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III. — l'iiomotonie des mélodes

1. La syntonie chez les Mélodes prend le nom CChomotonie. Ce nouveau nom indique plutôt une similitude de figures rythmiques entre plusieurs strophes qu'une correspondance immédiate entre les incises consécutives d'une période unique. L'homotonie suppose donc un type original, appelé hirmusy dont les strophes ou tropaires, imitent exactement les dispositions toniques.

2. La loi fondamentale de l'hymnographie peut se formuler selon la scholie de Théodose : Les tropaires correspondent à rhirmus, syllabe ^Jar syllabe^ et accent par accent,

3. Si l'on veut généraliser encore cette loi et l'étendre au tropaire isolé et à l'idiomèle, on dira que dans toute œuvre hymnographique,te syllabes accentuées coïncident exactement avec les temps forts de la mélodie,

4. L'isosyllabie, à laquelle nous avons d^abord attaché trop d'importance, n'est qu'une conséquence directe de l'homotonie, comme autrefois Tisosyllabie des strophes cloricnnes dérivait naturellement de leur correspondance métrique et mélodique.

5. La prépondérance du principe homotonique se manifeste surtout dans les exceptions que subit la loi de risosyllabie. Il se produit souvent, dans les rythmes, une nouvelle sorte d'élision ou d'aphérèse par relTacement des syllabes atones les plus voisines de l'accent : quelquefois les dissyllabes oxytons sont interprétés comme des monosyllabes, et les polysyllabes proparoxytons semblent perdre leur pénultième. De même, les incises qui commencent par une syllabe tonique sont quelquefois hypermètres et peuvent recevoir, avant la tonique, une syllabe atone, dont la note très faible dans la mélodie, est prise sur le silence.

0. Les Byzantins ne distinguent plus, depuis longtemps, Taigu du circonllexe. Mais une autre distinction est devenue nécessaire : les accents orthographiques sont tous les accents écrits, d'après les lois ordinaires de la grammaire ; les accents rythmiques sont ceux qui comptent dans le rythme, et sur lesquels s'exerce précisément la loi de l'homotonie. Or, les accents peuvent être orthographiques sans être rythmiques ; c'est ce qui arrive souvent pour les accents des articles, des pronoms, des particules, accents très faibles d'ailleurs dans la prononciation.

7. Réciproquement, certains accents peuvent être rythmiques sans être orthographiques. Ces accents, qui ne paraissent pas dans l'écriture, sont appelés accents secondaires, et peuvent correspondre au besoin avec les accents principaux.

8. Parmi les accents secondaires, il en est un plus saillant, qui se rend même sensible dans la prononciation ordinaire. C'est l'accent de la pause sur la finale des proparoxytons. Par cet accent, le dactyle tonique à la fin des incises se transforme en crétique et donne à l'incise niême une terminaison masculine.

9. Les autres accents secondaires non écrits, sont purement mélodiques. Ils précèdent ou suivent les accents principaux, de manière à fournir un appui à la voix, dans une série de syllabes atones.

10. Dans une même incise, ils ne se rencontre jamais deux accents rythmiques consécutifs ; plus brièvement : il n'y a pas de spondée tonique.

11. Sur trois syllabes. Tune est toujours affectée, soit d'un accent principal, soit d'un accent secondaire ; et la syllabe accentuée ne peut former, a\et les syllabes qui précèdent , qu'un iambe ou un anapeste tonique, avec les syllabes qui suivent, qu un trochée ou un dactyle.

12. Toute incise est décomposable en pieds toniques de deux à trois syllabes ; ou, en d'autres ter-

mes, le rythme tonique de Thymnographio est binaire au minimum et ternaire au maximum,

13. Cependant, on doit établir cette différence entre les accents principaux et les accents secondaires, que les premiers sont beaucoup plus stables et forment une tradition plus constante, non-seulement pour Thymnographe qui a composé Thirmus et la mélodie, mais encore pour ses imitateurs ; tandis que les accents secondaires restent, pour ainsi dire, à la discrétion de chaque niélode en particulier, pourvu que dans tous les tropaires d'un même cantique, il conserve Thomogénéité des rythmes et demeure fidMe à lui-même.

14. Si l'on compare la rythmique de Thymnographie avec celle de l'ancien lyrisme, on constate d'abord cette analogie : Dans une ode de Pindare, toutes les strophes présentent exactement les mêmes combinaisons de syllabes longues et de syllabes brèves ; dans un cantique de S. Uomanus ou de tout autre mélode, les tropaires reproduisent exactement les combinaisons toniques de Thirmus. Cette ressemblance est sans doute fort remarquable ; mais elle ne résulte, ni d'une tradition rythmique ininterrompue, ni d'une imitation consciente ou volontaire. Pindare et Romanus n'écrivent pas pour, la lecture, tous deux composent pour le chant, C'est la mélodie, qui, les inspirant Fun et l'autre réclame, du Poète, la similitude métrique des strophes," du Mélode, la correspondance homotoniquc des tropaires.

15. Contrairement à l'usage de l'ancien lyrisme, la poésie homotonique admet la reproduction d'une même mélodie, et par conséquent l'emploi d'un même hirmus, dans des cantiques différents. Les premiers Mélodes reviennent souvent sur leurs propres rythmes, pour y adapter de nouveaux cantique? : les Mélodes plus récents empruntent plus souvent encore les rythmes de leurs prédécesseurs.

IG. On peut aussi comparer Thomotonie des Mélodes à la syntonie des vers politiques. De part et d'autre, l'accent est le principe du rythme; mais la syntonie du vers politique se borne à deux syllabes toniques, quelquefois même à une seule ; son rythme est monotone et inconciliable avec la poésie lyrique ; enfin, par son origine, levers politique se rattache aux anciens mètres, dont il est la forme dégénérée. Au contraire, l'homotonie des Mélodes enrbrasse la période lyrique tout entière : elle se développe avec ampleur et variété dans de longs tropaires; elle ne dépend que de Finspiration du mélode lui-même, et ne rentre dans aucun cadre étranger.

17. L'essence des rythmes hymnographiques consiste seulement dans les correspondances homotoniques de l'hirmus aux tropaires et des tropaires entre eux. Si Ton s'en tenait à cette loi fondamentale, le tropaire isolé ne présenterait aucune harmonie sensible. Les Mélodes ont donc cherché à établir d'autres correspondances immédiates entre les incises d'un même tropaire. Ces correspondan-

ces intérieures peuvent se faire par la simple homotonie : on aura donc tantôt des incises homotoniques consécutives, tantôt des incises homotoniques croisées et alternées.

18. L'homotonie, à la fin des incises, fait naturellement appel à Vhomophonic. La nouvelle prosodie aura donc une tendance marquée aux assonances et aux rimes. Ces rimes seront à leur tour consécutives ou croisées, comme dans la versification des langues néo-latines.

10. L'acrostiche extérieur ne gouverne que la lettre initiale des tropaires, mais racrostiche intérieur atteint les initiales des incises; il est pour le commencement des membres toniques ce que Tassonance est pour la fin, un signe irrécusable du rythme et de ses subdivisions légitimes.

20. Cette étude est une sorte de prosodie tonique générale. Un Jw^mologe, où les rythmes seraient examinés l'un après Tautre, et les œuvres hymnographiques comparées successivement avec leur type régulier ou hirmus, fournirait une prosodie tonique spéciale et deviendrait un instrument de critique précieux pour la philologie byzantine.

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