‹ Poètes et mélodes [microform]Chapitre 19 sur 73 · CHRÉTIENS · texte numérisé non relu

CHRÉTIENS

L'anapeste était de tous les anciens mètres le plus rapide et le plus vivant. Les deux poèmes dont nous parlions en dernier lieu, le péan à la Santé d'Ariphron et la scolie^; /a Vertu dWristote, ont un début anapestique, plein de force et d'élan :

On continua d'employer ainsi l'anapeste au commencement des œuvres lyriques, pour imprimer à la mélodie son mouvement initial.

Nous signalerons en particulier, et parmi beaucoup d'autres, deux morceaux lyriques, cités ou composés par Philostrate dans son Héro'ique {\). Le

(1) C'est un fort intéressant article de M. Bourquin dans YAnniiaire de V Association des itiides grecques, 1SS4. p. 97, qui a attiré notre attention sur ces hymnes. Voir la note de M. Bourquin, p. 130 et 134, oii il rend compte des idées de Kayser sur la métrique de ces chants. Cf. Christ, Mctrik, p. 561.

premier est l'hymne que chantaient les Thessaliens à la déesse Thétis, avant de prendre terre sur les rivages d'Ilion:

Le second est placé dans la bouche dWchille et consacré à Téloge d'Homère :

^Xyùi , T.xpx ijLjpicv 'jliùp.

Nous ne pouvons ici examiner minutieusement ces œuvres profanes, mais nous croyons remarquer, surtout dans la première, des correspondances syllabiques et toniques qui nous paraissent intentionnelles. Ces deux vers dodécasyllabes n'ont-ils pas une étrange relation ?

0£Ti xuavia , 8iv, r.r^Uix,

« Tcv {jL^^av T£X£; j'.cv Wyillix.

N'y a-t-il pas une correspondance terme à terme dans les cola suivants ?

1QV£>'y.£V,

cx^ 2 cjsv

7£V£à; za:;

ïar.xzê,

Le premier des poètes chrétiens dans Tordre des dates, Fauteur de Vhijmne des enfants, Clément d'Alexandrie ou tout autre, semble avoir suivi la

même tradition, mais déjà la prosodie déclinait et Thymnographie populaire n'acceptait plus que malgré elle le joug des anciens rythmes. Examinons de plus près la forme métrique de Yhymne des enfants. Les deux premières lignes offrent sensiblement la mesure anapestique. Ce sont des tripodies comme on en rencontre parfois dans Aristophane. Dès la troisième ligne, les difficultés commencent. Que des spondées ou des dactyles remplacent les anapestes, on ne s'en étonne pas; mais des crétiques et des péons ! Les métriciens apportent chacun leur remède. I/un s'obstine à la tripodie et fait aux malheureux vers un lit de Procuste, le second veut tout réduire à des monomètres anapcstiques et pour cela retranche résolument le dernier mot des quatre vers, ce qui ne remédie pas à grand chose. Le troisième croit à une interpolation et Ton sait que rien n'est plus commode que cette sorte d'hypothèses pour résoudre cette sorte de difficultés. Un peu plus loin, les monomètres se succèdent assez régulièrement : aussitôt l'interpolation cesse, les vers ne sont plus amputés, et le lit de Procuste se trouve trop long d'un tiers. Mais , de grâce . que nos chirurgiens ne s'éloignent pas , car voici venir des trochées, en compagnie de tribraques, de péons, d'ioniques majeurs ou mineurs. On aurait fort A faire de remédier à tout, et l'auteur anonyme, puisque anonyme il y a, semble s'être peu soucié de ses Saumaises futurs. Sans entrer dans les détails de la discussion, nous dirons simplement: lorsque les poètes chrétiens de cette période composaient des hymnes destinés au culte public^ ils se préoccupaient

rarement de la quantité des syllabes. Si, par exception, ils en tenaient compte, leur soin se bornait à choisir en quelque sorte une base prosodique , comme l'iambe ou l'anapeste, et à ramener frôquemment cette base dans le cours du cantique. C'est ce que fait ici l'auteur. L'anapeste domino de beaucoup dans son œuvre ; lorsque l'anapeste se fait remplacer, c'est le plus souvent par ses équivalents métriques, mais si l'équivalent fait défaut, la place est au premier occupant. En outre, ce sont les mots qui sont anapestiques. plutôt que les pieds : sur ce petit nombre de lignes, nous comptons quarante-sept mots comme àîaûv, i^sXsî;, gaî..Xî3. Enfin l'accent commence à jouer un rôle, rôle tellement important, surtout au début, qu'on pourrait se croire en présence de pieds toniques (1).

(1) Somme toute, r/,.v<m,<. rf,.. e,>fa„ls ..•offrirait r,„e très-peu d .rregularitos métriques irréductibles, si Ton ne sobstinait à v trouver des ve,-s proprement dits et de lonsueur invariable. Conentons-nous d'avoir des anapestes juxtaposés, avec les substituions ordinaires du spo..doo. du dactyle et du procéleusmatique. Nous ne trouverons plus d'endroits .•obelles que les suivants • a) le cret.que vy;r'.wv, mais le contexte sullit pour prouver que cette leçon est vicieuse, «u'est-ce que le gomcnmil des o„rants1 Combien vajTwv que noussugo-crons n'est-il pas plus probable'- M Les deux pcons quatrièmes paitXixo.v et àviriç.ov i>cuvcnt passer pour des procolcusniaticiues à la lin d'une phrase. - r) Le tribi-aquo à--ie est inadmissible devant f.vsO , nous accepterions volontiers la conjecture de Thierlelder : âvi^v, ou mieux ô^^iu,: - rf) Les deux tripodies formant clausule, -xiîm rrrr,-.ifx XfiîTCv, et plus bas: VAuxcpr, ^tùT, îiXiiX'ov sont certainement hvpermctres et présentent une soite de paréraiaquc, qui se rencontrait déjà dans les fragments anapestiques de Tyrtée et de Callinus (W. Christ Metnk der Griechen und Soemer. p. 253;, et dans les monodies at-unp.dc, par exemple : Ion, v. 859, 860, 8(58, 879.

