I. — DE l'accent en général
Rien de plus varié que les inHexioiis de la voix humaine sur un polysyllabe : dans ce génitif poétique, qui désigne un des attributs d'Apollon, éxaTY;. psXÉTao, chaque syllabe a une valeur qui lui est propre. La première est brève, mais elle appartient au thème primitif, ou plutôt elle est le thème luimême; en outre elle garde le souvenir de l'accent tonique (£y.aÔ£v). La seconde est encore brève, elle fait partie, non du thème, mais du radical et dans l'état du mot, elle réclame aussi quelque part de raccent (éxiç, IxaTrJ. La troisième, presque nulle de signification logique, est longue de nature; dans le rythme elle vaut à elle seule les deux précédentes, elle est le point central d'un hexamètre :
La quatrième est brève et atone, mais elle représente l'idée principale, il faudra faire ressortir sa
haute importance étymologique ; la cinquième insignifiante en elle-même, se trouve accentuée et devient la syllabe aigiie par excellence. Enfin le dernier couple syllabique, qui n'est après tout qu'une flexion, un signe grammatical, par dérogation à une des lois générales de la prosodie, prendra la valeur d'un trochée et soutiendra le vers danssacadenco finale. Chacune de ces exigences était sacrée pour une oreille grecque. Les divers degrés d'intensité, les moindres additions temporelles, les modulations presque imperceptibles du timbre, les plus légers intervalles du ton, tout lui était sensible, et, dans la poésie lyrique en particulier, tout était compté et mesuré avec une délicatesse infinie. Cependant toutes les qualités du son, si bien ménagées qu'elles fussent pour Tharmonie, n'étaient pas des parties intégrales du rythme poétique. La seule durée proportionnelle des syllabes le constituait essentiellement etfiiisait son uniformité. Ainsi, dans une ode de Pindare, si les syllabes longues et brèves se correspondent exactement de strophe en strophe, le rythme est satisfait. Que les parties radicales des mots, les parties accessoires occupent telle ou telle place dans la période, que les modulations de la voix se fassent sentir sur le temps fort ou sur le temps faible, que l'accent tonique lui-même affecte l'antépénultième, la pénultième ou la finale, toutes ces alternatives restent libres, au moins dans la plupart des cas, sous la seule condition primordiale de l'harmonie. On peut donc dire, en thèse générale, que les rythmes primitifs sont indépendants de l'accent toniçiue. Mais^ si nous consi-
— Goderons d'autre part les progrès ultérieurs de l'accent, son influence grandissante sur les rvthmes alexandrins, ses empiétements successifs 'sur la qnantité et son triomphe final par Yhomotonie des nielodes, nous serons conduits à étudier sinon la theone et l'histoire de l'accent grec en général, au moins les raisons secrètes, mais logiques, qui lui
on procuré ce rôle de conquérant dans le domaine ue la poésie.
L'accent est une in/iexion de la voix qui se porte partcuhèrement sur une syllabe eomme pour la
sf ;iî- 'T^^'^- •''"" ^'^^^«"^ par luf-méme e t ind.Terent a telle syllabe ou à telle autre. C'est intention seu e de celui qui parle qui déterminera la syllabe prépondérante. Mais les individus ne disposent arbitrairement de leur langue que pendant une certaine période. Peu ù peu les habitudes lont loi, les nuances de la prononciation se fixent comme le vocabulaire, et l'idiome, devenu propriété nationale, selon la valeur étymologique du mot, offi-e uiie bari-ière aux cap,-iccs individuels. D'ailleurs, pour ce qui concerne l'accent, la svllabe dominante, colle qui réprésente le mieux l'idée se désigne et fait valoir ses droits, et chacun obéit naturellement à cette logique du langage. Rientùt on distingua Yaceent oratoire qui garda ses franchises, parce qu'il représente, non les idées simples qui ne changent pas, mais les modifications complexes et infiniment variables de la pensée, et Vac cent tonique qui fut soumis ù des lois précises et
(OSal. Reinacli,iVi!«i(W de Philologie, p. m.
devint un des éléments le plus stables de la granî^ maire (1).
