‹ Poètes et mélodes [microform]Chapitre 39 sur 73 · II. — LES INNOVATIONS AU TEMPS DE S. BASILE · texte numérisé non relu

II. — LES INNOVATIONS AU TEMPS DE S. BASILE

S. Basile, qui nous a révélé dans le traité du Saint- Esprit l'existence de plusieurs cantiques de la primitive Église et le nom même du plus ancien mélode, S. Athenogène, rappelle ailleurs à une vierge tombée les journées sereines de son innocence, et les nuits illuminées par la prière, les cantiques spirituels et Tharmonieuse psalmodie (I).

Dans la lutte qu'il eut à soutenir contre l'évéque Sabellicn deNéocésarée, Atarbios (2), il justifie ainsi les coutumes liturgiques de son Église : « Si on demande ù nos adversaires la cause de cette guerre sans trêve ni merci, qu'ils soutiennent contre nous, ils parlent de immnies et d'un certain genre de mélodie, dont nous avons Thabitude et qu'ils n approuvent pas. Ils nous accusent aussi de compter parmi les nôtres, ces hommes, véritables athlètes de la vertu, qui ont renoncé au inonde et à toutes

(1) 'pBwv rvîJio.aTixtov xa\ 6a).;a(i)E(a; ï'jr;/Z'j. Patr. Gr. T. XXXIl, p. 372.

(2) Cf.Eug. Fialon, Étudehist. et litt, sur S, Basile, 18C5, p. l^.

les vanités du siècle. » Après une courte apologie do la vie monastique, le docteur de Césarée revient au reproche d'innovation dans la psalmodie, « grief que les calomniateurs (ont sonner bien haut et qui produit toujours grand elTet sur les peuples. Nos coutumes actuelles sont contormes, ajvMci iz-i y.xl aj;jL^o)va à celles (.0 toutes les Eglises de Dieu. Vers la lia de la nuit et avant Taurore, le peuple se rend à la maison de la prière ; il loue le Seigneur dans le travail de l'esprit, la contrition de cœur, les larmes abondantes; et après cette prière silencieuse, tous se lèvent pour la récitation des psaumes, TîA£jTa':v =;avajTivTî; Ttov zp:3îuy;T)v, ci; tt^v 6aA;j.(|)S'av y.aOijTavTr. Et d'abord partagés en deux chœurs , ils psalmodient alternativoment, attentifs au sens des paroles sacrées, veillant sur leurs cœurs pour écarter toute pensée étrangère. Puis laissant à un seul le soin d'entonner la mélodie^ y.x-xpyi\y -z'j \j.i\zjzy les autres lui 7'dponde}if, zllz'-o\\j-Tf/yjz'. . Et ainsi, dans la variété de la psalmodie, interrompue de temps en temps par la prière solitaire, la nuit s'écoule; et au lever du soleil, tous d'une seule voix et d'un seul conir fout retentir le psaume de la Confesslon, Tbv Tr<; ï\z\xz\z^;r^'iiy)z ^x\\).iv, et cliacuu do son coté prend i)our lui et s'api)lique à lui-même les paroles de la i)énitence. Si vous vous éloignez de notre communion pour ces coutumes liturgiques, il faudra rom[)re aussi avec les fidèles il'Egypte, des deux Libyes, de la Thébaïde et de la Palestine, avec les Phéniciens, les Syriens et les Arabes, avec les habitants des bords de l'Euphrate, en un mot avec tous ceux qui aiment les veilles sacrées, les

prières en commun et la psalmodie publique. Mais on nous dit : cela ne se faisait pas du temps de notre grand évoque Grégoire. Célébrait-on davantage les Litanies, r. l^.'Tn[v., qui vous tiennent tant i\ cœur? Je ne parle pas ainsi pour vous faire des reproches, car je voudrais vous voir verser tous les jours les larmes de la pénitence. Mais nousmêmes, que faisons-nous autre chose que supplier pour nos péchés ? Toute la différence consiste ow ce que, pour réclamer miséricorde^ nous ne nous servons pas. comme vous, de formules humaines, mais des paroles dictées par l'Esprit de Dieu (1). » 11 n'est pas facile de tirer de cette page, d'ailleurs intéressante, des conclusions précises et rigoureuses. On voit d^me part dans l'Église de Césarée, métropolitaine de la Cappadoce. un peuple qui prie d'abord en silence, puis récite des psaumes, enfin au signal donné par un chef de chœur, entonne une hymne qui n'est point autrement caractérisée. Au contraire, le clergé de Xéocésarée ou du Pont prétend maintenir.dans leur simplicité primitive, les traditions de S. Grégoire le Thaumaturge, et faisant une part plus large à la prière individuelle restreint tout le culte public à des Litanies ou supplications de pénitence; tout cela est vague et indécis. Il résulte seulement du texte de S. Basile, que de part et d'autre, dans le Pont comme dar.s la Cappadoce, les rites liturgiques se transforment et se renouvellent. A Césarée, on innove dans la mélodie, on introduit la musique dans la prière, on a des chœurs

(\) Patv. {j)\ xxxn, p. 7r>l-T6i.

et des chorèges comme dans Tantiquité profane ; à Néocésarée, on innove dans les formules, on prie avec des paroles humaines; en outre, ces litanies de pénitence ne se récitaient point à Tétat de repos, le clergé défilait en procession à travers la ville, réclamant la miséricorde de Dieu sur Tempire et sur rÉglise (1). L'avenir justifia également ces deux tendances si diverses du quatrième siècle ; et maintenant encore, en Orient, l'office du matin s?; TGV cpôpov, après les deux stichologies des psaumes, contient le chant des cathismata anastasimes, véritables antiennes semblables à celles de Césarée, puis vient le psaume de la Confession : £;:|jLsX5Y£rsO£ T(ô Kupup, qui a pris le nom de psaume ttoXjéXîo; (2). Quant aux litanies de Néocésarée, on peut lire, dans VEuchologe de Goar, Tofflce et; B'.açipsjçXita; , tel que l'ont fait les siècles, avec les explications de Codin^ de Cedrenus et de Siméon de Thessalonique(3).

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