‹ Poètes et mélodes [microform]Chapitre 12 sur 73 · IL — LES RYTHMES LYRIQUES · texte numérisé non relu

IL — LES RYTHMES LYRIQUES

En appliquant ces principes aux compositions lyriques des Grecs , on remarque immédiatement çntre les diverses écoles de notables diiTérences. Les rythmes éoliens sont moins amples et moins majestueux, mais leur harmonie n'en est que plus sensible. La strophe alcaïque commence par deux hendécasyllabes à base iambique, puis lorsque la période incline vers sa chute, le rythme se renverse, les temps forts prennent le pas sur les temps faibles et le troisième vers , devenant catalectique , prépare les dactyles et le ditrochée final. Au contraire, dans la strophe attribuée à Sapho , le trochée est à la base des trois hendécasyllabes. le temps fort reste dominant jusqu'au bout, et toute la variété réside

dans l'emploi intermittent du dactyle. D'une part, nous comptons 41 syllabes, de l'autre seulement 38. Les odes doriennes ont une forme beaucoup plus complexe. Nous ne voyons plus, dans les parties d'une même strophe, cette correspondance étroite des rythmes. Sans doute, des membres de même longueur et de même composition métrique peuvent se succéder avec une régularité apparente, comme dans l'épode de la troisii>nie pi/thique :

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Mais cette succession de membres homogènes, extrêmement rare dans Piudare, doit être considérée comme fortuite et comme étrangère aux lois essentielles du lyrisme dorien. On serait même tenté de croire que chaque strophe, dans son isolement, no diffère de la prose que par les formes dialectiques, par la magnificence des images, par la solennité des expressions , et par une certaine majesté de période presque indélinissable. Du reste ces strophes lyriques n'ont pas de limites déterminées. Elles peuvent se restreindre au cadre étroit des strophes éolienues, ou s'étendre jusqu'à des dimensions triples et quadruples (1). Leur liberté vient de ce qu'elles nout point d'antécédent et ne feront point tradition. Le poète n'adopte pas les mesures de ses devanciers, il ne reprend jamais les siennes propres.

(I) La i.lus courte des strophes de Pindare est Tépode de la 5« Oli,mpique qm compte 43 syllabes. Cne des plus Icgues est la stropUe de la l» Olympique qui en a 134,

A chaque inspiration nouvelle, il crée du même coup tout le fond et toute la forme, et le rythme, comme le style, semble un (■cho spontané de cet hymne intérieur que le génie se chante à lui-môme. Mais si, après avoir considéré la strophe isolée, nous examinons l'ensemble d'une ode, nous voyons, dès la première antistrophe, que le poète, absolument libre au début, porte maintenant sa chaîne. Sans doute il la porte comme un trophée, il en fait resplendir tous les anneaux, comme autant de perles précieuses : car dans le lyrisme doricn les f>rands poètes seuls ont survécu, mais la chaîne n'en existe pas moins, rigoureuse, inilexiblc, insupportable aux talents médiocres. Il faudra en effet dans l'antistrophe retrouver syllabe par syllabe tous les éléments métriques de lu strophe précédente, et si l'épode introduite par Stésichore interrompt un instant cette trame compliquée, la seconde strophe et la seconde antistrophe reprendront le joug, la seconde épode se réglera minutieusement sur la première, et ainsi de suite jusqu'à la fui de l'ode, la longue correspondra à la longue, la brève à la brève avec une régularité absolue. Qu'on se figure un voyageur, libre d'aller aussi loin qu'il voudra et du côté de l'horizon qui lui convient, à la condition stricto de reprendre au retour les traces de ses pas avec une précision presque mathématique. Supposons-le, astreint, s'il lui plaît, de parcourir vingt fois la même carrière, à marcher ainsi quarante fois dans les mêmes vestiges, et nous aurons l'image à peu près exacte de la loi fondamentale du lyrisme dorien. D'ailleurs cette loi dérivait des nécessités de.

rexécution chorale : les chanteurs de Pindare ne restaient pas à l'état de repos devant Tautel domestique des vainqueurs, correspondant au thijmélé des théâtres. Après les premiers préludes de la lyre, le chœur chantait et dansait à la fois la strophe initiale. Cette danse qui imitait les paroles de la 3/ws^, selon l'expression de Platon (1), qui donnait un corps à la pensée invisible, ne se faisait pas sur place, mais dans une direction déterminée, puis par un changement presque insensible s^opérait le mouvement de retour, avec les mêmes cadences de rythmes, les mêmes combinaisons musicales, les mêmes figures orchestiques. Enfin rangé près de l'autel, le chœur chantait et dansait Pépodo, d^une mélodie plus calme, qui semblait préparer les corps au repos et les voix au silence. Ce qui prouve que la triade de Stésichore forme dans les odes pindariques où elle est adoptée, un tout absolument indivisible (2), c'est la fréquence des rejets de la

(1) Platon, Léo. VII, 6 : tf.; ly/r^i^^ l\ l\\r^ ^, MzJzt,: \i;^ [X'ji.cu;j.£V(ov. Nous nous inspirons ici du beau livre de M. AIfred Croisât sur la Pocsie de Pindare, livre qui nous a révélé le lyrisme dorien. U se pourrait même que des lambeaux de phrases de M. Croiset se soient égarés sous notre plume. Dans ce cas particulier, le plagiat ne pourrait-ii pas être interprété comme un éloge ?

(2) A. Croiset, la Po,'sie de Pindare : « Le groupe essentiellement rythmique et mélodique de la triade est en même temps dans Pindare une unité poétique ; par un effet très-naturel, le mouvement de la pensée s'est adapté aux cadres du rythme et de la mélodie. Les exceptions à cotte loi sont peu importantes. Elles sont d-ailleuis compensées par un fait curieux : c'est que, même dans les odes ou il n'entre que des strophes d'une seule sorte (sans épodes), ces strophes rythmiquement semblables entre elles,

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strophe à rantistrophe et de celle-ci à Tépode. Par exemple, dans la première Olympique la transition n'est marquée qu'une seule fois par un signe de ponctuation notable; partout ailleurs le sens attend son complément nécessaire de la strophe suivante, et, ce qui est caractéristique, les rejets peuvent se réduire à quatre, à trois, et même à deux syllabes (1). Ainsi la triade seule constitue un ensemble complet pour le sens et pour la mélodie (2).

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