L'accent tonique, comme l'a dit un ancien, est en quelque sorte l'âme du mot. Il localise dans une syllabe la représentation de l'idée. La svllabe accentuée sera donc éminemment significative, et le déplacement de l'accent devra nécessairement altérer le sens même des mots. C'est pourquoi dans la plupart des langues, l'accent, principe logique et al)strait, a pris une forme concrète dans un signe orthographique qui contribue encore à sa stabilité. Mais quelle est la nature de l'inflexion provoquée par l'accent tonique ? Est-ce une inflexion de durée ou d'intensité, ou de timbre ? Le nom même d'accent tonique le prouve, il s'agit d'une élévation de ton, c'est-à-dire d'une inflexion en hauteur. La svllabe affectée de l'accent est appelée aiguë, les svllabes non accentuées sont dites graves. Ainsi nous nous trouvons en présence d'une seconde prosodie. Tandis que la prosodie métrique était fondée sur la
(DE. E^.gcr. Aperçu Insiorique sur la langue grecque dans VA.,. mu,tre de l.Assoc. des ^Hr^es grecques, 1883. « Peut-être Tanti- ..u>te a-t-el e distingué de«. nuances de Taccent. lune ..lus melod,que,l autre purement tonique, comme cela .emble re.'or-
r d un célèbre témoignage de Denys d-Halicarnasse, au chapitre XI de son tra.te de VAna.,ge,>,e,>t des mots. Mais en tout cL. cest du second rôle de l'accentuation que nous entendons parler Or, de même que laccent laUn s'est perpétué dans toutes les lan^
des môtrT''; " r'" ' "'"''' '^ P'"P^^' "'^ transformations des mots lattns d'où les nôtres sont dérivés par voie populaire, de même laccent tonique du grec ancien a, sauf queh^cs r re exceptions, conserve son caractère à travers tant de siècles Ce<t même sa prédominance sur la quantité des syllabes qui a peu à peu transformé la métrique ancienne en métrique byzantine . p 9.
durée ou la quantité des syllabes, la prosodie tonique ne considère plus que la qualité spéciale de la hauteur du son ou le degré d'acuité. Avec des principes SI didorents, les temps forts de la quantité ou syllabes longues ne peuvent coïncider régulièrement ave3 les temps forts de l'accent ou svllabes aiguës. Dans ce vers d'Homère (1) :
la ihésis n'est pas une seule fois accentuée, et chacun des mots du vers a une valeur prosodique toute différente selon le principe qu'on lui applique La conjonction iXÀà est un trochée par la quantité et un ïambe par l'accent. Les doux syllables qui suivent forment au contraire un trochée par l'accent et un ïambe par la quantité. Le verbe ^ivcv-, est un Péon troisième dans un hexamètre ; ce serait un Péon second dans un vers tonique. Les deux derniers mots xX.tc.îa T£T,;xa, aux yeux d'un métricien, sont le premier un antibacchius, le second un ampkibra- ^«<^; pour le „.élode byzantin, c'est un couple de tT';''- ^°^^'-' -"•-* a tout prix nett e
douTel """* '' '^ '^"'^"^'^^ <-^)' ^"'--^ ^'^'•it sans doute en renversant toutes les lois toniques :
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(1) Iliade, ni, 176.
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Mais raccent n^a jamais fait à la quantité de pareils sacrifices. Il garda dans les vers, comme dans la prose^ son domaine distinct. Sans doute ce n'était pas à lui de régler la mesure d'un hexamètre , d'occuper les places privilégiées de la cadence rythmique, d'arrêter longtemps la voix du rhapsode, mais pourtant il se iaisait sentir et sentir puissamment. Il acceptait d'affecter les syllabes brèves , mais il leur donnait du relief en les rendant aiguës! Cotait à lui de marquer les points dominants des mots et des pensées. Dans ces verbes èvévsvTc, xXa-s-jîa, qu'importent pour l'esprit ces trochées de la désinence et ces syllabes longues de position ou de nature ? Ce ne sont pas ces terminaisons sonores qui représentent ïidce d'existence ou Vidée de larmes, mais bien les syllabes radicales, sur lesquelles le rythme ne s'appesantit pas, mais que l'accent se charge de rehausser et de faire ressortir. De même dans le parfait -i-r^x, la philologie nous permet de considérer le redoublement, non comme un préfixe étranger à la racine, mais comme la racine ellemême (1); et dès lors on s'explique que l'accent recule jusqu'à la première syllabe du mot, qui se
» devait s'accentuer de la manière suivante ;
IhXic,; c' hz^zjzt Xittwv r£p'.xiXX£a Af;jLvv;v.
» A cela, il n'y aurait rien à répondre que de citer les auteurs qui > démentent le plus formellement cette singulière théorie. »L Benloew, de VaccentiMtion dans les langues huio-europêennes, p 38 (1) M. Breal : « Tandis que Taugment est un élément étranger qui est venu s'ajouter au verbe, le redoublement n'est pas autre chose que la racine répétée.» Gramm. Comn. de Fr. Bonn T lll hitrod. p. LXl. ^^' '
trouve réellement la plus signincative, puisqu'elle exprime à la fois et le temps et l'idée.