L'auteur de Vhymne au Christ est un véritable hynviogvaphe. Bien qu'il connaisse les anciens rythmes, sa préoccupation n'est pas de les observer strictement, mais de les adapter à la prononciation de ses contemporains et à la voix des enfants qui doivent lui servir de choristes. Etudions maintenant les formes rythmiques d'un autre poète. Celui-ci n'est plus un hymnographe, mais un phi-

M. Louis Havet, dont nous reconnaissons si volontiers la grande autorité en fait de métrique, nous a communiqué avec une bienveillance dont nous avons eu plusieurs autres preuves, ses idées et ses conjectures sur les rythmes de Ihymne au Christ^ et de plusieurs cantiques analogues. U cvo'iiVhymne des enfants < en anapestes réguliers, selon la prononciation du temps. » H porte surtout son attention sur le groupe (vers 11-13 de Christ, Anth. 6>., p. 38) :

'Jl^îJ, zpOjSi'wv

ASV'XWV ~C"

;xr;;

€ Ce texte est fautif à plusieurs égards : d'abord le raonomètre avis "fjYOu, impossible métriquement, l'est aussi au point de vue de la grammaire Le verbe yjvsO ne peut pas êtrerépéto deux fois, avant et après un même régime. Il faut l'effacer après aviî. En outre, la dissociation du substantif -pc^*'^^^ ^^ ^^ Tépithête Xoy^~ xwv est contraire aux procédés constants du poète, qui partout ailleurs réunit dans le même monoraètre l'adjectif et le nom. » M. Havet propose de lire :

« Ce dernier vers est un parémiaque dont l'avant-dernière syllabe semble avoir été aUnngte par la tonique* »

losophe, et, comme nous l'avons dit, un chanteur solitaire.

Dans les hymnes de Synésius, point de strophes, ni d'antistrophes, ni d\^podes : au contraire, les repos se succèdent Ibrt irrégulièrement. Les vers sont homogènes du commencement d'un hymne a la un, et tous ont une base anapcstique. Les deux premiers hymnes sont en anacréontiques ordinaires de huit syllabes, sans aucune substitution. Les

Cette correction offre déjà une grande vraisscmblancc; mais n nous semble que le poète a recherche en cet endroit l'allitération Déjà au vers précédent, il a écrit : ^iôT^^iX.i:^,^. NVt-il pas ici nntention d'unir le mot vrcO, non point à icvis, mais à un mot de formation analo^nie. Si nous retranchons le premier y;y:j au lieu du second, nous pourrons remplacer l'hypothèse y;jA*iov par une autre plus probable, et écrire :

favûoçl y;70j

te psaume des Naasséniens, inséré dans les Philosophumow, est aussi en vers anapestiques, mais de longueur variable. Les trois premiers vers sont des trimètrcs diminués d'une syllabe avec la substitution ordinaire du spondée au 3<- et au 5« piod. Les vers 4, 5, 6, ont un anapeste de moins ; il en est de même du vers 7, qui doit être rétabli conformément au texte de Cruicc :

::0T£ o' £i; iXsstv ' £y.p'.::TC|j.£Vv; y.Xaît.

les vers 8, 9 et 10 présentent des dimcultés métriques que nous ne nous chargeonsrpas de résoudre. Enlin les autres, de 11 à 23, sont des dimètres catalectiques ou parémiaques, composés de trois anapestes (avec substitution do spondées aux pieds impairs) et d'un demi-pied formé tantôt d'une longue et tantôt de deux brèves. Cf. Christ. Anth. Christ, p. 3^.

hymnes III, IV et X présentent des anapestiques monomètres, comme le cantique des enfants et le psaume des Naasséniens. L'anapeste admet les substitutions du spondée et du dactyle, mais non celle du procéleusmatique. L'amplitude du vers varie ainsi de quatre à six syllabes. L'hymne Y est tout entier composé de longues, c'est le vers parémiaque, sous une forme qui rend la base anapestique presque méconnaissable (1). L'hymne YI est composé de 37 trimètres ioniques mineurs, auxquels le premier vers peut servir de type :

MSTa T.X^'XZ OL\'ixZ ajTOASYc'iTW.

Cependant les vers 15, 21, 29 sont les seuls strictement conformes à ce modèle (2). Yingt-deux fois, le premier ionique se transforme en molosse, comme dans le second vers :

appY;Twv £V2TY;Ttov S7:£/£'.va.

En outre, sept fois le premier ionique et vingtcinq fois le second s'affaiblissent en péons troisièmes, mais alors le pied suivant, par compensation, devient un opitrite :

0îbv ajA^psTCv, Bîcj y.j$'.;j.sv jTa (v. 3). à^;^a)îT(t)v iv£$îi^£ -alBa xéX'iTwv (v. 7). cï vàû àpyàv ^îvÉTa; £$wxî v.iz'^z'.z (v. 14).

(1) Christ, Metrik, p. ?53.

(2) Christ, \hiâ> p. 500.

Les hymnes VU, YITI et IX sont formes de tripodies anapestiques, abrégées d'une syllabe.

Iïp(T)Ts; vc;x:v sjpijxav 'Et:: cet, ;jL7.7.ap, t^j.^jCZ'z.

Ainsi tous ces hymnes n'étaient doriens (jue par le dialecte, et leurs rythmes dérivaient plutôt de la tradition éolienne et anacréontique que des exemples de Pindare.

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