit. Il me semble le voir, le divin oiseau captif, tournant autour du cercle de la coupole, élégante, mais trop étroite représentation de l'éternité, cherchant à s'échapper et volant dans son impatience du haut au bas de cette cage où vont peut-être venir le saisir les nymphes faciles qui dans le sacellum souterrain , grotte lumineuse , antre riant, pleurent sans doute la mort de quelque pâtre aimé des dieux. Il n'est pas possible en effet que cette chapelle souterraine soit consacrée au souvenir de Simon Pierre, pêcheur de Galilée, type éternel du plébéien, au dévouement sans bornes, à la foi profonde, et du tragique martyre qu'il subit en ce lieu : non, le souvenir sacré qui vit dans ce coquet caveau, c'est bien plutôt celui de quelque Hylas aimé des nymphes qui trouva la mort par imprudence d'amour, ou celui de quelque Daphnis poète,

... Usque ad aidera notas Pormosi pecoris custos, formosior ipse.

Mais que nous importe après tout ? Si cet édifice n'est pas chrétien, il est bien italien, et il nous parle de l'Italie ancienne et moderne avec un charme

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auquel on ne cherche pas à se soustraire. J'oublie les grands souvenirs de l'Eglise naissante, et je pense aux églogues de Mantoue ; puis, franchissant les siècles, mon imagination s'arrête aux pastorales italiennes du Tasse et de Guarini. N'ai-je pas là sous les yeux un de ces temples où leurs bergers vont consulter roracie, faire leurs vœux, suspendre leurs guirlandes, joindre leurs mains par le mariage, par exemple ce temple du Pastor fido où le prêtre Montano fait ses sacriBces à Diane et consulte les voix divines qui parlent d'amour et d'hyménée ?

Ici le prêtre Montano m'est représenté par les deux moines qui me montrent l'église : l'un, petit vieux à barbe blanche, traînant péniblement les pieds; l'autre, jeune homme maigre, hâve, aux yeux brillants de fièvre, dont toute la personne semble indiquer l'abandon de soi et une sorte de muet désespoir. Avec mes deux moines, mes riantes pensées de tout à l'heure s'envolent bien vite, et des rêveries graves de plus d'une façon viennent m'assailiir. Tous deux portent le même habit, mais ils n'appartiennent pas à la même Italie; ils sont plus que séparés par l'âge, je jurerais que leurs âmes n'ont rien de commun. Le bon vieillard m'apparait comme une représentation de l'ancienne Italie avec sa léthargie qui faisait couler si facilement le temps, sa bonhomie qui prenait la vie pour ce qu'elle valait, sa placidité, sa politesse. Gratiœ danttj me dit-il spirituellement avec une intonation où l'humilité d'un vieux franciscain s'allie à la finesse ironique d'un vieil Italien, lorsque

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je lui mets dans la main une pièce de menue monnaie; mais le jeune, avec sa navrante figure, m'aFair d'avoir été mal dompté par le cloître : je Fentends qui pousse de petits rugissemens fauves pendant que je contemple la fresque de Sébastien del Piombo. Pauvre enfant! il me fait mal à regarder; sa vue fait lever dans ma mémoire, je ne sais trop pourquoi, le souvenir d'un vers terrible de Leopardi, et, pendant qu*il mugit sourdement, moi, je marmotte à mivoix :

A palpitar si movc

Questo iiiio cor di sasso....

L'accompagnement est en parfait accord avec la musique qui lui a échappé^ et par le fait il me semble voir dans cet enfant la traduction en prose plébéienne d'une ode violente d'Alôeri, de Foscolo ou de Leopardi, tandis qu'avec le vieux moine je remontais facilement à l'Italie heureuse de Métastase.

A l'entrée de Saint-Pierre-in-Montorio se trouve la principale richesse de l'église *, une fresque représentant la Flagellation peinte dans la première chapelle de droite par Sébastien del Piombo. Cette

i. Saint-Pierre-in-Montorio a perdu sou grand ornement, la Transfiguration de Raphaël que Ton y voyait autrefois. Le chuf-d'œuvre a été remplacé par une bonne copie du Martyre de saint Pierre du Guide, peinture qni est en rapport plus exact, il faut bien Tavouer, avec Torigine et le caractère de cette éf^lise. Ou y voit encore pourtant plusieurs choses remarquables outre la fresque de Sébastien del Piombo, quel-

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